autobiographies #01 | espaces le long de la nationale

Allée de graviers bordant les herbes plus ou moins rases. Des fleurs de trèfle à la lisière. Là, deux terrains de foot, côte à côte sans limites, trop grands pour une poignée d’enfants. Lignes à peine marquées sur le pourtour, cages écaillées sans filet à chaque extrémité, une seule utilisée. L’étendue trop vaste. Poursuivre la passe manquée sur toute la longueur, revenir à bout de souffle pour le but… loupé. A la perpendiculaire, en balcon, la nationale vers Montlaur devenu Carrefour de ce côté, puis le panneau Bouillargues et on bifurque sur la route des canaux, longeant la ligne d’eau vers la mer, les fenêtres grandes ouvertes sur l’air brûlant, la gorge salée d’avance, la dent craquante de sable.

Derrière le stade, tout au fond, presque à toucher l’autoroute par-dessous la nationale, le club de tir à l’arc. Chtac, chtac dans les cibles. De loin, derrière les grillages. Un robinet sous lequel passer la langue puis la tête entière quand la flemme était grande d’aller jusqu’à la maison. Derrière les cibles d’immenses panneaux de bois empêchant les traits de se ficher dans l’herbe se prolongeant là dans un angle, au-delà des terrains de foot. Bravant l’interdiction parentale, tu y trouves des flèches quelques fois. Des trophées. Là aussi, mi assis mi allongé, au milieu de son barda, Bernard « le clodo » causant avec les gosses du quartier, mais causant grand peur aux parents, surtout les jours de visite et de chiens. L’échos des voix depuis les fenêtres en vigie, le repli vers le bloc de maisons, retour sur le bitume, derrière les deux poteaux de cairons, la lourde chaîne tirée entre empêchant le passage des caravanes de Romanichels. Plus tard, à cette frontière, un mur aussi haut que celui des jardins de villas et une porte fermée.

Le long des graviers, à gauche le stade, à droite les petits jardins proprets, petits murs, hautes haies et grillages. Tout au bout le passage vers les jardins ouvriers. A pied ou en vélo, prendre son élan et dévaler le fossé, tremplin vers un autre décors. Terre battue, chemins creusés d’ornières, palissades de bois et de tôles, bicoques sous le soleil cuisant, quelques arbres, parfois fruitiers, les plantations alignées soigneusement, les fleurs s’échappant par grappes par-dessus les toits, à travers les grillages déformés, les flaques boueuses laissant des croûtes sous les semelles, les chemins sans issues, labyrinthes connus sur le bout des doigts et pourtant toujours une aventure, les chats fuyant, les vieux dos courbés sur les sillons, levant rarement la tête au passage. Crier des ordres à la volée, comme ça, se sentir forts, libres, ensemble. Et puis le terrain vague, avec ses bosses qu’on n’en avait jamais vues de pareilles. Pas de casque, pas de rampe de ciment, de la terre, de la boue, de la glaise où tracer son passage, les roues, les pieds, les mains, les envols et les gadins qu’on prend, qu’on ramène à la maison, pantalons et coudes écorchés.

A propos de Hell Gosse

Un peu de sociologie de l'imaginaire, quelques années de journalisme à Montpellier, beaucoup de maternité. Une mise au vert en Lozère depuis peu pour avoir les yeux ouverts, le son du vent dans les feuilles, l'horizon qui affleure sur l'Aubrac. Venue ici par un heureux concours de circonstances. N'en reviens toujours pas de cette aventure qui se déploie.

8 commentaires à propos de “autobiographies #01 | espaces le long de la nationale”

  1. Comme une image de la banlieue… et d’une enfance qui fait feu de tout bois. Ce qui est bien, c’est que ce n’est même pas nostalgique je trouve, ça ne prend pas cette pente là comme si un peu de gouaille était la juste parade pour éviter ces mouvements là

Laisser un commentaire