A propos de Elisabeth Saint-Michel

J'ai participé plusieurs fois aux ateliers de François Bon. J'y trouve une exigence et un rythmr qui me motivent. J'ai publié 4 livres dont le dernier, Cochon Pendu, a été largement nourri par la proposition 'Quelqu'un arrive quelque part" avec laquelle j'ai entamé mon récit, et celles qui ont suivi.

# P9 Clairs obscurs

Un album rigide, recouvert d’une toile orange, sous le film plastique dont on ne parvient pas à éliminer un pli dans son quart inférieur, sur la troisième page, une petite photo carrée, du 10×10. Une maison. Bâtie sur un angle, elle apparaît dans sa partie gauche seulement, laissant la priorité au jardin qui se déroule devant elle et s’enfuit sur Continuer la lecture# P9 Clairs obscurs

# L8 En suspension

La rampe d’escalier est poisseuse des sueurs déposées. Dans la grande salle que dessert le palier, elle esquisse un entrechat, elle virevolte, il s’élance, leurs pas s’emboitent comme s’ils se connaissaient, ils ne sont jamais vus, c’est la parade, la grande parade, celle du cirque ou du défilé, quand les cuivres sont en tête et que les tambours suivent, quand Continuer la lecture# L8 En suspension

#P8 Je ne m’attendais pas à toi

Je ne m’attendais pas à toi. Comment s’est pris ce rendez-vous ? Toi et moi, en dehors des normes temporelles et spatiales vingt ans après ta mort ? Qui a appelé qui ? Tu n’as pas demandé à me rencontrer à l’occasion d’une faveur que t’aurait accordée l’autre monde, je n’ai pas fait tourner les tables ni ne me suis mise en quête Continuer la lecture#P8 Je ne m’attendais pas à toi

#P7 Le port de la Madelon

C’est le bout du monde. L’eau est à des centaines de mètres, au-delà de la lande. Elle arrivera ici tout à l’heure en remplissant l’étroit chenal, en bout de parcours. Deux bateaux attendent que la marée monte. Un canot à moteur, marqué OVNI en lettres bleues est presque couché. Un minuscule voilier lui fait face, de l’autre côté du Fliers. Continuer la lecture#P7 Le port de la Madelon

# L6 Offerts au monde

Il se pose sous un pont, s’assied sur le macadam, le dos appuyé contre la voute et aplanit la lanière de sa sacoche du plat de la main pour en atténuer le coupant. La désillusion n’a pas encore gagné pas la partie, elle n’a pas les cartes en main. C’est ce qu’il aimerait se dire, c’est qu’il s’efforce de penser, Continuer la lecture# L6 Offerts au monde

# P6 Comme un arc en ciel finit par se dissoudre

mercredi 28 Aujourd’hui, le ciel semble plus clair. L’air est piquant, presque automnal et le vent, notre vent du Nord si familier, balaie mes restes de sommeil. Il est 10h et, dans la cour, tout frissonne. Ma courte nuit doit accentuer mon ressenti. Je bois une gorgée de café brûlant. Minuscule jardin, minuscule cour, chez moi. Pas besoin de plus. Continuer la lecture# P6 Comme un arc en ciel finit par se dissoudre

#L5 | Squelette mou

Avaler les rages anciennes, les mâcher comme on mâche sans fin ce qui l’a tellement été que le goût s’en est allé, la couleur et jusqu’à la consistance, mâcher jusqu’à se mâcher, soi, devenir l’objet de son propre mâchonnement. Régurgiter ce qui est, à force, est devenu terreux. Ouvrir à la colère la voie physique, la traversée du corps jusqu’aux Continuer la lecture#L5 | Squelette mou

#P5 Chute libre

Le nœud ne se desserre pas, trop serré le nœud, ici, dans la gorge, au carrefour des respirations, affole les sens, excite les fêlures. Pas de main à saisir, pas de rampe, pas de filet, aucun accessoire estampillé sécurité, aucune issue de secours, parcours obligé, piste noire savonnée, savonnée en noir, je prends de la vitesse, l’ivresse me cajole, pas Continuer la lecture#P5 Chute libre

#L4 | Mes inséparables

De Stefen Zweig, le joueur d’échecs, 24 heures de la vie d’une femme, échapper à la folie, au désastre du total isolement, à l’addiction. Une traversée puissante du mental. De Sylvie Germain, nuit d’ambre, Opéra Muet, densité, violence des états d’âme, densité, contact charnel avec la nature, limites repoussées, démolitions intérieures. De Nancy Huston, dolce agonia, instruments des ténèbres, champs Continuer la lecture#L4 | Mes inséparables

#P3 Crevettes bouquet

À la vue des crevettes, le vieux regard s’émerveille. Elles sont là, en couronne, luisantes, la queue prédécoupée, la tête déjà éliminée, elles n’ont plus d’antennes et on est dispensé de croiser leurs yeux morts avant de les décapiter. Au centre du petit hémicycle, trône un minuscule godet de mayonnaise. Elle s’extasie, quelle bonne idée, des crevettes. D’en avoir mangé Continuer la lecture#P3 Crevettes bouquet