#anthologie #00 | à l’aube

À l’aube. J’ai été conçu. J’ai été arque-bouté entre quatre jambes. J’ai été catapulté dans un ventre pendant sept mois. J’y ai bu à la source. J’ai été à mon aise. J’ai été mal à l’aise. J’ai mordu la chair de ma mère dedans son ventre. J’ai joué avec ses nerfs. Je me suis emmêlé à ses veines. Je me Continuer la lecture#anthologie #00 | à l’aube

#anthologie #32 | fin du marché

À treize heures, le marché de la Libération touche à sa fin, et les marchands commencent à remballer leurs étals. Sur l’avenue Malausséna et la place Charles de Gaulle, les premiers comptoirs ferment. Au pied de l’esplanade de l’ancienne gare, enclavée entre les escaliers et les terrasses des cafés-restaurants, les commis poissonniers, le dos courbé, transportent les bacs de glace Continuer la lecture#anthologie #32 | fin du marché

#anthologie #39 | à peine rien

Avancer à rebours, ramener à la mémoire. Collecter, pas collectionner. Des albums de photographies ont survécu à d’autres vies que la mienne, legs involontaire avec images qui font retour : elle sur les marches de bois de la maison de bois à Quincy en Floride, lui étendant les bras quelque part au Congo et l’insupportable arrogance de son geste ; Continuer la lecture#anthologie #39 | à peine rien

#anthologie #37 | images persistantes

Je vis une ombre se dessiner sous la surface, comme une aile noire palpitante. C’était sur une plage déserte, de l’autre côté du globe, tout au bord de l’eau transparente et peu profonde, je pouvais voir distinctement le sable fin qui recouvrait le fond. J’étais assise, échouée et paisible. Je laissais juste mon regard rêvasser sur la mer, aucune pensée Continuer la lecture#anthologie #37 | images persistantes

#anthologie #29 | le photographe de la rue du Taur

Rue du Taur 2023 Lumière douce, fin de journée. Je positionne l’appareil à hauteur des yeux. Vérifie l’exposition. Capturer le narrateur qui déambule, silhouette contre la façade rénovée. La rue du Taur relie jonction de la place Saint-Sernin à la place du Capitole, en plein centre-ville. La place Saint-Sernin n’est plus un parking, elle est devenue piétonne, et le jardin Continuer la lecture#anthologie #29 | le photographe de la rue du Taur

#anthologie #28 | oeuvres

Des jarres vides, étiquetées “Odeur 1”, “Odeur 2”, “Odeur 3”, que le visiteur est invité à ouvrir. Instinctivement, il penchera son nez. Seuls ceux qui tendront l’oreille entendront des bribes de voix parlant d’une odeur singulière. Comment faire entendre les odeurs. Une pièce plongée dans l’obscurité. Au centre, des voix surgissent de toutes parts, énonçant des phrases banales sur des Continuer la lecture#anthologie #28 | oeuvres

#anthologie #24 | À toi le soin

Blaise est allongé mais il ne dort pas. Il a de longs moments de répit pendant lesquels sa main absente ne lui fait plus mal, il sort demain et cette nuit, il ne dort pas. Il regarde son nouveau voisin de chambre dormir, il est allongé sur le dos, à plat, sans oreiller, son cou est bloqué par une minerve, Continuer la lecture#anthologie #24 | À toi le soin

#anthologie #40 | Hypothèses

L’auteur de ces lignes chercherait à habiter le monde. Il ne dormirait pas deux nuits de suite au même endroit, il irait moitié cheminant, moitié assis, continuant à écrire, usant de tout moyen pour arriver plus loin. Il verrait la terre en ligne droite, jusqu’au prochain tournant, il aurait du mal à envisager la globalité, il sauterait volontiers d’un point Continuer la lecture#anthologie #40 | Hypothèses

#anthologie #38 | un dimanche pas ordinaire

Cela aurait dû être un dimanche comme les autres, un dimanche comme tous les dimanches, comme elle croyait qu’ils seraient tous, un dimanche qui se confondrait avec tous les autres dans sa mémoire : les visages apparus à la fenêtre, la phrase rituelle, je vous jette les clefs, la serviette incongrue qui tombe sur le goudron, là où pissent les chiens, roulent les voitures, crachent les jeunes et les vieux, trainent des mégots, l’escalier, la deuxième phrase rituelle, Continuer la lecture#anthologie #38 | un dimanche pas ordinaire

#anthologie #31 | qui se souvient de JojoParis ?

Je m’appelais Jojo Paris. Personne ne connaissait ma véritable identité ici. Je suis né à Singapour, que j’ai quittée à seize ans pour suivre un homme d’affaires à Shanghai, en Chine. Victor, c’était son nom, était fou de moi. Le soir, sur le perron de sa somptueuse villa de la Concession, il me demandait de revêtir un Qipao et de Continuer la lecture#anthologie #31 | qui se souvient de JojoParis ?