Au 89…

Amie de Madeleine Deux cercles de poudre bleue de la marque Bourgeois et rouge à lèvres même marque mais rose et tout autour du blond crêpé figé. En son for intérieur : une décapotable et un amoureux qui vient la chercher pour l’emmener danser sur Frank Sinatra. Elle a augmenté le bleu, agrandi le cercle. Les enfants n’y verront rien, c’est Continuer la lectureAu 89…

Rien comme autre monologue mais en son for intérieur…

Rien qui ne vienne d’elle, tout à capter du vaste monde et, pour cela, les deux larges ouvertures n’ont rien de trous béants, ce sont deux aspirations immenses et vibrantes, sur lesquelles prennent leur essor de palpitantes ailes de nez. En son for intérieur : un tapis se déroule, il est rouge et de tissu épais, il recèle dans ses plis Continuer la lectureRien comme autre monologue mais en son for intérieur…

On ne peut peut-être pas saluer mieux que ça

Elle a pris de la liberté avec les salutations. Elle a bien fait claquer les premières, quand notre petite troupe a franchi le portillon de ciment délabré de cette concession de femmes. Elle a pris le temps de faire durer le premier « aori », celui qui répond à la proclamation d’arrivée des visiteurs. Elle a laissé le prolongement du -i accompagner Continuer la lectureOn ne peut peut-être pas saluer mieux que ça

Trois murmures en avant-scène

GILDA La fine ligne des sourcils vient se courber dans un étonnement soudain, creusant comme deux incises, nettes, singulièrement profondes, comme si l’innocence ne fût qu’une apparence, qu’il fallait maintenir pourtant. Et en son for intérieur : elle pensait aux courses à vélo et combien elle haïssait quand la voirie réparait la petite route y déversant toujours trop de graviers qui Continuer la lectureTrois murmures en avant-scène

Caroline et Sébastien

Caroline : lisse et blanche, l’œil fendu de vert, des rougeurs soudaines, une peau de porcelaine dont on devine l’extrême fragilité. La toucher, ce serait la briser. En son for intérieur : si ce plafond se déchirait, ce ne serait pas le ciel, ce serait l’océan. Elle plonge la tasse dans l’eau bouillante, puis l’assiette, puis la cuillère. Elle n’a pas mis Continuer la lectureCaroline et Sébastien

L’écriture ou la vie

Dans un théâtre, hiver 1995 C’est une après-midi d’hiver dans un théâtre de province. On a donné la pièce «Violences à Vichy ». Dans le bar – décor des années soixante-dix, espace vide, carrelages au sol, tables nues de bistrot et souvenir d’un rideau écarlate garnissant le comptoir en bois – le metteur en scène rencontre un groupe de lycéens. Au milieu Continuer la lectureL’écriture ou la vie

Agonie

Bouche dissimulée par un encombrement de tuyaux. Les yeux mi-clos comme aux aguet. Paupières lourdes d’une léthargie mortelle. La peau distendue, assouplie ou affaissée. En son for intérieur : la mer aux multiples miroirs qui se détache d’un rivage escarpé. Porte d’un monde exotique où règnent les grands palmiers silencieux. Foudroiement du désir fauché dans son élan.   Il y a Continuer la lectureAgonie