carnets individuels | Pierre Ménard

#24 Devant l’écran d’ordinateur. Derrière la fenêtre, le ciel gris. Terne et froid. Le paysage s’est refermé sur lui-même. Pas d’ombre dehors pour indiquer l’heure qui avance. S’agiter, s’activer pour ne pas attendre, c’est attendre tout de même. Dans le mouvement. L’effervescence des gestes. Quelqu’un dit soudain : Pardon, je n’ai pas regardé. Une feuille tombe du platane. Son mouvement au ralenti. Rien ne peut l’arrêter. Et soudain, c’est la nuit.


#01 Compte-rendu de ce qui s’est dit lors de mon rendez-vous en ligne tout en effectuant d’autres tâches. Fenêtre de temps imparti. Apparition inattendue d’un ami qui sort de chez le dentiste. Signe amical en passant. Fou rire. Étonnés de se voir dans ces conditions inattendues. Dans l’impossibilité de parler. Au moment de quitter l’accueil de la bibliothèque, distrait, j’oublie d’enregistrer le texte en cours d’écriture. Les mots peinent à refaire surface. La mémoire convoque le passé au présent. Dehors, l’air frais me surprend d’une caresse vivifiante sur le visage.

#02 Il y a dans l’effort de ce jeune garçon, escaladant la grille du centre sportif dont l’accès est interdit à cette heure, juché tout en haut, suspendu, en équilibre, entre inquiétude et jubilation, qui discute avec son ami en contrebas, une insouciance juvénile qui me laisse rêveur. Le soleil brille dans leurs cheveux en bataille, le front perlé de sueur. Les feuilles cramoisies flottent dans les flaques d’eau. Leurs reflets s’accrochent aux branches des arbres. Comme une attente et une révélation. La carrosserie de la Trabant est un mélange de résine et de fibre de coton.

#03 Emprunter le même chemin pour une promenade en famille que pour aller travailler. Le souvenir de l’image de la veille refait surface. Sur les bords de l’image. En sursis. Un couple de Roms vit là avec ses deux enfants dans l’inconfort et la promiscuité de leur tente. Je me reproche de ne pas leur avoir donné d’argent. Difficile à avouer. Dans un coin ensoleillé du cimetière de La Villette, un homme à lunettes de soleil, sur une chaise pliante de couleur vive, livre en mains. À cet endroit, il y a plusieurs années, un SDF avait construit un abri pour dormir à l’insu de la ville.

#04 Dans la pénombre, les derniers lambeaux d’images s’effilochent. L’assemblée est sur le point de partir à la fin de la cérémonie, dans la confusion des mouvements, l’agitation de la foule en désordre. Dans l’urgence, la précipitation se mue en pressentiment et provoque le sursaut du réveil. D’un geste machinal, dans le froid de la chambre, vérifier l’heure sur le smartphone au pied du lit. Sa lumière bleutée. Deux minutes avant l’heure du réveil. Se lever sans faire de bruit pour ne pas la réveiller. La sonnerie de son réveil au moment de sortir de la pièce. Rendors-toi !

#05 Plusieurs couches de nuages superposés. L’air est doux. Pas de risque de neige. C’est pourtant un ciel à flocons. Le vent finit par se lever. Le tissu blanc des nuages s’effiloche pelucheux laissant apparaître le bleu pâle du ciel par trouées successives qui s’accélèrent soudain. Une lumière dense souligne par intermittence le paysage, des ombres se dessinent avant de s’effacer. Le voile se lève lentement. Dans le ciel uniformément bleu désormais le blanc du matin se maintient.

#06 Un jeune homme avance vers moi d’un pas assuré. J’entends la voix rauque d’un homme caché par le pan de mur en briques qui fait l’angle. Il appelle quelqu’un que je ne vois pas : Mademoiselle, mademoiselle ! Le jeune homme aux cheveux longs bouclés détourne le visage à ma hauteur, regardant derrière lui, attiré par ces cris insistants. Le vieil homme demande qu’on lui ouvre la grille d’entrée en sonnant à l’interphone situé hors de sa portée. Le jeune homme me dépasse. Je comprends qu’il est vexé qu’on l’ait confondu, de dos, avec une jeune fille. Visage fermé, il s’éloigne.

#07 Le rouge nacarat à peine effacé souligne le repli charnu de ses lèvres ridule son sourire les yeux rêveurs derrière ses lunettes rondes cheveux roux en mèches rebelles sur son front bombé | Quand elle sourit son visage se transforme plus trace de ses lèvres trop fines d’un trait ses longs cheveux châtains filassent sur ses épaules ses yeux d’aveugle bleu translucide | Cheveux gris épars la peau parcheminée brûlée par l’acide de plusieurs greffes de peau réparatrices suite à son accident l’œil droit creusé sous l’arcade tête penchée dans l’écœurante odeur de paraffine.

#08 Paris Parodontax Bleu de Chanel Caduet Opticron Polina Panassenko Mac Apple Firefox Twitter Facebook Gmail Liminaire EDF Chamboux Abdel-Baghy Ziani Granotier-Bonaffé Lejeusne Eugène Varlin Athina Larantidou Robert Blache Pierre Baldini Valmy Henri Christiné Jemmapes Grange aux Belles Georg Friedrich Haendel Coligny Montigny Albert Camus Colonel Fabien François Villon Orona Alma Microsoft Edge VSmart Hewlett-Packard ViewSonic Lucien Suel Cours toujours Anne Savelli Inculte Catastrophes Dorothée Volut Alcatel-Lucent Maëlle Henaff Audacity WeTransfer Moulinex Sandor Krasna YouTube Anchor

#09 Ce rêve réveille dans un éclat de rire. Le bruit empêche de se rendormir, mystérieux et musical. Ne pas y prêter attention. Il pèse malgré tout. Dans l’angle mort, comme ces ruines qu’on découvre en chemin. Les ignorer. Cela ne sert à rien d’insister. Avantages et inconvénients. Élans et réticences. Voir l’automne supplanter l’été et la température baisser en même temps que les jours diminuent. Le passage du temps, surtout, qui inquiète et rebute. Passons. L’esprit prend tout l’espace, se projette. Éviter le pire. Le rire l’emporte. Cette légère anticipation fait toute la différence.

#10 Pendant que je lis cette phrase de Polina Panassenko, dans son livre Tenir sa langue « La forêt disparait et c’est le noir » j’entends le bruit d’un interrupteur électrique. Pendant que je regarde par la fenêtre, le téléphone sonne dans le vide. Pendant que j’observe le bleu sur mon bras provoqué par les massages rigoureux de ma kiné, je pense à l’écriture d’un récit sur le désir et la violence. Pendant que je regarde le ciel couvert de nuages derrière la vitre de mon bureau, je pense aux images que je vais tourner pour Alice. Pendant que je lis ces mots de Jean D’Amérique « La douleur des jours comme un tatouage », je pense à la forme de l’hématome de mon épaule et je me sens un peu honteux. Pendant que je relis mon texte d’hier, j’ai la sensation d’être passé à côté de ce que je voulais exprimer mais d’avoir en même temps ouvert une porte secrète derrière laquelle il faudra que j’aille explorer. Pendant que je lis le mot flamboyant, je vois une fleur exotique aux allures d’oiseaux à long panache. Pendant que le ciel de Paris devient bleu et que la lumière de cet automne éclaire la ville après une matinée nuageuse, mon cœur s’emballe. Pendant que je lis dans Le Monde une chronique sur le mot “nègre” aux États-Unis qui a été enterré en 2007, lors de « funérailles » symboliques à Detroit, devenu le N-word, « le mot en N », que l’on ne prononce plus tant il serait monstrueux, je me souviens de la discussion enflammée qu’ont eu les invités de Françoise. Pendant que Caroline boit du Coca Cola je bois une bière Asahi. Pendant que je cherche un mot, une idée qui m’échappe, j’essaie de ne pas trop me fixer sur cette pensée, privilégiant une attention flottante. Pendant que je ferme les yeux, je repense aux corps flottants de Jane Sautière. Pendant que je marche dans l’air frais du dehors, je ne pense plus à rien (tout se concentre et se décentre dans le même mouvement). Pendant que je vois une petite fille qui pleure, j’ai le cœur froissé, ses larmes coulent en moi et me peinent. Pendant que je photographie des gens à la volée, sans leur consentement, mon cœur se met à battre plus fort. Pendant que tu assistes à la dispute violente d’un couple dans la rue, la gêne des regards fuyants. Pendant que je cherche une banque ouverte dans le quartier, le temps file. Pendant que j’aperçois un chantier en cours, une friche en ville, une dent creuse, je me sens obligé de photographier le lieu pour en garder une trace et revenir plusieurs mois après vérifier comment l’endroit s’est transformé. Pendant que je me lave les mains je pense systématiquement à ma fille ainée. Pendant que je regarde le ciel, si un avion traverse l’espace en laissant une traînée blanche, je me souviens de mon ami d’enfance, Stéphan Menard, qui guettait les avions en cas d’accident. Pendant que je dors, nos corps dialoguent en silence. Pendant que je téléphone, j’entends dans le combiné ce que me dit mon interlocuteur en même temps que ce que les gens autour de moi perçoivent de ma communication. Pendant que je fais chauffer de l’eau pour un thé, je pense toujours à Nina pour laquelle nous avons gardé plusieurs années durant les sachets de nos infusions pour un travail artistique. Pendant que la lumière décline, la mélancolie s’impose. Pendant que tu me regardes, je te vois.

#11 J’ai toujours été attiré par ce qui sort des sentiers battus, avancer en aveugle dans une histoire que je ne connais pas, les livres à la structure narrative non-linéaire. Dans ma bibliothèque, les romans se mêlent au livres de poésie, les livres de photographie côtoient le cinéma. Certains livres ont une place de choix sur le rayonnage près de mon bureau. Vie et opinion de Tristram Shandy, gentilhomme de Sterne. Ulysse et Finnegans Wake de Joyce. Fictions de Borges. L’épais volume de Marelle de Cortázar. Un roman interactif, mais surtout un roman polyphonique. Dans mes textes, je cherche une forme d’écriture nouvelle qui interroge le temps, car le temps de la lecture y est remis en cause.

#12 Tenir le jour loin de soi. Dans l’incertitude. En retard sur l’ordre. Dans cette pièce sombre que tu dois traverser. Les mots se bousculent, les émotions chavirent. Avancer à tâtons dans le noir. En aveugle. S’aider du mur pour progresser dans l’obscurité. Des voix s’élèvent autour de toi. En un souffle. Les yeux s’habituent peu à peu à la faible luminosité. Tu perçois l’issue. Le silence blesse tes mots. Couper court à tout battement. À chacun sa façon de résister. Le moindre bruit comme foule en émeute. Idées derrière la tête. Tout en dessous. Dans la profondeur de ce présent qu’il faut inventer, raviver, faire revenir à soi, d’un éclair pour que jaillisse la lumière.

#13 Une femme tournait sur elle-même au milieu de la place pavée, déboussolée, perdue, elle répétait le prénom d’un garçon, Alexis, dans sa voix l’indice d’une peur incontrôlable, elle cherchait son petit-fils sans se déplacer pour autant, tétanisée par cette disparition, lorsqu’elle a répondu à un homme assis sur un banc qui s’inquiétait de savoir à quoi ressemblait le garçon, son âge, les vêtements qu’il portait, j’entendais dans la voix tremblotante de la femme son inquiétude grandissante et, comme en écho lointain, la réponse d’un garçon qui jouait, à quelques mètres de là, dans le square attenant, caché derrière une haie d’arbustes, revenant vers elle, à la voix.

#14 Éclair de soleil qui ricoche entre deux averses sur la vitre humide d’une voiture qui se gare. Un éclat ruisselant. Le vent siffle. Les nuages cotonneux filent dans le ciel à vive allure. Un oiseau traverse l’espace au-dessus de ma tête. Dans la trajectoire de son envol. Le bruit de ses ailes qui claquent. Un inconnu me frôle à peine sur le trottoir. Une feuille se détache d’un arbre. L’esquisse de sa chute. La forme d’une main. J’ai fermé les yeux. Tout ce qui bougeait autour de moi s’est révélé en mode filé dans la boîte noire de mon cerveau. Un instantané imprécis et fugace.

#15 T’as le pied de micro, mais pas le micro ! Ça s’est cumulé avec le reste. Manifestement le CD de Milène Farmer ne passe plus ! Encore ? Il est mort ? J’ai fait la mise à jour de l’agenda. C’est l’heure du café. Je suis un peu reluctante aux réseaux sociaux. Là, je suis bon. Tu peux regarder dans le Commun. D’après ce que j’ai cru comprendre, c’est acoustique. On en parle ensemble toute à l’heure. Si tu veux, je te le mets sur ton bureau. C’est rien de dire que ça me tente ! Y’a un vibraphone. Les sons sont dissonants ! C’est peut-être pas indispensable. En vrai, je suis en plein aquoibonisme en ce moment.

#16 Doudoune bleu tissu serré finition lisse assortie au jean et baskets casquette vissée sur la tête | long manteau noir pur laine vierge bottines en cuir de veau verni aux bouts arrondis fermées par un zip au niveau du talon | longue parka noir avec capuche dont le zip au milieu trace une ligne ocre qui attire l’œil | veste de survêtement blanc avec l’écusson de la marque Adidas griffé sur la poitrine pantalon de toile vert kaki | veste en jean bleu foncé par-dessus un sweat-shirt à capuche rose fluo à poche kangourou en accord avec ses baskets blanche et rose | veste militaire pantalon vert clair élimé bonnet gris en laine douce côtelée | long manteau laine et cachemire noir avec fermeture à glissière petite martingale dans le dos tchador sur la tête | Blouson de travail à haute visibilité jaune marine avec bande réfléchissante sur lequel on peut lire au dos le nom de la société de travaux publics URBAINE

#17 Briser à la hache le goudron du sol bitumé pour laisser pousser les herbes folles. Changer les couleurs des feux de signalisation, du rouge au bleu, le jaune en rose et l’orange au violet. Transformer tous les potelets urbains en statuaire. Construire des cabanes dans les arbres des cimetières. Créer des passerelles entre tous les immeubles pour faciliter une traversée de la ville en suspens. Éteindre tous les lampadaires de la ville à la nuit tombée. Détruire les immeubles devenus trop anciens pour multiplier les terrains vagues. Interdire les voitures en ville. Inciter les échanges d’appartement le temps d’un week-end.

#18 « L’écriture même était devenue un fardeau. J’aurais aimé qu’elle soit magique, qu’elle ait le pouvoir de modifier les choses, de leur donner du sens, mais elle n’était qu’un regard, rien de plus qu’une façon d’être. Je ne supportais plus son ambivalence. Qu’elle soit à la fois la preuve irréfutable de mon humanité et le signe flagrant de mon anachronisme. Elle pouvait me trahir à tout moment. Je devais la remplacer, m’inventer une vie, un monde, qui se passe des mots.

#19 Un père salue une mère de famille qui accompagne son enfant en poussette à la crèche. Bonjour Gustave. Devant sa guitoune, le vigile à l’entrée de l’hôpital te salue d’un signe de tête. L’agente d’accueil t’indique le chemin à suivre pour ton rendez-vous. Vous passez les portes, vous tournez à gauche, c’est au fond du couloir, porte 12. La secrétaire médicale t’imprime une page d’autocollants à ton nom en te demandant d’attendre dans le couloir. Les patients s’impatientent. Les médecins vont et viennent, en appelant leurs patients par leur nom. La jeune interne en urologie constitue ton dossier médical en attendant que le professeur revienne dans le cabinet. Son sourire transparaît sous le masque chirurgical quand tu lui dis qu’elle peut garder le DVD de l’IRM de ta prostate. Le chirurgien urologue pratique son examen avec doigté. Le soin qu’il prend à t’expliquer les deux options, selon que tu es optimiste ou non. Son sourire au moment de lui confirmer sans détours que tu es optimiste et qu’il te tend l’ordonnance pour une prochaine prise de sang. Les échanges de regards avec les personnes croisées dans le dédale des allées de l’hôpital. Fatiguées, hébétées, habituées et professionnelles. L’affichage indique CAISSES et SORTIE. Au moment d’arriver dans le hall, il n’y a plus qu’un panneau : ADMISSIONS. Reconnaître dans la salle d’attente, au milieu d’une dizaine d’autres personnes, la poétesse Véronique Pittolo. Les yeux rivés en l’air sur le panneau lumineux qui égrène les numéros des patients en attente. Le numéro 851 clignote enfin, guichet n°9. L’assistante médicale t’accueille derrière sa vitre protectrice. C’est votre première fois ? À la réponse oui, elle te prie de lui transmettre l’ensemble des papiers nécessaires à la constitution de ton dossier administratif. Carte d’identité, carte vitale, carte de mutuelle. Tu ne sais pas pourquoi, la question revient une deuxième fois : êtes-vous marié ? En sortant de l’hôpital, tu envoies un SMS à ta femme. Assis sur un banc, un vieil homme te dévisage comme s’il attendait un signe de toi. Il laisse tomber par terre son parapluie dans un bruit mat. Ton téléphone s’allume à nouveau après plusieurs messages échangés en marchant dans la rue. Tu souris en lisant cette phrase saisie à la volée : Et en plus ça se lève !

#21 Dans la chambre plongée dans l’obscurité, se lever non sans mal. Sans repère difficile de se mouvoir, d’attraper dans le noir les vêtements pour se vêtir. Du mal à s’y retrouver. Encore à demi endormi, la conjonction de deux éléments imprévus te font sursauter : la voix de ta femme que tu croyais endormie, qui te demande de laisser la porte de la chambre ouverte, et la lumière du salon, que ta fille allume en se levant. Le cœur qui bat. Et toute la journée, plus rien ne semble aussi accordé que cet instant. Tout se déplace, t’échappe, te fuis, te glisse entre les mains.

#22 Celui qui déplace les ouvrages qu’il aime sur les étagères de retour de sa bibliothèque, parce que les usagers privilégient tout particulièrement ces livres à l’emprunt. Celui qui avait eu le projet de déchirer toutes les pages 48 de la bibliothèque de Boston. Celui qui lui rendit hommage quelques années plus tard en enregistrant la lecture de pages 48 de très nombreux livres diffusée sur Internet. Celui qui volait des livres en librairie mais qu’il replaçait au même endroit le lendemain après lecture. Celle qui déposait les livres qu’elle aimait sur les rayonnages des bibliothèques qu’elle fréquentait. Celui qui volait les livres de ses amis et les remplaçait par d’autres livres sans leur en parler. Celui qui caviardait les pages des livres pour composer des poèmes express. Celui qui au café donnait le livre qu’il venait de terminer de lire à la première personne à ses côtés. Celui qui juxtaposait des livres en pile pour créer avec leurs titres un court poème. Celui qui enlevait tous les vieux livres déposés dans les boites à livre de sa ville, pour des livres récents, qu’il venait d’acheter en librairie.


« Une fois, je rapportai d’un voyage en chemin de fer un infect roman policier dont la couverture portait une araignée rouge au milieu de sa toile noire. Lydia le feuilleta et le trouva terriblement passionnant… elle sentit qu’elle ne pourrait absolument pas s’empêcher de regarder la fin, mais comme cela aurait tout gâté, elle ferma les yeux et déchira le dos du volume, divisant le livre en deux parties dont elle cacha la seconde, celle qui contenait le dénouement ; puis, plus tard, elle oublia l’endroit et pendant longtemps, longtemps, elle explora la maison cherchant le criminel qu’elle-même avait caché, tout en répétant d’une petite voix : « c’était si bouleversant, si terriblement bouleversant ; je sais que je mourrai si je découvre pas… » »

La méprise, Vladimir Nabokov

#23 Un message de Lucien Suel pour commencer la journée. J’ai regardé 4 vidéos des vases communicants sur lesquelles j’ai écrit un texte sur le blog Littératube. J’ai proposé une initiation sur les livres numériques à la bibliothèque. Un fonds de 20020 livres numériques accessibles gratuitement. Sur Twitter, une publication des bibliothèques de Paris : Comptons ensemble jusqu’en 2023 ! L’occasion de me rendre compte que mes vidéos sur YouTube ont enregistré 83 019 vues en 2022. J’ai diffusé 21 épisodes sur mon podcast de lectures versatiles, écouté dans 14 pays pour un total de 263 minutes.

A propos de Philippe Diaz

Philippe Diaz aka Pierre Ménard : Écrivain (Le Quartanier, Publie.net, Actes Sud Junior, La Marelle, Contre Mur...), bibliothécaire à Paris, médiation numérique et atelier d'écriture Comment écrire au quotidien : 365 ateliers d'écriture, édité par Publie.net http://bit.ly/écrireauquotidien Son dernier livre : L'esprit d'escalier, publié par La Marelle éditions Son site : Liminaire

46 commentaires à propos de “carnets individuels | Pierre Ménard”

  1. Cher Anh Mat, chaque jour je pourrais dire comme Tarkos, mais hier, exceptionnellement j’ai rencontré par hasard plusieurs personnes que je connais mais que je ne vois que très rarement à la bibliothèque. Ce matin, en allant travailler j’ai pensé à nos vases communicants avec émotion. Vos vidéos me manquent !

  2. écho avec J.Tholomé qui pour un instant « ne veut rien savoir de la misère du monde »… c’est étrange et beau comme certaines notes se croisent et discutent entre elles. Encore plus impressionant quand on lit toutes les contributions les unes après les autres…

    • Merci beaucoup pour ce retour, j’avoue que pour l’instant je n’ai pas encore eu le temps de lire les textes réunis pour voir les échos et correspondances entre les différentes contributions, je n’ai lu que certains textes de manière épisodique. Je vais faire l’expérience.

    • Merci Gracia, cela me fascine toujours autant ce réveil interne qui nous réveille avant l’heure, juste avant, pour ne pas être en retard. Très heureux moi aussi de pouvoir te lire ici, dans ces carnets partagés avec ceux des autres et les nombreux échos qu’ils provoquent en nous.

  3. Salut Yan, c’est sympa de te retrouver ici. Très touché par ta remarque. J’aime les voix, j’aime les écouter, les reconnaître, c’est ce qui me plaît dans la découverte des lectures d’auteurs, les performances, on entre dans l’intimité de l’auteur, son rythme si particulier, ce qu’on retrouve généralement dans ses textes. Ravi que tu saisisses cela dans ces courts textes.

    • Comme je l’écris dans le texte du jour : Pendant que je relis mon texte d’hier, j’ai la sensation d’être passé à côté de ce que je voulais exprimer mais d’avoir en même temps ouvert une porte secrète derrière laquelle il faudra que j’aille explorer. Le rire du rêve ne trouvait pas sa réponse dans le rire du jour, juste dans une issue possible, entrevue, plus un sourire qu’un rire.

  4. C’est interdit d’écrire une telle quantité de “pendant”, si au moins en les lisant on s’ennuyait, si on ne voyait pas la danse du monde, si la musique n’était pas juste, peut-être qu’il aurait autorisé d’en écrire autant, mais là, je relis ma contribution et je puis passe une annonce sur le bon coin pour revendre mon Mac. La voici , le prix 250 euros, Description:
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    • Très touché Laurent, j’aime beaucoup la contrainte des 480 caractères que je respecte très scrupuleusement d’habitude mais comme François nous y a incité, qu’au bureau j’avais un peu de temps aujourd’hui et comme le clavier de mon MAC à la maison fait des siennes (plus de k, de i, de l, de o), j’en ai un peu profité pour aller plus loin.

  5. et donc le (ton) dispositif rapporte en fin celui du jour précédent pour laisser place à celui du jour – j’ai commencé par la 13 (aujourd’hui) (je ne voyais pas une grand-mère au début, mais Björk ou quelqu’une comme ça) – non mais on ne se perd que peu (et c’est vraiment bien) – le soleil sur les vitres comme la haie cachent un peu une réalité légère (heureusement)

    • Oui Piero, je ne me résous pas à diffuser ici tous les textes à l’envers, sur mon blog ça ne me gêne pas mais là c’est intéressant de lire aussi les textes dans la continuité. Mais pour faciliter la lecture du dernier texte écrit, je le place chaque jour devant les autres, pour qu’il soit lisible avant même qu’on ‘ouvre la page. Et oui tu as raison, qu’il s’agisse du soleil sur les vitres ou d’une haie dans un square c’est toujours une histoire de réalité cachée (même légère, même illusoire).

    • Mais tout à fait Caroline ! Je n’arrivais pas à me concentrer sur mon travail, mes collègues de la disco n’arrêtaient pas de parler dans l’open space de la bibliothèque, j’ai commencé à noter sur un papier ce qu’ils se disaient pour n’en garder finalement qu’une toute petite partie. De vraies pipelettes ce matin !

    • Merci Catherine pour ce retour très positif. L’écriture comme la lecture sont histoires de partage, le livre qui est au cœur de cet échange créatif est forcément à l’origine de belles rencontres et de découvertes. Les textes écrits par les participants sur cette séance le prouvent avec générosité.

    • Merci Jean-Luc, le terrain de jeu est sans fin. Un livre devient un autre livre à chaque fois que nous le lisons. Une ville c’est pareille invention, voyage à travers le temps, chaque parcours la transforme.
      J’ai travaillé pendant plusieurs années sur un projet d’application (que je n’ai pas pu développer malheureusement au-delà d’un prototype faute de financement) autour d’un texte qui se déroulait sur l’île Saint-Louis et qui consistait à marcher dans les rues comme entre les pages d’un livre, en garder une trace, avec cet étonnement de voir, au fil du temps, se dessiner un chemin qui n’existait pas au moment de notre trajet : Les lignes de désir. Un projet transmédia aux frontières du livre, des nouvelles technologies et de l’art urbain, une réflexion autour de la forme du livre à l’ère du numérique permettant de découvrir la fiction puis de composer sa version de l’histoire en marchant, de manière ludique et originale.

    • Écrire un livre c’est s’exposer à l’attention et à la critique des autres, il en est de même pour le lecteur, lorsqu’il offre un livre qu’il a aimé lire, c’est un peu comme s’il en était l’auteur et qu’il l’offrait, tel un prolongement de lui-même.

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