
Exposition Iris Van Herpen
Un meuble bas vaisselier surélevé d’un meuble haut bibliothèque vitrée trois longues portes grinçantes trônant dans le salon. Le contenant.
Vous ouvrez une porte et l’odeur surgit émoustillant les papilles. Le contenu. Tout un univers qui s’offre à soi.
On comprend très vite que les livres ont été rangés par ordre alphabétique du nom de l’auteur, enfin à l’origine. En nombre, Giono. Zola. Troyat. De Montherlant. Maupassant. Verne. Mais aussi Khadra. Avec les années ils se sont accumulés se pressant les uns contre les autres. Une deuxième rangée se rajoutant devant la première de sorte qu’il faut prendre de la hauteur – grimper – et tout simplement fouiller pour voir ceux qui s’y trouvent cachés derrière. Cela demande plus qu’une promenade du regard, une réelle exploration, un engagement renouvelé. Chercher. Bouleverser ce classement pour l’agencer à nouveau instinctivement. Traverser le cours de la collection engage le corps. Ce n’est pas temps l’occasion d’évaluer les rayonnages que d’y errer à nouveau, comme de l’intérieur, de se souvenir d’un, de son acquisition, du jour, de ce qui a précédé l’achat, de sa lecture ou d’une prise de conscience de l’écho d’une œuvre à soi, de découvrir un autre, tiens-tiens, jamais lu, et puis celui-là qu’on est tenté de relire. Sans omettre bien sûr les abandonnés dont les marque-pages campés au début ou milieu du manuscrit sont les témoins. Et peut-être ne rien trouver ou alors surpris.e, celui qu’on n’avait perdu voire oublié! Des livres d’histoires, de communautés, d’évènements majeurs. La Bible et le Testament. Histoires de religions. Du théâtre. Des feuillets la Fontaine Racine etc. Des guides touristiques. Des explorateurs. Et tant d’autres.
Une ribambelle de fers serre livres dont la plupart ne sont pas usités pour leur fonction, mais comme décoration peut-être? Il y en a tout de même beaucoup, non? De vieilles photos encadrées dont une datant du siècle dernier d’un jeune homme brun moustachu dont l’identité s’est effacé de notre mémoire. Déjà.
Ah regarde, il y a aussi un essai sur l’humour médical…
Des jeux de carte. Tarot et autre. Des masques confectionnés en papier mâché. Deux statuettes longilignes de cervidés en bois et bien sûr les wagons du petit train de notre enfance.
Les bandes-dessinées tant appréciées mais prenant trop de place sont rassemblées dans la grande armoire de la chambre.
Ne pas lire trop vite. Boire quelques pages et laisser infuser.
« Dis-moi ce qu’il y a dans ta bibliothèque et je te dirai qui tu es » car il s’agit bien d’une vision du monde d’un point de vue personnel et, en même temps, je dirai finalement que non, c’est plutôt un ensemble de perspectives créant des réalités d’un même monde ou chaque livre résonne avec le parcours de vie ou matière et esprit se rencontrent et se mélangent. C’est ainsi que l’échange a lieu. La bibliothèque est donc vivante et en constante évolution tant que le propriétaire vit.
Et après ?
Elle se dissémine comme pollens.