# le livre comme fiction #08| en métamorphose

Car c’est par les ventres que naissent les tremblements. Les générations de femmes qui ont porté dans leurs entrailles une forme nouvelle mais pas totalement. Des vies nous précèdent  où nous sommes déjà en gestation. Des femmes qui sont le creuset de femmes en devenir. On voudrait fixer les commencements, les maîtriser, mais ils ne cessent de nous échapper. On se retrouve toujours face à l’évanescence de ce qui va être.  On entre dans des mondes enchevêtrés de lieux, de noms, de sang, de syllabes qui se prononcent, de mutation de langues. Un monde d’où l’on vient et qui nous a façonnés. On n’est que le fruit d’une pénombre, de plis et replis de ventres dès que des formes les creusent et se mettent en état de devenir. Cela naît de remous et d’attentes, de passages d’une forme à une autre.

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Une forme est devenue informe. Elle devient déjà son devenir. Il n’y a que des plis et des replis qui retiennent les lignes de faille. Tout est dedans en un remous dont on ne peut rien percevoir. On ne peut rien chercher. Il n’y a rien à trouver. C’est insaisissable. Il faut renoncer à voir ce dedans. On ne peut que tendre vers, et attendre. Espérer. Ce cocon est replié devant le regard. On cherche derrière, on cherche autour, on cherche dans les plis et les replis, on cherche ce que l’on ne peut voir. On cherche ce qui se dérobe. Et dans le dedans, sans doute, des vagues d’ombres, des forces contradictoires, un chiffonnement pour être.

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Disparition, apparition. À l’abri des regards. Il faut un peu d’ombre pour être., et laisser advenir ce qui doit. Ce devenir en boutons. Plus il y a de plis et de replis, plus il y aura de profondeur. Tout regard ou désir de regard creuse cette voie vers la profondeur: c’est un en train d’exister. Comme l’acte d’écriture est un en train d’être.  Ce qui cherche à éclore est en germination, comme un déjà-là, mais pas encore. Cela pousse et repousse et tapisse les parois du cocon. À l’intérieur, on sait la tache rouge, la flamme de l’incertitude sensible, celle qui fait battre le cœur de cet espace clos, où s’impose le silence, mais où une lutte contre l’effacement est en jeu. La cartographie errante des plis se met en mouvement, se trace, erre et se perd même parfois. À l’intérieur cela s’écrit rond, emmêlé et tiède *,  cela innerve un présent nourri de passé et ouvert vers un devenir, cela fait vibrer la tache rouge qui guide l’apparition, la marque rouge survivante, à l’état latent, au fil des images qui se forment, se déforment et se reforment, se dérobent, se déchirent et se donnent dans une émergence où cela sonne et résonne comme un chant grégorien, sur un petit pan de notes et d’accents portés sur une partition de lumière. 

*Clarice Lispector Agua viva

A propos de Solange Vissac

Entre campagne et ville, entre deux livres où se perdre, entre des textes qui s'écrivent et des photos qui se capturent... toujours un peu cachée... me dévoilant un peu sur mon blog jardin d'ombres.

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