Cette beauté qui morcelait la ville

La ville se dessinait à l’encre sympathique, nuages oranges voisins des toits de zinc, du canal dont l’odeur remontait comme ça, c’est vrai, c’est ce qui fait que j’avais un peu froid et chaud, un peu, juste un peu. Vent, rassemblement des feuilles. Rien n’y fait, je ne savais pas où j’étais et où j’allais ; rien, du dégoût, de ma lâcheté, et tout ce que je pourrai entreprendre semblait vain.

Complicité des feuilles qui s’écartaient, l’espace d’un instant, laissant passer la lumière glissante autour de tes iris elle s’accrocha à tes cils, s’engageait la bataille du blond de tes cheveux ! Je ne connaissais pas de plus doux que cette beauté qui riait, morcelait la ville, ta bouche qui déchirait le cœur de ton visage, où était-ce le mien en reflet dans tes yeux ?

Quand nos têtes se redressaient, le sang revenait dans mes joues et je ne riais plus, déjà c’était l’heure : la nuit commençait, la fièvre ne me quittait plus, c’était un désir qui tentait de composer avec la ville. Je chancelais, le pont ne me soutenait plus, les ombres des passants étaient si longues qu’elles se confondaient entre elles. Je croyais sortir d’un sommeil : ses yeux…Son blond coincé dans les cils, tous, oubliés ! Séparés de moi et pourtant jamais séparés. Si c’était seulement un baiser je dirais les mots des autres car Paris s’y prête à loisir. Mais il n’y avait rien sur les murs d’aussi profondément ouvert que la brèche où nos lèvres – entendez nos rires – avaient permis la rencontre de désirs longtemps enfouis. Alors les rues pouvaient bien défiler ! J’ignorais quoi en faire : je savais l’impossibilité de vous arrêter, vous les rues et les gens, les voitures et les vélos, pigeons, papiers et plastiques, en fait mouvements qui suivaient l’inverse de la courbe de ses cils, les ombres de la ville dissimulant l’éclat d’une vérité que j’avais su avec elle, sans doute, il y a longtemps.

A propos de Alice Diaz

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