Sans dormir. Lieux.

Dans les draps rêches, lourds et brodés comme on n’en trouve plus dans les rayons de supermarchés, dormir. 

Contre l’humidité d’un corps épuisé, aviné, transpirant, dormir. Ou essayer. 

Face à des souffles dont on a oublié la cadence exacte mais dont on se rappelle qu’ils ont pu bercer même si c’est faux. S’endormir. 

Dans un coin hostile, se faire petit contre les grandes voix qui crient, là, derrière le mur qu’on ne saurait plus décrire mais dont on sent encore la finesse. Ne rien dormir mais faire semblant.

Les pieds glacés malgré les couvertures en laine qui ne remplacent pas le corps de l’autre. S’engourdir. Puis dormir, à force, de solitude.

Les nuits à tic-tac d’horloge, lointaines, rares. On ne fait plus de réveils à tic-tac, endormissements insonores. Peur du silence. Insomnies. 

La chambre du boulevard, bruyante, lumineuse, les phares des voitures traversent les rideaux, disent que l’on n’est pas seul. S’assoupir. 

La peur des toiles d’araignées qui persiste alors que la mère a fermé les volets en bois, et qu’elles sont invisibles, les toiles, sauf dans les rêves. Cauchemars d’enfants. Sommeil d’avant.

Sous l’édredon rouge aux arabesques vertes, écouter des histoires, dans le dortoir aux murs transpirants d’humidité. Les mots des histoires devaient avoir effacé l’hostilité du lieu. Dormir en troupe. 

En haut de l’escalier, la chambre est à droite, un grand lit, une armoire et une coiffeuse, juste de quoi rassurer. Apparence trompeuse. Il n’aurait pas fallu penser qu’on puisse y dormir. Lieu du cauchemar où l’on ne dormira plus.

A propos de Marie-Caroline Gallot

Navigue entre lettres et philosophie, lecture et écriture.

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