#rectoverso #04 | Elle le regarde regarder…

Elle le regarde regarder Joy qui arrive en moto. Ça pétarade, tous les regards se tournent vers elle. Joy, sa bouille ronde, sa frange brune, sa bouche gourmande. Elle n’entend pas ce qu’il raconte à Joy. Elle l’observe de loin qui rit avec Joy. Il sautille sur ses longues pattes de sauterelle. Elle, elle s’appelle Emma. Elle a les yeux Continuer la lecture#rectoverso #04 | Elle le regarde regarder…

#rectoverso #06 | Gaëlle Obiégly – entrelacs

Je me lève toujours avant que le jour ne commence vraiment, quand il est encore tiède de nuit. J’aime ce moment. Les garçons dorment, leur respiration égale me rassure. Je fais chauffer de l’eau, pas pour le thé, juste pour entendre le bruit, cette vapeur qui sort de la bouilloire, c’est comme une preuve que je suis là, dans le Continuer la lecture#rectoverso #06 | Gaëlle Obiégly – entrelacs

#rectoverso #05 | «rue laurendeau»

« Rue Laurendeau » /  Josette Choquet                Ce bâtiment ils le nommaient  « rue Laurendeau », ce n’était pas la rue Laurendeau,  On allait « rue Laurendeau ». On a toujours appelé ça « rue Laurendeau ».  Tu ne décidais pas d’aller «rue Laurendeau ». On t’y mettait.  On ne savait pas, il est dans la rue Millevoye.                 Rue Laurendeau, c’est peut-être dû au nom de cet Continuer la lecture#rectoverso #05 | «rue laurendeau»

# rectoverso #06 | Décompte

Quand on est caissière, faut savoir compter. Jamais su compter et quand même caissière. La caisse c’est une petite boite en fer avec tout le fourbis, billets, monnaie et tickets d’entrée rassemblé dans une boite 15X11cm. La caisse, c’est une table de camping, ouverte par tous les bouts, on peut reluquer mes jambes, zieuter dans la boite, passer derrière ou Continuer la lecture# rectoverso #06 | Décompte

#rectoverso #05 | la rue de l’école

RECTO C’était le quartier familier, la rue de l’évidence, la rue de l’école, toujours de l’école même s’il y en avait trois, une pour chaque temps de l’existence, de l’éternité. La maternelle, les deux primaires. La rue reliait les maisons des grands-mères, dans lesquelles vivaient les grands-pères, mais c’était celles des grands-mères, elles qui accueillaient, préparaient le goûter, le déjeuner, Continuer la lecture#rectoverso #05 | la rue de l’école

#rectoverso #06 | Message reçu aujourd’hui à 8h11

You could have been moreThan a name on the doorOn the thirty-third floor in the air Joni Mitchell The Arrangement RECTO C’est l’automne. Le tramway peine dans la grande montée entre Porte de Bagnolet et Porte des Lilas. Des agglomérats des feuilles mortes encombrent les voies. Arrêt Adrienne-Bolland Trois Vigipirate arpentent le boulevard, Famas contre le ventre. Cinq, dix, quinze Continuer la lecture#rectoverso #06 | Message reçu aujourd’hui à 8h11

#rectoverso #06| un quotidien

Quand on est une mère au foyer avec cinq enfants, on pourrait dire aussi bonne à tout faire, on arrive à douter de sa propre existence. Je ne suis sûre de rien me concernant. Ma journée du lundi est comme celle du mardi. Le mercredi est pire que le mardi. Entre jeudi et vendredi je ne vois pas de différence. Continuer la lecture#rectoverso #06| un quotidien

#rectoverso #06 | les flûtistes

On ne sait jamais où ils se trouvent dans l’orchestre. Certains disent « tout au bout », cachés dans l’ombre des joueuses de basson, le corps tendu rebelle des joueuses de basson, ces chercheuses de poux dans la profondeur des chairs, leur chaos interne et la débâcle des grands rires frais, casseroles d’eau froide sur la tête quand trop de torts se Continuer la lecture#rectoverso #06 | les flûtistes

#rectoverso #05 | ce qui manque

Avant, il ne nous manquait rien, si ce n’est à la fin le temps pour que ça continue. Il y avait la rivière en miroir du ciel, les journées entières au bord de l’eau à guetter les formes sombres du monde d’en-dessous. Les vieux racontaient les légendes d’autrefois le soir, après le dîner, et on courait sur les chemins dans Continuer la lecture#rectoverso #05 | ce qui manque

#rectoverso #06 | Il faudrait tout oublier

RECTO Quand on est gardien d’immeuble on fait partie des meubles. On appartient au bâtiment, à la cour, au parking, aux caves, aux poubelles. Il parait que je suis de la famille, c’est eux qui me l’ont dit. Les gens de la résidence comme ils l’appellent. Ils ont beaucoup besoin de moi et parfois ils me rendent la pareille. Depuis Continuer la lecture#rectoverso #06 | Il faudrait tout oublier