autobiographies #04 I Sonnailles

Maraval, Eckmülh, rue Joseph-Oliva. Ces noms, entendus il y a peu dans la bouche d’une personne de ma famille perdue de vue, m’ont aussitôt propulsée dans un monde dont je n’ai gardé aucune trace, que j’ai pourtant aussitôt reconnu comme profondément intime et familier. Et voilà que ces sons assourdis, étouffés, asphyxiés, ont jailli comme trois petites notes inattendues sur une portée dépourvue de clé, livrés à eux-mêmes, néanmoins délivrés. Des gens ont vécu là. J’ai sans doute vécu là parmi eux. Des gens que j’ai bien connus. Qui sont sans doute ma famille. Peut-être encore vivants. Des gens qui m’ont habillée, soulevée joyeusement du sol, fait sauter à bout de bras, qui ont formé mes anglaises en les enroulant sur leur index, rajusté le col de ma robe, rempli pour la troisième fois mon assiette. Pourtant, ces sons n’évoquent ni lieu, ni lien. Encore moins des adresses où l’on se serait rendus, que l’on aurait quittées pour s’y retrouver, parfois, tous les jours. Ils n’adressent rien, ne s’adressent pas. Pas à moi. Ils ne sont que la bande son grésillante et hachée, non moins persistante, d’une bobine Super 8 aux images définitivement effacées.

A propos de Corinne Dupuy

Détestant m'exprimer en public, je ne voulais pas enseigner. Je me suis retrouvée dans la com. Et j'ai fini par écrire un livre, paru aux éditions Velvet : https://www.editionsvelvet.com/a/corinne-dupuy/le-bernard-l-ermite-dans-l-aquarium. Si vous le lisez, vous comprendrez que "L'autobiographie comme fiction", ça me parle. Avec les confinements, j'ai quitté Paris. Je vis aujourd'hui dans les Côtes d'Armor.

Laisser un commentaire