#enfances #08 | ondes, iode, murs

Les ondes Martenot

Seul le mardi différait des autres soir par un son terrifiant. Dans le noir de l’unique pièce, les parents écoutaient la radio. Ce n’était pas un jeu. Jamais nous ne jouions. A 20 heures 30 pile, Tempo di Suspense envahissait tout l’espace et rien ne pouvait me protéger des angoissantes ondes Martenot de ce générique obsédant.

L’huître

Je ne savais pas que c’était vivant, mais il y avait l’odeur. Nous étions devant sa bibliothèque et il y avait un beau feu dans la grande cheminée. Nous fêtions Noël et c’était donc un 25 décembre à l’heure du déjeuner. Elle tenait toujours à montrer que c’était elle qui avait le pouvoir sur notre étroite petite famille. Elle régalait. Elle régnait. « Tu dois goûter pour savoir » dit-elle en me forçant à avaler l’huître à la forte odeur d’iode qui me dégoûtait.

Isorel

Longtemps, trop longtemps mon seul lieu où dormir. Aux pieds du lit, un secrétaire pour faire les devoirs quand la table au centre de la pièce était occupée par les repas. Le lit dans l’angle nord séparé du mur humide par des panneaux d’isolation, un aggloméré de fibres de bois, type Isorel. Le contact était doux et lisse, froid toujours. Un produit naturel presque, sans liant synthétique, considéré comme sans danger pour la santé humaine.

A propos de Ugo Pandolfi

Journalist and writer based in the island of Corsica (France) 42°45' N 9°27' E. Voir son blog : scriptor.

5 commentaires à propos de “#enfances #08 | ondes, iode, murs”

  1. L’art du court, quand même, cela me fait toujours envie et me dépasse. Comment en si peu de mots la présence de cette silhouette qui règne et impose d’avaler l’huître, l’atmosphère des lieux, l’émotion de l’enfant, ettout cela à travers un sens, le son, le goût, le toucher ? Merci, Hugo.

    • Merci Anne. Ça vient comme ça vient, sans exigence particulière. Je crois surtout que ma paresse naturelle est pour beaucoup dans ma façon de faire court. Merci de ton passage et de tes écritures.

  2. envie de dire : dito Anne
    et puis sourire au traitement du « jeu »
    déglutir pour avaler l’huitre (quoique moi les aimais, je mets à la place du jambon ru ou cuit et c’est même)
    et le lit proche et à distance

  3. Merci Stéphanie , merci Brigitte. Vos retours comme vos écritures me touchent toujours. Concernant les huîtres, celles de l’étang de Diana en Corse m’ont réconcilié avec l’iode quelques décennies plus tard.