A propos de Elisabeth Saint-Michel

J'ai participé plusieurs fois aux ateliers de François Bon. J'y trouve une exigence et un rythmr qui me motivent. J'ai publié 4 livres dont le dernier, Cochon Pendu, a été largement nourri par la proposition 'Quelqu'un arrive quelque part" avec laquelle j'ai entamé mon récit, et celles qui ont suivi.

De passage…

celle qui a été sculptée et polie dans le granit, rose d’habit, noire d’humeur et d’humour, ciselant le verbe et léchant la formule, gardant ses distances avec le tendre, fondue dans le bloc rugueux dont elle est issue sans se laisser aller aux transports, sans prêter attention aux fissures amenées par le temps et l’absence, lézardes possibles pour parler de Continuer la lectureDe passage…

Visage ingrat

Approchez un peu, vous êtes nouvelle ? Vous me rappelez ma fille. Elle porte les mêmes boucles d’oreilles que vous, qui lui allongent insensément les oreilles. Vous avez ses pommettes, son menton, son nez, elle s’est toujours plainte de sa petitesse, un petit nez, que voulez-vous faire contre ça, en greffer un autre ? Elle a vécu avec ce complexe pendant toute Continuer la lectureVisage ingrat

Une même alarme

C’est cette heure où il est impossible de rouler sauf à avoir le chemin dans la peau. L’horizon est une incandescence jaune, brûlante et plonge le regard dans une cécité qui ride les paupières. Tout écarquillement est vain et douloureux. C’est en remontant, c’est en fin d’après-midi. Le soleil, au bord du déclin, crache des myriades ivres qui déforment le réel Continuer la lectureUne même alarme

Conditions particulières

Certaines histoires sont présentées comme des miracles. Celle-ci en fait partie. Il tirait la langue sur le trottoir, en ma direction, alors que ma mère, derrière le rideau, me tenant dans ses bras, guettait son retour. Une résurrection devenue mythique. Loulou, était bien un loulou blanc (ou spitz) . Témoin mais pas compagnon de jeu. La pharmacie, quant à elle, Continuer la lectureConditions particulières

Entre parenthèses

Dans le ventre palpitant, je me suis baignée, formée, développée, j’ai nagé en eaux troubles, voyagé entre les parois chaudes de sang, chaudes de chair. J’ai lâché un matin la matière nourricière pour rejoindre la lumière aveuglante du jour. Née. Crié. Ouvert les yeux, gigoté, pris contact avec le monde. Affûté mon regard, croisé, reconnu mes proches, leur ai souri. Continuer la lectureEntre parenthèses

L’ennui entre les lames

La Lys est un danger brumeux, la voiture chemine à distance mais se déporte quand le terre-plein se réduit, il n’y a pas de glissière de sécurité. Des cris, entre gloussements et grosse frayeur, le virage était un peu serré, on chambre notre chauffeur, l’eau est noire et prête à nous happer, le fantasme des carcasses de voitures retrouvées dans Continuer la lectureL’ennui entre les lames

Fenêtre sur le monde

Prélavage la scène tourne lentement dans le tambour des impressions des sensations que la mémoire rechigne à lâcher qu’elle garde en éternels non-dit non-su non-déclaré que s’est-il passé exactement on trempe on baigne ainsi le linge sale pour tenter de détacher une marque de plus que lors du cycle précédent récent le cycle précédent car la scène tourne ainsi souvent Continuer la lectureFenêtre sur le monde

remonter à l’air libre

Métro Un escalator gémissant, un ascenseur bringuebalant, sale et des marches écornées mènent au même quai. Dans les entrailles du quartier, des remugles fauves. Des rames sans chauffeur se succèdent dans un sens et dans l’autre. Des journaux gratuits, abandonnés depuis le matin jonchent le sol dallé et s’amoncellent en feuilles volantes entre les cubes où l’on peut s’asseoir pour contempler, Continuer la lectureremonter à l’air libre

calendrier perpétuel

27 septembre 1987 Rencontré quelqu’un d’autre, quelqu’un de bien, notre histoire prend la flotte, quelqu’un d’autre, de l’allure, de la culture, oui, je la connais, notre histoire rétrécit, se résume, se borne, un amour de jeunesse, presque une erreur. M’a caressé les cheveux avant de sortir, ne sait quand reviendra, son geste m’a effiloché à cœur. Froid. Me caler sous Continuer la lecturecalendrier perpétuel

sursis polychrome

La maison n’en peut plus. Une lourde masse, trimballée par une grue, va bientôt passer, lui raser la tête, faire voler ses dernières vitres en éclats, fouiller son ciment jusqu’à l’os, lui décoller la chair des poutres. Son destin d’invisible, de semblable à ses voisines, de droite, de gauche, d’en face et de plus loin, son destin d’oubliée dans les Continuer la lecturesursis polychrome