B ancs de mémoire Ce fut comme on se l’était doucement dit entre nous les frères (mais sans trop s’appesantir en se passant les demi-mots du bord des lèvres on se réjouissait de la bonne surprise cette faculté inespérée chez elle supporter le choc sans doute notre manière de conjurer) trop beau pour durer ça a tenu Continuer la lecture
Archives de la catégorie : 2019 _ «pousser la langue»
Arrêt
La nuit tombe sur l’arrêt de bus. Banc gris. Vide. Des cris d’enfants au loin. Une branche git, brisée, sur le toit de tôle. Gris aussi, ce toit, comme le banc, comme les colonnes de l’abri, grises d’un gris un peu plus foncé que les autres gris. La nuit tombe : le gris a gagné. Gris aussi le trottoir. Et personne Continuer la lectureArrêt
Cérémonie secrète
Un tronc sans feuilles sur le sable il est planté là sans racines voyageur de bois étrange l’estuaire fait barrage des mouettes s’agitent crient ricanent commères excitées de leurs derniers potins elles ponctuent le bruit grave du ressac de trilles aigues des abris de roseaux des sculptures sauvages balisent le vide de la plage oubliée le soleil découvre les Continuer la lectureCérémonie secrète
Aqua’ré’elle
Petite boite toute petite boite boite d’aquarelle petit format la taille du format est importante elle n’avait jamais osé osé dessiner le petit format lui donnait l’impression que si elle n’y arrivait pas elle n’aurait rien gâché mais la boite est là maintenant depuis des années elle retrouve en la regardant ce désir enfoui de dessiner ancré dans l’enfance Continuer la lectureAqua’ré’elle
ALLÉE DE LA NEF
dans l’allée centrale de la nef les carreaux assemblés par les coins comme des dés posés en équilibre sur un angle une rangée noire une rangée blanche une rangée noire yin yang du grand portail jusqu’au chœur mais nous arrivons d’une entrée latérale à cinq voussures de pierre franchissons le bas-côté entre les bancs et repose-pieds seule en tête ma fratrie ayant très tôt lâché l’affaire derrière le cercueil bien Continuer la lectureALLÉE DE LA NEF
Petite oasis à manivelle
A peine une minute d’arrêt à la station Molière. Ce soir toute la ville est un corps qui brûle, nébuleuse, dépeuplée, intouchable. Seuls sur la place en travaux quatre jeunes SDF chahutent avec une pétulance inhabituelle autour d’une sorte de borne qui fonce la croûte de sable damé : un point d’eau, semble-t-il. Des rires crèvent la chape et avivent des Continuer la lecturePetite oasis à manivelle
je porte je porte…
…. tourmente secrète des déménagements. C’est bien compliqué. Plus rien à sa place ajustée – l’ordinaire dissolu se trouble. Joue de ruse infinie pour inventer et défaire les places précaires, repères noyés dans la pénombre hasardeuse d’avant l’oubli – obscurité poussiéreuse et muette des cartons clos. Attente impatiente et brouillonne des meubles, tiroirs, rayonnages, placards, et autres bureaux à monter. Continuer la lectureje porte je porte…
La table en formica blanc
c’était rue de l’Eglise la table en formica blanc la télé allumée un fauteuil en simili cuir rouge une chaise en bord de rideau qu’une main soulève furtivement à côté Continuer la lectureLa table en formica blanc
Un tas
C’est un tas. Avec des apparences de vide. Entre ces blocs au sol, balafrés d’éclairs de lumière, c’est l’imprécision d’un tas de pierres, de tailles inégales, de formes différentes, mais de même texture. Écrire ce tas de pierres. Des centaines, à l’ombre de deux arbres sur une petite place . Des pierres qui furent un mur, on se souvient. Le Continuer la lectureUn tas
Beauregard
Vigne vierge qui remonte la façade en pignon au-dessus de la rue dix mètres au moins. Vigne vierge jusqu’au transformateur et lui en short juché sur une échelle de bois. Vigne vierge jusqu’au fil téléphonique on s’est garé deux roues sur le trottoir. Continuer la lectureBeauregard