autobiographies #03 | arbre de A.

Photo : Jérôme Cé, novembre 2021, tous droits réservés Je n’offre aucune ombre, je suis l’ombre, cette ombre qu’on dit insane. Passez votre chemin ! Mes feuilles larmes sont tombées, sèches, depuis loin. Pliez vos mouchoirs ! La taille de mon tronc vous écrase de toute sa contre-plongée. Alors, s’il vous plaît, laissez tomber vos haches et vos cognées. Ma circonférence séculaire Continuer la lectureautobiographies #03 | arbre de A.

autobiographies #01 | de la rue K.

Que l’on puisse s’asseoir sur le peu d’herbe aux heures de déclin, près du tronc où s’enroule une manière de papier à cigarettes, sous les branches fines, cassantes, sous les feuilles en amandes, dentelées, ne dansant à aucun vent mais donnant un toit laissant voir le ciel sombrant, à terre, le jardin prolétaire s’agrandissant, s’ensauvageant, la rue disparaissant, le jaune Continuer la lectureautobiographies #01 | de la rue K.

autobiographies #07 | san giuseppe (projet II)

san giuseppe tel ce patriarche maronite qui est son père aux traits tirés au dos courbe un peu penché sur l’envers d’une partition musicale lui faisant face l’aidant- elle petite – à déchiffrer une composition à interpréter au violon à moins que cette dernière ne soit cette pièce baroque spécialement composée pour un chœur de cinq à six voix (les Continuer la lectureautobiographies #07 | san giuseppe (projet II)

autobiographies #07 | farandole de portes

La porte d’entrée de la maison de mes grands-parents paternels donne sur le boulevard. Une allée gravillonnée, quelques marches, une porte austère, impossible de la décrire, elle brille par sa neutralité. Je ne l’ai jamais vue, de toute mon enfance, s’ouvrir. Une porte sans vie, inhospitalière. Plus haut dans le boulevard, le portillon donnant accès à la maison de mes Continuer la lectureautobiographies #07 | farandole de portes

autobiographies #07 | accès interdit

Sur le palier, j’hésite avant de frapper à la porte d’en face. Ils peuvent arriver à ce moment précis, ce qui me sauverait d’aller chez la voisine. Je peux compter jusqu’à dix, vingt, cinquante, un petit délai, au cas où, mais je sais que c’est inutile. Ils ont dû perdre le train de sept heures. De l’autre côté de la Continuer la lectureautobiographies #07 | accès interdit

autobiographies #06 | la dame au pouce orange

Cette langue, ces accents rauques, avalés, comme une bande magnétique passée à l’envers et elle, répétant le nom de la ville en montrant les cars rangés parallèlement en diagonale, faisant le geste de tourner un volant et même parfois des sons avec sa bouche en gonflant les joues, lèvres vibrant l’une contre l’autre, pou-pou-pou-pou pour imiter le bruit d’un moteur Continuer la lectureautobiographies #06 | la dame au pouce orange

autobiographies # 01 | fumée lumière

C’était peut-être une fois par mois, encore moins l’hiver, s’extraire de la boue du jour des pluies malédiction en continu, des cris malédiction en continu, des blessures avec les outils, le tranchant avec les mots, d’un coup la lumière en pleine vitre tout le souvenir, pouvoir s’extraire de l’ombre des sillons, l’ombre du corps creusée dans la terre, effluves animales Continuer la lectureautobiographies # 01 | fumée lumière

autobiographies#07 Prendre la porte

Elles sont là silencieuses, quelque fois grinçantes, toujours stoiques à nos joies, à nos peines, à nos colères, à nos élans de tendresse; elles écoutent sans entendre des paroles passionnées ou les moins avouables; elles nous protègent des menaces extérieures et des vicissitudes de la vie; elles nous abritent du froid en nous offrant un cocon douillet; elles assignent aux Continuer la lectureautobiographies#07 Prendre la porte

autobiographies #06 | cœur d’acier version 2

Nous bougeons ce n’est pas le train voisin qui s’en va nous roulons la pression du départ les étreintes sur le quai ont vécu, le train quitte la gare s’ébranle lourd portes verrouillées et gueule ouverte dans la nuit qu’il transperce il y a une lettre manquante à l’entrée du compartiment, il n’y a pas de paysages encartés ni de Continuer la lectureautobiographies #06 | cœur d’acier version 2

autobiographies #03 | au clair de l’arbre

Je voulais savoir intégralement ce qui se passait sous l’arbre rond, alors j’y installais mon duvet des nuits entières et je laissais accompagner mon immobilité par tous les mouvements qui rayonnaient autour du grand-gros hêtre, ce qui commençait par une certaine agitation de ses branches les plus hautes, bruissant avec une voix de papier et cela dégringolait peu à peu Continuer la lectureautobiographies #03 | au clair de l’arbre