Salles de réveil

A Aflou, janvier 1983, dans l’Acadiane. Le berger nous avait pourtant dit qu’il gelait, la nuit, à pierre fendre. J’avais décliné son hospitalité.

A Ambodimita, en face de l’escalier. De l’autre côté du palier, la chambre des parents et celle de mes sœurs. Malade de jaunisse. Impossible de me redresser, tant de fatigue.

Une nuit chez les bonnes sœurs à Bamako, avant de repartir à Niono. Me coucher tôt alors que j’avais la nuit entière. La musique, le bruit de la rue, la chaleur, déjà en février. Des lits de fer.

Charonne. La chambre donne sur un mur sur lequel il n’y a jamais eu le trompe l’œil dont nous avions rêvé. Il y fait chaud les après-midis d’été. Au plafond, un ventilateur.

Mérignac. Notre chambre était à l’étage. Comment avions-nous découvert, cette nuit là, que la cheminée avait pris feu ? Les parents étaient rentrés tard, nous étions seuls, inquiets.

La mer derrière les arcades torsadées de la chambre à Mostaganem.

Rue Petit, un lit clic-clac, une chaine B&O. Lou Reed, Barouh, Fontaine, une encyclopédie en 12 volumes. Une cafetière rouge programmable me réveillait tous les matins.

Le buron au Puy de Sancy. Dans ce dortoir de pierre, nous étions quatorze. Appréhension de la proximité des autres, envahissement de l’intimité, odeur de la pierre.

A Rochefort. Le canapé avait un couvre lit marron tout doux et des traversins tout ronds. Le poêle à mazout chauffait doucement, la grand-mère venait le remplir le matin.

Vous allez vous sentir un peu mou … . Les mots s’en vont. Ils reviennent, diffus et de plus en plus clairs … Monsieur, vous êtes dans la salle de réveil . Se couler dans le calme et en revenir.

A propos de bernard dudoignon

Biberonné, pas gamin du tout, à Sortie d'usine, Le crime de Buzon, … . Il y a longtemps! Cet été, 70 ans tout ronds, il me semble que je suis ici pour ne pas laisser filer le temps, ne pas tout perdre, qu'il reste quelque chose. Vanité inouïe.

4 commentaires à propos de “Salles de réveil”

  1. Travail tenu, bravo. Un principe de déclinaison sur une ligne et demi ; nom propre + suite singulière avec quelques entorses à la méthode. Un « nous » qu’on imagine à géométrie variable. Merci !

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