#anthologie #27 | Incipit

Une femme vit un voyage comme elle écrit ses livres à tâtons, sans expérience, sans aucune conscience de ce qu’elle fait, se laissant guider par on ne sait quelle voix qui lui dicte des mots qu’elle écrit obéissante comme elle ferait un pas puis un autre et encore un autre sur une route inconnue, attentive à poser sur la page Continuer la lecture#anthologie #27 | Incipit

#anthologie #15 | avec ça ce s’ra tout ?

Avec ça ce s’ra tout ? Au fond de la poche peu de pièces… l’envie pourtant de goûter un sorbet… une part de fraisier… de rester plus longtemps à la fraîcheur… Merci, je vais réfléchir… Avec ça ce s’ra tout ? J’ai oublié… oublié une dernière chose… je voudrais, je voudrais… un mot m’échappe… l’idée… l’image… il faut noter… faire des listes… Continuer la lecture#anthologie #15 | avec ça ce s’ra tout ?

#anthologie #14 | qu’est-ce que voulez que je vous dise !

Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ! La maison tremble, l’eau s’infiltre par la toiture. Au fond de l’allée des gens chantent, d’autres crient à toute force. Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ! Ici on ne peut pas dormir, on fait les cent pas sur le labyrinthe des chemins, on avance entre bourrasques et menaces. Qu’est-ce que Continuer la lecture#anthologie #14 | qu’est-ce que voulez que je vous dise !

#anthologie #13 | tout un monde chez Marcel 

Lorsque nous tenions la pension de famille il y avait toujours des clients aux noms étonnants. Peut-être parce que l’on est proche de la gare et que les voyageurs portent des noms insolites. Certains faisaient escale sans jamais repartir. Ils pendaient leur imperméable à la patère derrière la porte et la laissait pour les jours de pluie, les jours difficiles Continuer la lecture#anthologie #13 | tout un monde chez Marcel 

#anthologie #11 | Du soir à la nuit

Camille remonte l’embarcadère longe des engins de chantier les grues immenses gagne une zone plus naturelle percé d’un chemin de graviers blancs Elle longe bientôt des jardins où peu à peu les couleurs éclatantes des dahlias lilas se tapissent d’ombres Au fond d’une poche un galet blanc qu’elle emporte toujours avec elle lui raconte la marée montante descendante une respiration Continuer la lecture#anthologie #11 | Du soir à la nuit

#anthologie #27 | Crash tests

La langue ourlée aux derniers mots sacrifiés, je me redresse dans une pénible cécité. Trois fois j’ai frappé le sol. Trois fois j’ai senti le pécher glisser entre mes omoplates. De l’eau ou une masse liquide que je ne peux prononcer s’évertue à inonder. Je suis témoin de corps. Un périple qui se dessine encouragé par les terres silencieuses. On Continuer la lecture#anthologie #27 | Crash tests

#anthologie #29 | Rien n’est moins sûr

Hanoï. Dans un décor de bambous serrés, assis à un bureau, il écrit. On pourrait imaginer que chaque moment de liberté était dédié à l’écriture. Personne et encore moins cet homme à ce moment-là de son existence ne peut imaginer que ce sera l’image que l’on gardera de lui, la plus prégnante, un stylo à la main, devant un bloc Continuer la lecture#anthologie #29 | Rien n’est moins sûr

#anthologie #28 | et ça continue encore

Arriver à vélo. Sonner. Attendre l’ouverture de la porte. Resonner souvent. Entrer et tourner légèrement sur la gauche pour ranger le vélo dans les deux barres en fer prévues à cet effet. Sortir la clé du sac, détacher le U se trouvant autour du guidon. Insérer le U entre la roue et les barres d’acier. Ranger la clé dans la Continuer la lecture#anthologie #28 | et ça continue encore

#anthologie #29 | Interférences

…Où est la sortie ? Je veux partir, oui, maintenant…bon d’accord j’attends encore un peu, je reste là.   Il a sept ans il intègre les louveteaux.  Vous pouvez dire à cet enfant d’arrêter de pleurer ? Il me déconcentre, je viens de perdre mon chemin. Un dimanche de septembre, le groupe de Jean canote dans la rade de Brest. Continuer la lecture#anthologie #29 | Interférences

#anthologie #04 | maisons

  1. Ce projet, toujours repoussé, de consigner avec précision les adresses de tous les endroits où j’ai habité.
  2. L’idéal serait une pièce blanche avec une grande fenêtre, un bureau en bois de seconde (au minimum) main, une chaise raide, un tableau, une plante — peut-être un cactus —, une bibliothèque de travail, un futon et un rocking-chair pas trop imposant.
  3. La bicoque des Stamper, les maisons des Caskey.
  4. J’habite plus souvent ma tête que le toit qui m’abrite.
  5. Les quatre mille touristes journaliers piétinent la rémanence des hommes qui croupissaient là, sur cet exact sol, entre ces exacts murs. Beaucoup plus que l’audioguide, ce sont les écailles de peinture sur les barreaux qui m’ont ouvert, pour quelques secondes, une brèche vers eux.
  6. Un colibri niche dans le jardin. Sur la highway, les GMC vrombissent.
  7. Il m’a fallu longtemps avant de me sentir chez moi chez elle. Je n’arrive toujours pas à savoir ce qu’a été le déclic. Peut-être l’acceptation que cet endroit ne serait jamais chez moi.
  8. Une maison coûte cher, particulièrement si la moquette est épaisse dans les escaliers.
  9. Il ne m’est arrivé qu’une seule fois de dormir dehors, par terre. Ces quelques heures résonnent encore en moi.
  10. C’est la Maison des feuilles qui me logera cet hiver.