#livre #04 | Hauteur ou auteur ?

La pièce a la largeur de la longueur d’un lit. C’était une chambre, juste pour dormir, un lit, une penderie et une étagère, rien de plus et pas de place pour en mettre plus. Entre la penderie et le lit, la place pour ouvrir la porte. Rien de plus. Pas de sommier sous le lit, un cadre en planches épaisses, cloué sur le plancher. Le matelas n’y est plus depuis un bon moment, restent les deux grosses planches de la longueur d’un matelas, des planches pour faire aussi trappes, du rangement. Démontées, déclouées du parquet, dévissées, les deux grands montants sont assez larges pour faire deux étagères à livres. Pas assez larges pour des BD, mais au moins asses larges pour du Gallimard ou la collection Bouquins, le Quarto de Bouvier, pour mon Virginia Woolf ou les Denöel de Cendrars. De plus, d’après ce que dit la physique, tant que plus de la moitié du livre est sur l’étagère, son centre de gravité l’est aussi et le livre ne devrait pas tomber. Donc, installer les étagères de niveau, au niveau à bulle. Commencer par poncer les planches. Trouver dans les chutes de quoi faire cales pour éviter que les planches ne plongent au milieu. Deux planches, il me faut donc six cales, deux de chaque côté et deux au milieu puisque j’ai deux planches. Visseuse, dans la frisette, aucun problème. Maintenant la hauteur, elle va dépendre de la hauteur des livres. Ranger ses livres selon leur hauteur ? Avant même de construire la bibliothèque, faire le choix du classement pour pouvoir définir la hauteur des planches. Tenir compte également de l’étagère dessous qui ne sera pas de la longueur parfaite, aussi parfaite que les planches du lit, mais qui complètera, pour quelques livres encore, pour la caisse des cartes, plutôt les caisses des cartes, une pour les cartes marines qui sera beaucoup plus large que celle des cartes terrestres qui sera plus étroite. On se prend à pester et même jusqu’à se dire qu’il faudrait faire des normes pour la hauteur des livres et le format des cartes. Et puis se reprendre vite : des normes, quelle énormité ! Et en particulier quand on parle des livres. Alors pour les planches, faire une moyenne grossière de la hauteur des livres, rajouter un petit peu, juste pour être sûre, comme la cuillère du pot pour doser le café et puis visser les planches tout en réfléchissant au système de classement : les classer par hauteur, par auteur, par couleur, par éditeur, par narrateur, par pesanteur, par lenteur, par enquêteur, par usurpateur, par manipulateur, par imitateur, par provocateur, par instigateur, par accompagnateur, par dénonciateur, par initiateur, par émancipateur, par blasphémateur, par mystificateur, par envouteur, par baroudeur, par bourlingueur, par humeur, par randonneur, par racoleur, par dériveur, par pourvoyeur, par rimailleur, par slameur, par gazouilleur, par épaisseur, par minceur, par séducteur, par équateur en fonction de nos divisions du monde ?

Les deux planches sont vissées, elles ont la longueur de la longueur d’un lit, dessous, une étagère, pour offrir plus de planches et sur ces planches, des livres, finalement rangés en fonction de ce qui me tombe sous la main au moment de vider les cartons

A propos de Juliette Derimay

Juliette Derimay, lit avidement et écrit timidement, tout au bout d’un petit chemin dans la montagne en Savoie. Travaille dans un labo photo de tirages d’art. Construit doucement des liens entre les images des autres et ses propres textes. Entre autres. À retrouver sur son site les enlivreurs.

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