Il arrive avec son sac en bandoulière.

Il essaye de s’installer dans les odeurs du lieu, elles ne sont plus exactement les mêmes. Il hume si fort qu’il parvient à peine à transpercer le pesant renfermé qui masque ce qu’il cherche à retrouver en rentrant là, à nouveau, après toutes ces années. Son sac en bandoulière détonne, petite tâche de couleurs vives qui fait irruption dans la touffeur de ce monde qui n’a pas besoin de lui, de cette maison qui s’empoussière sans rien lui avoir demandé, tranquillement. Ses pas, même discrets, sont encore trop bruyants pour ce silence insolent qui ne veut pas de lui. Il le sait, mais il rentre quand même, sans oser encore tirer une des chaises de la cuisine, il se contente de regarder en se sentant déjà trop voyeur. Gêne du lieu qui le scrute, lui, alors qu’il était entré là rempli de convictions et d’attentes. Il est désarmé, serre contre lui ce sac en bandoulière qui, il le sait, viole les lieux par sa gaité. Il n’aurait pas dû. Oui, il fallait peut être venir à nu. Sans rien. Pour entrer sans désastre. Un fracas silencieux et souterrain, il est seul, personne ne sait qu’il est là, mais sa seule présence, pourtant préparée depuis si longtemps, le fait rougir de honte. Aussi rouge que les lanières de son sac en bandoulière dernier cri, qu’il ne pose toujours pas. Il le cache presque car il contient déjà trop pour ce lieu si éteint. Un carnet, un crayon et un appareil photo. Il n’ose pas les sortir. Le plan maintes fois préparé des retrouvailles avec le lieu s’effrite à mesure qu’il pénètre dans les pièces qu’il ne reconnaît plus si bien. Il dissimule ses larmes. Dans le sac, il y a un paquet de mouchoirs. 

A propos de Marie-Caroline Gallot

Navigue entre lettres et philosophie, lecture et écriture.

4 commentaires à propos de “Il arrive avec son sac en bandoulière.”

  1. J’aime beaucoup les actions, faites ou non, comme ne pas tirer une chaise encore. Et j’ai lu “il fallait venir nu”, d’abord, avant de voir le “à”. Je me suis demandé si cette seule phrase ajoutée à ses déplacements dans la maison et à l’implacable description que tu donnes de l’air (ou de son absence), ne m’aurait pas suffit pour sentir tout ce que tu donnes à lire sur ce qui s’éprouve là … Super sac de matière, donc.

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