autobiographies #01 | l’été

Bicyclette abandonnée sur le sable, une roue en l’air, encore en mouvement. Le vélo chevauchant la route de graviers. Mains en l’air, qui lâchent le guidon. Mains qui se rejoignent pour claquer ensemble, en rythme, un chant de gloire. Dérapage, fumée blanche qui prend la gorge. Ciel et mer au bout du chemin. Genoux écorchés et vélo rouge sur le blanc des pierres.

La route des mûres, un chemin de ronces ensablées, relents de boue et de marée, fleurs mauves aux tiges bien accrochées. Mains tachées par les fruits, il reste des graines qui se glissent entre les dents, à caresser avec sa langue. 

Enfoncer son pied dans la vase. La boue se fraye un passage entre les orteils, elle recouvre ma peau blanche de sa teinte noire, c’est délicieux. Le pied s’extrait de la vase avec un grand bruit de succion. Recommencer pour écouter le bruit. Il ne reste qu’un grand trou noir dans la glaise. L’eau y pénètre instantanément. Danse avec les chaussettes noires sur l’herbe dure. L’eau qui monte et qui descend. Il faut regarder l’heure. Toute vie suit le chemin imposé par l’eau. Ils courent se réfugier, se cacher de notre regard. 

Jet d’eau douce sur la pelouse. D’abord bouillante, chauffée par le soleil de l’après-midi, puis de plus en plus froide. Smiley face et Vans fluos. Baraque de bois et lourd couvre-lit vermeil. Évier où faire sa toilette avec un gant, miroir fendu, poussière, sable, aiguilles de pin. Une araignée champêtre, aux pattes longues et fines, déambule, chez elle. Parfums vanillés des laitages préparés par grand-mère. 

Passer la tête par la fenêtre, la vitre descendue tout en bas, l’air qui décoiffe. Avaler du vent en chantant à tue-tête. Derrière la remorque, branle-bas de combat. On va à la décharge. Revenir les poches pleines de trésors, des objets et même des livres qu’on a osé jeter. Pages jaunies qui sentent le renfermé. Odeur de l’abandon, odeur d’un autre temps. On prend ce qu’on veut. 

A propos de Irene Garmandia

Lectrice par amour des mots et des histoires. Voyageuse immobile, perdue entre plusieurs langues, a récemment découvert le jeu d'écrire.

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