A propos de Elisabeth Saint-Michel

J'ai participé plusieurs fois aux ateliers de François Bon. J'y trouve une exigence et un rythmr qui me motivent. J'ai publié 4 livres dont le dernier, Cochon Pendu, a été largement nourri par la proposition 'Quelqu'un arrive quelque part" avec laquelle j'ai entamé mon récit, et celles qui ont suivi.

#L3 | sous les pavés

En v’là un autre avec son bac à illusions sous le bras on le voit à son allure j’avais la même il y a deux ans de ça quand c’est moi qui me pointais en câlinant les orties il y en avait à l’époque je caressais les feuilles pour frimer le genre même pas mal pour épater qui on se demande Continuer la lecture#L3 | sous les pavés

#L2 Cochon pendu

Où allaient ces gens qui étaient dans le train tout à l’heure, le train dont les voies n’offrent pas de déviation possible, parcours programmé, aiguillages réglés, itinéraire fiable et sans surprise. Où allaient-ils ? La question l’a effleuré, sous le pont, alors que le souffle du TGV avait à peine eu le temps de le surprendre. Étaient-ils confortablement installés, tickets en Continuer la lecture#L2 Cochon pendu

Déchets désenchantés

Au-dessus du tas, quatre chaises, fraîchement débarquées, leurs pieds retournés invoquant l’assistance d’un ciel nuageux qui ne peut rien pour elles, des planches arrachées au squelette de leur meuble d’origine, griffées, éraflées, des vis éparses transperçant leurs veines, une carcasse d’ordinateur, la carte mère à l’air, une machine à coudre, deux cadres jumeaux dont les vitres ont explosé et font Continuer la lectureDéchets désenchantés

majorelle ou indigo

C’est ici. Une grand-porte d’un bleu délavé s’ouvre sur un porche. Au fond, on devine une cour. Se représenter la scène depuis le départ, depuis le moment où il a claqué la porte d’un chez lui parmi d’autres, depuis le moment où il s’est mis en branle, ses grandes enjambées n’affirmant rien. En longeant le canal jusqu’à l’écluse, le vivre Continuer la lecturemajorelle ou indigo

Déclinaisons nocturnes

… l’humidité perce à cœur le matelas qui était tiède tout à l’heure, un matelas fin, posé à même le métal de la remorque du camion, il charrie des frissons…… un bitume mal lissé, le dos qui s’y pique, les membres endoloris, une couverture jetée à la va-vite, l’air qui se refroidit quand avance la nuit, les restes de flonflons Continuer la lectureDéclinaisons nocturnes

Miroir intense

Les maisons se dérident, leurs étages plongent en toi à rebours, la rue entière se gondole, offrant aux promeneurs la farce rieuse des combles devenues caves, des lucarnes en apnée, des riverains qui marchent sur la tête et des cyclistes dont les vélos planquent leurs roues derrière de hautes herbes qui tombent du ciel. Les briques, réputées moroses se prennent Continuer la lectureMiroir intense

Nocturne

Des racines grises sur la même toile que des mèches qui, elles, n’ont pas encore perdu leur teinture, des cheveux secs tenus en arrière par un élastique sans fantaisie. Le reste du visage de la femme qui marche est absorbé par un fil tendu sur le trottoir.En son for intérieur : une forêt vierge, libre en tous sens, de la canopée Continuer la lectureNocturne

Double facétie

Je fatigue, lessive et orchestre ma partie de texte quand j’entends frapper. Il n’est que quatorze heures cinquante-deux. La tôle de la porte se gondole sous l’effet de la double facétie d’une politesse de façade et de huit minutes d’avance. Ai-je le choix de dire, s’il vous plait, repassez plus tard, ou entrez je vous en prie? Je déglutis. Lever de Continuer la lectureDouble facétie

chemin de halage

Assis sur un banc, il dodeline. À ses pieds, un sachet fatigué, déchiré, un sachet qui a l’air d’avoir déjà battu des kilomètres de pavé. Dans les yeux de l’homme, on lit l’absence. Le regard est loin, de nous, de la vie, loin de lui peut-être. La tête, surmontée d’un bonnet mou, la tête surtout, dodeline, mais pas seulement, le Continuer la lecturechemin de halage

les turbulentes

De la scène, provient un rythme sourd qui traverse les ventricules d’une énorme enceinte. Une fille arpente le plateau. Sur son tee-shirt noir, un motif qu’on ne distingue dans ses détails que si l’on est aux premières loges, un monstre marin aux tentacules indociles, exfiltré d’un conte fantastique. Agile, elle monte à l’échelle pour changer l’ampoule d’un projecteur, scotche des Continuer la lectureles turbulentes