#anthologie #02 | dans la cuisine d’en-bas

Dans la cuisine d’en bas, assise sur le banc, la grand-mère lirait La Liberté à la page des avis mortuaires : des lunettes glissant sur le nez, avec derrière elle les lames de la paroi de bois, un tableau, une jeune filles, des grains de blé tombés de sa main blanche, les huit poules qui picorent, l’enfant un pied par Continuer la lecture#anthologie #02 | dans la cuisine d’en-bas

#anthologie #03 | la tapette à mouche en plastique vert

Je suis tombé sur la tapette à mouche en plastique vert. Si c’était une raquette de tennis, j’aurais dit qu’il y avait des trous dans la raquette. Mais c’est une tapette à mouche en plastique vert. J’aurais voulu la prendre mais je ne pouvais pas. Elle était posée là, sur l’étagère, dans ce qu’on appelle l’écurie. Je l’ai longtemps regardée. Continuer la lecture#anthologie #03 | la tapette à mouche en plastique vert

#anthologie #01 | Et le ciel tombant

Plus possible de rester sur le banc, assis à fondre sous le ciel. A pleuvoir tant et tant qu’il faut rentrer sous le porche. A rester sans bouger, ne sentir que des malheurs. Ma tante vient de décéder à Carhaix, épuisée par un cancer généralisé, toute une fleur géante dans la bouche, faisait craqueler les mots. L’à peine conscience. Baignée Continuer la lecture#anthologie #01 | Et le ciel tombant

#anthologie #02 | on dirait que…

On dirait… on dirait que ça serait la nuit. Un rayon de lune tout laiteux entrerait par la vitre brisée d’une fenêtre bancale et s’étalerait directement, sans éviter les toiles d’araignées, au pied d’un escalier en bois vermoulu. De la poussière sur la rampe, de la poussière sur chacune des dix marches dans le champ de vision. A droite, un Continuer la lecture#anthologie #02 | on dirait que…

#anthologie #02 | La cimaise

Salle treize. Accoudé à la cimaise de gauche, devant son caddie, l’homme regarde les objets déjà étiquetés qui seraient à lui s’il avait eu assez d’argent ou simplement osé. Quand il se décide, c’est souvent que le marteau est déjà tombé. Seraient à lui les cadres alignés les uns devant les autres, dorures sur dorures, cadres ronds et ovales, cadres Continuer la lecture#anthologie #02 | La cimaise

#anthologie #prologue | corps bleu

un corps a peine vagissant un corps bleu au monde la corde au cou serrant chaque poussées bienvenuesa peine un cri encore maintenu plein dans la chaleur d’un corps d’eau sanguinevenue au monde nouée attachée retenue pendue presqueet la lumière crue artifice trouéest-ce le première intolérance ?un accueil pissenlit racineun futur corps d’un mètre quatre-vingt dans une poche d’eau stagnante Continuer la lecture#anthologie #prologue | corps bleu

#anthologie #02 | et les pouces tourneraient

elle serait là assise sur une chaise, le regard légèrement baissé, dans le vide, aspiré par le vertige des ruminations intérieures, et les pouces tourneraient tourneraient  tourneraient, l’un sur l’autre aussi vite que les vieilles mains le permettent, ils tourneraient jusqu’au vertige eux aussi, tout contre l’immobilité du voilage de la porte-fenêtre qui donne sur le perron et sur la Continuer la lecture#anthologie #02 | et les pouces tourneraient

#anthologie #01 | Et puis

demeurer mais plus poursentir les lieux l’autre l’intime une cage d’escalier un peu sombre une ouverture facile une cité dans une ville richepas trop tacheune cité à mignonnerie n’empêche pas la drogue autre temps autre rangrevenir à l’enfant qui grimpe les marchesdans cette ville tout est pente ça creuse les pentes ça capitule les muscles des maldeboutsdes marches pour le Continuer la lecture#anthologie #01 | Et puis

#anthologie #02 | Caméra interne

La pièce à l’étage aurait encore sa fonction. Il n’y aurait pas eu le panneau À vendre sur la façade où frappe le soleil, pas eu l’abrutissement du vide. La parole tournoierait encore dans la pénombre, dans le feutré, plutôt que cette rumination boucle et reboucle dans la gélatine de la boîte crânienne. Il y aurait une pensée caméra portée, Continuer la lecture#anthologie #02 | Caméra interne

#anthologie #02 | dans la boîte

Il avancerait déclenchant à intervalles réguliers l’allumage automatique des plafonniers. Lumière crue, inhospitalière. À l’extrémité du long couloir segmenté de double-portes coupe-feu rabattues contre le mur, un pot imposant, en plastique mauve. (Personne ne le voit jamais, noyé dans l’uniformité de l’habitude le silence l’écho des pas les paroles distraites les rires étouffés les cris les grumeaux de pensées la Continuer la lecture#anthologie #02 | dans la boîte