A propos de Geneviève Flaven

Je suis née à Paris en 1969. En 2001 à Nice, j’ai fondé une agence de conseil en design puis suis partie à Shanghai pour développer mes activités. Le départ en Chine m’a mené vers l’écriture et la publication. Depuis mon retour en France en 2019, je me consacre à la création et à l’animation de projets collaboratifs de théâtre documentaire en France et dans le monde. Théâtre : The 99 project (http://www.the99project.net/ ) Blog de mes années chinoises : Shanghai confidential (https://shanghaiconfidential.wordpress.com/)

#L3 chaud froid

Francine : Je n’aime pas ramasser les groseilles. D’abord, elles s’écrasent entre les doigts. Et puis, dans les groseilliers, il y a des bêtes. Ça fait du bruit. Des bruits d’avion, des petits craquements. Voilà maman qui arrive ! Elle ramène une petite sœur. Je veux la voir.  Grand-mère Taja a dit qu’il faudra faire attention car les bébés sont très fragiles. Continuer la lecture#L3 chaud froid

#L2 Les yeux cousus

Suite de #1 Babeuf Elle regarde l’enfant qui dort, les yeux cousus, son petit bonnet blanc sur son crâne chaud et mou, son corps candide et fragile qui repose sur le tissu tendu de la chemise blanche. Elle revoit sa blancheur perdue: le voile virginal des communiantes, ses doigts blêmes serrant le missel, ses ongles opalins, ses yeux de lait, Continuer la lecture#L2 Les yeux cousus

# P2 Blanc

Elle regarde l’enfant qui vagit, l’enfant née d’une coulée de lumière blanche, son petit bonnet blanc sur le crâne chaud et mou, son corps candide et fragile qui repose sur le tissu tendu de la chemise blanche. Elle revoit sa blancheur, le voile virginal des communiantes, ses doigts blêmes serrant le missel, ses ongles opalins, ses yeux de lait, l’ivoire Continuer la lecture# P2 Blanc

#L1 Baboeuf

Une charrette tirée par un cheval progresse calmement sur le chemin. Elle est assise sur le banc à côté du conducteur. Un cahot languide fait rouler sa tête. Une mèche de cheveu châtain s’échappe et glisse sur son visage jeune et las. Autour d’elle virevoltent des libellules, vifs bâtonnets bleus. Au bord de la route, une femme en tablier et deux Continuer la lecture#L1 Baboeuf

# P1, Je n’ai jamais aimé mes chambres

Je faisais grandes siestes sur une couverture de cheval à l’ombre d’un pommier et sentais contre ma joue, la feutrine rêche couleur de nuit. Je dormais d’un sommeil de brute, le front appuyé à la vitre sale dans le RER A entre Paris et Cergy et me réveillai brutalement quelques secondes avant Cergy Préfecture. Les nuits de fièvre, je fixais Continuer la lecture# P1, Je n’ai jamais aimé mes chambres

prologue : eau de vie

A Cheylins, l’eau de la retenue EDF était une eau stérile, domestiquée pour tourner dans les turbines. Elle avait l’aspect menaçant de neige toxique fondue. Là-bas, en Chine, l’eau du Huangpu était chargée de loss, épaisse comme du café con lecce, des centaines de cargos chargés de sable et de d’acier remontaient le fleuve sans discontinuer de l’embouchure vers le Continuer la lectureprologue : eau de vie

La libé

Sur l’étal du marché, des poireaux en très grandes quantités et deux bottes d’épinard. Je prends une botte d’épinard frais et la sens. L’épinard n’a pas d’odeur (comme l’oseille, comme l’argent) ; c’est idiot de sentir les feuilles d’épinard frais mais c’est trop tard, le mal est fait. Je trouve une excuse : je veux sentir la fraîcheur. La marchande mugit quelque Continuer la lectureLa libé

Misses

Celle qui avait été élue Miss Colomars et assistait aux répétitions de la fanfare, qui s’asseyait dans un coin, dodelinait un peu de la tête puis partait au milieu du dernier morceau sans dire un mot, qui promenait un chien souffreteux, qui trainait des pieds dans un blouse de tergal rose, qui souffrait de calculs rénaux, d’hypertension, de rhumatisme articulaire Continuer la lectureMisses