le livre comme fiction, 08 La note bleue

Partir. Revenir. Fouler le sable des dunes qui chantent. Caresser le sable des plages, le laisser filer entre les doigts, goûter le sel de la mer, écouter le roulis des vagues, savourer cette détente qui répare. S’étendre et regarder le ciel, lever de soleil en lumière, coucher de soleil en feu, et toujours et partout ces nuages qui écrivent un roman de couleurs et de mouvements, qui s’emballent en noir et blanc, qui s’effilent en rouge et violet. Et la nuit bleue et les scintillements des étoiles. Toujours le temps, la force des couleurs, la puissance des éléments. Toujours cet ailleurs qui attire et qui comble pour un moment. Et puis revenir. Et recommencer. Être ici et puis là-bas. En même temps. Don d’ubiquité, comme ce serait beau.

Et l’autre temps, celui qui file, de plus en plus vite, et tu voudrais tout voir, tout sentir, tout vivre. Partir, revenir. Une sensation de manque. De pas fini. Tu cherches ta place. Tu parles de ta ville, celle qui t’a vu grandir. Celle que tu aimes et que tu as pourtant quittée. Et tu parles du pays qui t’a pris dans ses bras, de ta campagne que tu n’as pas choisie, et qui t’a pourtant donné une vie différente, des émotions, des sensations, des découvertes, tes sens qui frémissent aux retrouvailles, à la reconnaissance d’une odeur, d’une couleur, d’un portail ou d’un ciel. Et tu es ici, et tu voudrais être là-bas, et puis là- bas, tu voudrais être ici. Tu ne veux pas choisir. Tu cherches ta musique. La note bleue. L’harmonie. Ton livre des sables mouvants est ouvert et ruisselle, les pages parlent toutes les langues et puis des images, et encore la musique, tu danses avec les nuages, tu joues avec le vent, tu cours avec l’orage. Tu laisses un petit bout d’âme là où tu passes.

Partir, revenir. Goûter à la mélancolie, avec bonheur et sans regret. Retrouver le fil rouge de tes émotions, de tes souvenirs. Profiter des instants, les imprimer. Ressentir, les liens, les gens, les choses. Réveiller la note bleue de ta vie. Pour arriver jusqu’au bout du livre, il faut savoir renoncer, aménager, recréer. Retrouver l’harmonie. Peindre des images de lumière. Ici ou ailleurs.

A propos de Monika Espinasse

Originaire de Vienne en Autriche. Vit en Lozère. A réalisé des traductions. Aime la poésie, les nouvelles, les romans, même les romans policiers. Ecrit depuis longtemps dans le cadre des Ateliers du déluge. Est devenue accro aux ateliers de François Bon. A publié quelques nouvelles et poèmes, un manuscrit attend dans un tiroir. Aime jouer avec les mots, leur musique et l'esprit singulier de la langue française. Depuis peu, une envie de peindre, en particulier la technique des pastels. Récits de voyages pour retenir le temps. A découvert les potentiels du net depuis peu et essaie d’approfondir au fur et à mesure.

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