#P1 | Salles de réveil

A Aflou, janvier 1983, dans l’Acadiane. Le berger nous avait pourtant dit qu’il gelait, la nuit, à pierre fendre. J’avais décliné son hospitalité. A Ambodimita, en face de l’escalier. De l’autre côté du palier, la chambre des parents et celle de mes sœurs. Malade de jaunisse. Impossible de me redresser, tant de fatigue. Une nuit chez les bonnes sœurs à Continuer la lecture#P1 | Salles de réveil

Ici et là, parfois bien

Pas de sommeil possible, à peine quelques instants de somnolence dans une atmosphère lourde et poisseuse. L’air s’incruste dans la gorge et y reste collé. Le cri d’un oiseau nocturne perce la nuit à intervalles réguliers, bourdonnements d’insectes autour du voile fin de mousseline blanche. Quelqu’un tousse, se lève ; j’entends ses pas furtifs glisser sur le sol. Le présent épuise Continuer la lectureIci et là, parfois bien

Mes lits minuscules

Dans la chambre verte, un crucifix surplombe un des lits jumeaux : la fillette au crâne d’orpheline prie pour la venue d’un frère parallèle. Grand mère ronfle, le loup l’a pas bouffée, elle prend toute la place, j’mangerai plus avant qu’elle meure. Toile de Jouy jaune du sol au plafond : je glisse la patte de Peluche entre mes cuisses Continuer la lectureMes lits minuscules

Lits autres

Encore le Corbusier peut être mais pas sûr . Je me couche sur le côté ventre lourd de l’enfant, posé déposé en lisière . Tout près respire un autre corps allongé sur le sol ou presque. Par la fenêtre sans volet la nuit gagne très doucement ça sent le tabac froid et d’autres odeurs inconnues tressées au sentiment d’ enfance Continuer la lectureLits autres

#P1 Une vie de sommeil

Le sable dort avec le corps et le sac de couchage à l’abri entre deux dériveurs. Berceuse des vagues et réveil à l’aube, bien trop tôt. Dans la poussière et la crasse d’un couloir de train, le sac de couchage peine à protéger des pieds qui l’enjambent une forme épuisée. Une chambre à coucher des années 60 que je veux Continuer la lecture#P1 Une vie de sommeil

« camera obscura »

combien de paires d’yeux de vaches curieuses et de génisses fixent la tente plantée dans mon jardin quand j’ouvre la fermeture à glissière ? la prison fait face à l’hôtel ; la chambre est plongée dans une pénombre que le rideau écarté n’arrive pas à éloigner à Combloux, non loin du Mont-Blanc, le dortoir des filles s’appelle le Yang-Tsé-Kiang ; le voyant de Continuer la lecture« camera obscura »

Dimanche dort encore

Sur l’obscure table d’une obscure chambre, tous les espoirs reposent sur les chiffres rouges vifs qui donnent le temps aux choses. Il faut attendre encore. L’air est enfin doux, et frais, après la chaleur aoûtienne. Par la fenêtre, les branches prennent leur bain de lune, depuis combien de nuits ? Un rai de lumière sous la porte. Les derniers pas Continuer la lectureDimanche dort encore

Vues avec chambres

un jour sans couleur filtre au travers de voilages blancs qui s’envolent au-dehors par le battant resté ouvert, le vent les attire et les fait flotter en drapeau, ils sont parsemés de petits carrés en relief de fils très serrés de couleurs vives — ressentir encore l’envie précise au bout des doigts d’en tester la résistance, en les pressant doucement Continuer la lectureVues avec chambres

#P1⎜Chambres avec vies

Sur le bâtiment en face de la fenêtre sans volets, une enseigne aux néons inonde la chambre de sa lumière rouge clignotante. Comme un coeur qui bat dans ma poitrine. Je suis en vie. Lorsque le vent souffle, les voilages blancs s’envolent par la fenêtre, libérant les secrets de notre nid d’amour dans le souffle du roi Midas. Les mots Continuer la lecture#P1⎜Chambres avec vies

La nuit, je mens

Le bras déplié, la main saisissant l’interrupteur, le pouce prêt à appuyer pour éteindre si j’entends un pas dans le couloir. La tête posée sur le bras, un livre dans l’autre main, le visage absorbé par les pages.  Chambre noire, de bois et de fatras. Loin de tous, je commence une vie rien qu’à moi. J’enlève mes oripeaux et presque Continuer la lectureLa nuit, je mens