#P8 bis – à tu tête

Tu crois l’entendre.  Bruits d’une foule  — non pas sa voix — dans la foule, derrière la voix qui, annone tu crois entendre son pas. Tu crois, c’est tout. Tu dis, je crois. Puis je me suis trompée.
Tu portes toujours la même robe. Elle s’effiloche. Te montre dans ses jours ; que tu oublies de laver. Tu restes des jours sans l’ôter, ni toucher l’eau c’est ta façon de t’entêter. Qu’on te fuie.
Ta puanteur. Ton charnier à même la peau. C’est ta façon. On te fuit.
Tu dors au dessus de ton lit et parfois tu te vends : trois pommes de terre, trois galets pour le calorifère.  Rien que tu échanges ou que tu donnes.
Tu n’écris plus. Tu te vends. On te prend  comme tu t’offres. Pour rien.
Tu manges la terre. C’est ta façon de t’approcher.
Brûlés. Poussières. Cendres, dit-on. Arrivés disparus. On te dit.
Et tu l’entends. Derrière la voix. Derrière la liste. Ou dans la foule.
Tu l’entends. Son pas. Puis : Non, dis-tu. Je me suis trompée.
A la radio longtemps qu’on parle d’autre chose.
Toutes qui sont morts. Tous qui sont mortes. Les portes sont refermées. Des années.
On te met en maison. Ta robe a fondu sur ta peau, tu portes un chandail gris, un grand pantalon d’homme. Parfois tu écris des poèmes dans un cahier avec des lignes bleues. Quand tu fermes les yeux. Derrière la voix. Tu l’entends.

Codicille: exercice de “l’adresse” laisser venir des voix

A propos de Nathalie Holt

Rêve de peinture. Pose et dessine à la Grande Chaumière. Entre aux beaux arts avec un dossier fait la nuit. Rôde à la Sorbonne : trois ans de philosophie. 1981 premier décor de théâtre. Se prend au jeu. S'appuie sur la mémoire des studios et plateaux de l'enfance. Vue rétrospective et oblique. Enfant de la balle. Apprend son métier sur le tas. Ne peint plus que des maquettes ou des murs plus hauts qu'elle. 30 ans de théâtre. Se promène avec un appareil photo, argentique puis numérique, tout en manuel, sans technique.

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