Sous la neige

Enfouis les abris pourfendus, enfouis dans l’impossibilité d’un réel. Sous l’épaisse et gluante couche de l’oubli, existent quelques éparpillements d’enceintes plus ou moins colorées, plus ou moins prégnantes dans l’immensité du non-lieu. Il n’y a pas eu de guerre, il n’y a pas eu de soldats fiers et braves. Pourtant les murs sont tombés. Des trouées immenses, vacantes s’affichent. De Continuer la lectureSous la neige

Ariel enfenêtré

Sur les trottoirs coriaces aux caniveaux opaques elle marche derrière lui sans un mot quand il aperçoit leur reflet décalé dans une vitrine se dit qu’il devrait ralentir se régler sur son pas mais non il préfère regarder la silhouette tressauter comme dans le couloir du Paris-Brest à 15 ans assis à la place 52A le nez dans le rideau Continuer la lectureAriel enfenêtré

Spinnaker

J’ai appris un nouveau mot, de ceux qui font rêver, qui m’a d’abord empêchée d’écrire, car il est sur l’eau, loin de mon milieu habituel. Une fois rentrée, j’y réfléchis. Il me fascine, autant que l’objet qu’il désigne. Une voile. Comment les hommes traversent-ils les eaux ? ça fait rêver, ça fait réfléchir, ça fait peur aussi, ça peut être Continuer la lectureSpinnaker

C’en est une !

Vibrations cosmiques, étreinte puis coagulation. Entrevoir le canal tendre et chaud de sortie, serrer ses frêles mâchoires et amorcer une glissade sans même connaître le point de chute. Pousser un cri pour respirer l’air ambiant et clamer son arrivée, repérer tout de suite trois personnes, la mère vue d’en dessous, la grand-mère une larme sur la joue et une femme Continuer la lectureC’en est une !

Mes fenêtres

Regards lucides au travers de la fenêtre sur la ville maritime oui c’est beau non ce n’est pas beau la mer l’horizon sont beaux pas la rue le quai aux bateaux pour les îles parois blanches perforées de hublots et cheminées cracheuses de fumées noires toxiques barques de survie accrochées en attente de drames chapelets de voitures scarabées qui s’engouffrent Continuer la lectureMes fenêtres

ZOOM Zoom sur la rue du village, une moto pétarade, magasins pimpants, vitrines colorées, des bistrots attirants, quelques tables sous l’érable de la place, pépiements d’oiseaux, rires d’enfants, plongée vers l’église, gros plan sur le porche-galerie et les lions couchés qui supportent deux colonnes de marbre rose, on s’engouffre dans la nef sombre, on revient vers la lumière, grand angle sur une devanture ancienne, d’un bois délavé, aux vitres poussiéreuses, zoom sur l’enseigne tabacs fatiguée, on se faufile sous un rideau qui flotte mollement, on descend quatre marches glissantes, usées, on entre dans la pénombre, à droite des présentoirs de cartes postales, à gauche des étagères surchargées de bimbeloteries, gros plan sur une série de peluches, des marmottes sifflent à notre passage, au fond un comptoir, des piles de journaux, une silhouette, un homme tête baissée, silencieux, on pense : est-il vivant ? est-ce un mort vivant ? oublié là depuis la nuit des temps, étouffé par le poids de la maison… la caméra dessine les voûtes de la pièce, une ancienne étable certainement, détaille l’encastrement harmonieux des pierres, les toiles d’araignées dans un recoin, le mouvement du buraliste, on devine le murmure de sa voix : vous désirez ? On est oppressé de trop de froideur, de silence, de vide. On suit avec joie le mouvement de la caméra vers la sortie, on rejoint la lumière aveuglante de l’été. Une nef de cathédrale creusée sous le roc, au cœur de la montagne, une porte en majesté, rondeur de ses hublots, brillance de son métal, lignes fendant l’espace, beauté de la roche qui affleure, sombre, brillante, élégance du béton lissé, du sol de granito, légèreté du verre, douceur de l’éclairage. On est ailleurs, on imagine ne plus être sur ou sous terre, mais dans le Nautilus de Jules Verne, sans plus aucun lien avec les hommes. Un mouvement de la camera nous rappelle que, au-dessus de nous, se déploie un barrage de 124 mètres de haut sur 630 mètres de large. Un autre balaie ce mur au-delà duquel sont retenus 1,27 milliards de mètres cube d’eau, on entre dans cette étendue d’eau, on est terrifié : s’il venait à céder, le raz-de-marée dévasterait la vallée de la Durance, la basse vallée du Rhône, la Camargue et Avignon. Un dernier zoom nous recentre sur la mosaïque d’Auguste Labouret, sur un chant de guitare, elle exalte le soleil, la lumière, l’eau, les couleurs. En elle, se dit l’énergie fantastique de la centrale. Avec elle, nous vibrons.