#chroniques #05 | superstitions

1 –

Fier de son humilité l’aveugle en marche apprend de son corps et de ses mains

 2 –

boucles de métal aux oreilles et au nez protègent des coups de foudre

quand on tient bient fort les manettes et lâcher les pédales tournent plus vite le manège des sentiments

la cendre des fougères incendiées fait fuir les mauvaises langues

pierre percée sous l’oreiller chasse les cauchemars

il suffit d’une légère pensée dans l’air pour se sentir moins seule : si on ne la saisit pas alors on se sent encore plus seule

3-

J’arpente les plages, les sentiers, les jardins.

Je glane écorces, pierres, baies séchées, cailloux, coquillages, concrétions calcaires, feuilles, bois …rituel d’enfance jamais abandonné

Objets naturels, choses secrètes

Leur imagination quasi mystique – initiation au mystère

Dans ma collection désordre, une a pris sa place : les visages de pierre

Je les vole aux rivages, à la terre – au hasard de mes pas – ça s’apprend dénicher les pierres – c’est un regard précis – la tête penchée sur le sol – mémoire des pas – un lien au vivant – une énigme à résoudre

Dans ma paume, quand je les réveille, leur moelleux raconte des vies, des voyages

dans ma paume elles déposent la paix 

visages tourmentés, les yeux creusés, les bouches en cri, elles rient, pleurent, grimacent, grognent, gueules cassées encrassées, des roulis de galets, des ressacs, des orages, des gels, neiges et pluies

Je les lèche – ont le gout du sel et de la terre – langage  de l’érosion

Mémoire des visages perdus, passages sur terre effacée de mes disparus, grigris cachés dans des boites, ou exposés sur mon bureau, sur les rayons de ma bibliothèque, changent de place, au gré de mes envies

Toujours une pierre dans ma poche, compagne de mes errances.

4 –

je te salue pleine de grâce

tanagra glanée sur l’étagère d’une bibliothèque familiale

cicatrice à la base du cou

femme déesse ou promise

assise, résolue ou décidée

paumes ouvertes sur ses cuisses

entre deux plis de sa robe d’argile

pieds nus dépassant du tissu

droite et fière la tête haute

chignon tressé encadre son visage

un léger sourire

drapée dans la délicatesse en attente

à peine dérobée

la tête se décolle, tombe et roule

dans son corps creux

l’espoir de trouver un trésor, un message

un vide noir profond

la mémoire, un message des mains qui ont modelé cette terre

tanagra décapitée, patiente, fragile mais sacrée

recollée et à nouveau décapitée

sa tête repose à ses côtés sur une autre étagère de biliothèque

symbole de la lutte de femmes

la résistance

à travers les siècles

5 –

L’écrivain que je suis reste inconnue et son public restreint, n’a pas besoin d’artifice pour une apparence de scène

dans la penderie chaque matin c’est un rayon de soleil

une chemise légère et se jouent les mots

achetée dans une arrière-boutique en Mésopotamie,

j’avais 20 ans

elle ne m’a jamais quittée dans mes matinées d’écriture

voile de coton

terre d’ocre

orné des motifs bruns à l’allure cunéiforme.

signes boutures des mots à écrire

signes motifs en répétition

signes irréguliers gravés dans le tissu

signes jardin, femme, oiseau, poisson, ciel

tout un nécessaire à broder des phrases

à inciser le papier

chemise simple à même le nu

une chemise fine

résistante au temps

les poignets et l’échancrure rehaussés d’un ocre plus foncé

un fil qui dit ma fémininité

un peu de moi-même

sa fragilité

un berceau

un objet

une superstition

un jour une relique

dans mes pierres tombales

A propos de Béatrice Planchais

Enfance à la campagne grande sensibilité à la nature , j'écris principalement de la poésie

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