Septembre 1972, beaucoup plus au sud

Le 27 septembre 1972, je n’existais pas, j’étais divisé, une part en formation depuis bientôt deux mois et demi, une autre part dans la file d’attente durant l’entretien d’embauche de l’ovule précédent. Oh cette génitalité! Où ils en étaient ce jeune couple, déjà deux enfants, le dernier occupe encore probablement des jours et des nuits? 1 an, 1 mois, 24 Continuer la lectureSeptembre 1972, beaucoup plus au sud

mes 27 septembres

27 septembre 2014 Nuit agitée. Odeur de pain grillé, première tasse de café face au Pelvoux. Rose dans le petit matin. Immuable. La beauté existe. Et pourtant… hier soir à la radio cette annonce : dans cinq pays de l’Afrique de l’ouest, 3 000 morts, la fièvre Ebola agrandit son carnage, ces régions manquent de centres de soins, de traitements, Continuer la lecturemes 27 septembres

maisons d’ici et d’ailleurs

La maison d’autrefois. Entre la Promenade et la vallée des prés. Volets fermés. Rose hospitalisée n’y reviendra pas. Visiter ce lieu en pensée. Une porte massive. Lourde à pousser qui grince et résiste. Des tentures aux pompons soyeux : plaisir enfantin de les caresser. Dans un coin des chaussures fatiguées en vrac. Sur un escabeau une paire de ballerines en Continuer la lecturemaisons d’ici et d’ailleurs

Prop #04 – Description

Une chaine C’est une chaîne. Elle barre l’entrée de la contre-allée, en bas de mon immeuble. Une « mauvaise » chaîne, usée, abimée ; des traces de peinture par endroits, des anneaux souvent emmêlés. Elle est fixée d’un coté près de la pelouse, de l’autre elle se termine par une barre qu’il faut faire tenir droit, dans un trou aménagée pour cela, de Continuer la lectureProp #04 – Description

Racines

« enfermée dans ce lieu d’exil » (proposition 6) Hypothèse 1 Elle serait partie rêvant d’une terre qu’elle aborderait seule. Elle aurait laissé les visages connus, les lieux qui sentaient les placards trop longtemps fermés, les maisons aux gestes quotidiens —dormir se lever se brosser les dents poser la bouilloire rouge sur le feu regarder par la fenêtre se questionner Continuer la lectureRacines

un fiancé disparu

Là devant l’escalier         immédiatement derrière la porte d’entrée         petite robe jaune     pour les vacances         premier étage gauche         c’était celle-là        chambre préparée         pour la petite fille         jaune aussi        chambre jaune         trace pour baldaquin         imaginer un baldaquin complet         la petite fille ne voulait que cette chambre         trace en bois         gros rond au plafond          rond gravé         un jour il avait dû y avoir des voilages         voilures de l’imagination         Continuer la lectureun fiancé disparu

retour aux sources

mon-texte-interstice-N°2-les-MAISONS-été-2019-F.-BON-1D’abord, elle sentit la matière poisseuse, dégoûtante dans la paume de sa main, de la grille rouillée bloquée depuis son enfance. Elle descendit la vingtaine d’escaliers en ciment usé qui, du fait de leur déclinaison, la faisait pencher vers le sol gris de la cour.
Le soleil ne le touchait pas encore. Il frôlait tout juste le haut des fenêtres à gauche. Pressée d’échapper à ce trou sombre, elle marcha vite jusqu’au mur haut du fond de la cour, qui était aussi le côté de l’église. Par sa facture, il témoignait de l’époque de sa construction. Elle se rappela que l’église avait été détruite par un bombardement en 1945, juste avant la fin de la guerre. Elle regarda à gauche, vers le petit immeuble d’un étage et traversa l’étroite ruelle qui menait vers l’autre cour où se trouvait l’appentis, au fond. Elle reconnut les escaliers, la serrure aujourd’hui inutile. La porte était entrouverte. Elle hésita, se faufila entre les murs moisis. En glissant, elle pénétra dans ces modestes vestiges. Elle retint sa respiration, suffoqua. Après, elle sentit les dures écailles des volets de bois, les ouvrit d’un coup d’épaule. Les persiennes claquèrent contre le mur, un bruit sec….C’est peut-être ce bruit qui permit une délivrance. Elle leva la tête vers le jardin, les arbres denses et sombres. Le vert l’inondait. Elle suffoqua, hoqueta de tant de feuilles vertes sur les branches noires des arbres. Elle essaya de voir plus loin derrière le rideau sombre. Elle ne vit rien, entendit de l’autre côté le bruit de l’eau qui gouttait sur le feuillage. Elle resta là, suspendue à la fenêtre, le regard noyé dans la verdure maléfique du jardin.
De ce côté-ci, tout était silencieux.

5 – Le chamois dans la neige

Dans                                           la                               neige,   il                               y                                        a                                un                                   chamois ,                          il                           glisse                ,           et                          dévale                     la             pente                    , ses                           empreintes                       sont                                 des                   virgules, , oui , dans                         le                                        coton                             , il                     franchit                           le                                    pont              qui              enjambe                      le                       torrent , mon                   père              trappeur du XXIe siècle             suit                            ses                 traces, , , , ,    On          voit           les              crottes               de             l’animal   .    .     Continuer la lecture5 – Le chamois dans la neige

Quatre infusions d’une muse

Préliminaire – Il faudra travestir encore la muse qui a prêté ses traits, faire résonner les cordes pour engendrer plus qu’une image, choisir un nouveau nom, Adamante, Cléoniki, Efterpi ou Antenesca, faire tremper. Il faudra aller chercher dans la perplexité des blancs, dans la matérialité des mots, il faudra se servir de tout ça. Et enfin suivre la pente qui Continuer la lectureQuatre infusions d’une muse