#40jours #21bis | instructions pour les voyageurs

Revenons au protocole sur lequel j’ai botté en touche un peu trop facilement. Retroussons les manches et réfléchissons. Voyons comment les mots arrivent les phrases les paragraphes, le texte tout entier, et surtout sans vouloir faire de la littérature, en pratiquant tout simplement une prise de notes.

A quoi je pense quand je dis protocole ? 

Sous la forme de petits exercices quotidiens, que ce soit par l’écriture, le dessin, la photographie, la vidéo. Ça serait les moyens. Dans quel cadre ? Est-ce que ce serait dans le cadre d’un trajet quotidien justement ? Dans ce cas il faudrait en créer au moins un car suivant les jours je n’effectue pas le même trajet. Dans quel cadre ? A l’origine il s’agit de la ville et on pourrait penser à une grande ville presque aussitôt, une ville comme Paris New York Londres Madrid… mais j’habite ici à Péage de Roussillon, je pourrais donc transformer la grande ville en ville plus modeste voire en village. Quel trajet et combien de temps pour effectuer ce trajet et aussi combien de jours. Combien de fois faudra t’il refaire la même action sur un même trajet pour que celle-ci modifie légèrement le réel, qu’elle le chamboule un peu…? 

Puisqu’il faut absolument une contrainte ou deux pour être libre de créer une action digne de ce nom, c’est à dire une action qui aurait pour but comme spécifié plus haut de tordre légèrement la réalité ordinaire, choisissons aussi un livre, et tout à fait arbitrairement l’un de ce géant ovationné par la pataphysique qu’est Julio Cortazàr, tiens au hasard prenons Cronopes et Fameux. Peu importe que vous ne connaissiez pas cet ouvrage, bien que ce soit tout à fait regrettable, il suffit d’imaginer un recueil de recettes, propices à modifier plus ou moins le point de vue que la plupart d’entre nous ont justement de la réalité ordinaire. Bien sûr en préambule demander vous au préalable si modifier légèrement la réalité ordinaire vous convient ou pas… très important , il serait dommage de vous embarquer dans une aventure que vous regretteriez par la suite. 

Maintenant vous avez ce livre dans les mains, au moins dans l’idée, que pourriez vous bien en faire ? Et bien vous pourriez commencer bien sûr par le lire. Et si vous l’avez déjà lu au moins une première fois vous pourriez tenter de vous en souvenir, de quoi se souvient t’on vraiment lorsqu’on referme un livre après l’avoir lu … surtout quand on a apprécié ce livre 

Je dis les choses dans l’ordre où elles viennent, pour le moment peut-être êtes vous un peu perplexe quant à cet ordre et je le comprends tout à fait, mais restez encore un instant, peut être que cette perplexité n’est pas encore le synonyme de l’ennui qui sait, pas même moi qui écrit ces lignes.

Vous avez lu le livre et en le refermant vous avez ressenti cette petite pointe d’amertume qui consiste à regretter qu’une chose s’achève en vous laissant cette petite pointe d’amertume.

Qu’allez-vous vous faire de ce livre ? Ne le rangez surtout pas tout de suite sur l’une des étagères de votre bibliothèque.ouvrez le plutôt au hasard et lisez à voix haute le texte sur lequel vous êtes tombé. Puis prenez du papier un stylo ou encore un traitement de texte si vous ne jurez que par la tablette le mobile l’ordinateur et choisissez un paragraphe qui vous touche, un paragraphe significatif dans tout l’ensemble des caractères alignés sur cette page.

Imprimez la page en plusieurs exemplaires, ou faites plusieurs copies carbone si vous utilisez encore du carbone pour faire des copies et ensuite rendez vous tranquillement d’un pas léger si possible à la gare. Puis continuez vers les quais, déposez un exemplaire de votre copie sur un banc puis repartez chez vous si vous n’avez pas de train à prendre.

Peut-être allez vous me dire que cette action est parfaitement inutile car on ne sait pas si oui ou non quelqu’un lira ce qu’il y a de noté sur ces feuilles volantes déposées sur des bancs. Il est aussi possible que durant le trajet du retour chez vous le vent se lève et emporte toutes ces feuilles bien au delà du périmètre de la gare, il se peut aussi qu’il se mette à pleuvoir et que l’encre de l’imprimante coule glisse avec tous les mots et qu’il ne reste plus que de vagues traces illisibles à la fin. Peu importe, puisque le lendemain même heure ou approximativement vous recommencerez avec un autre texte que vous aurez choisi dans ce même livre.

Si vous faites cela suffisamment de fois, mettons 40 jours par exemple vous pouvez être certain que votre action aura tordu un tout petit peu voire même beaucoup le réel ordinaire, peut être même deviendra t’il pour vous même ou pour quelqu’un d’autre une réalité extraordinaire pour ne pas dire fantastique.

Vous pourriez même commencer à imaginer toute une série de petits textes dans lesquels une ou un inconnu s’assoit sur l’un de ces bancs, attrape la feuille et la lit…observez en pensée ces inconnus en train de découvrir le texte observez leurs visages leurs bouches leurs yeux que se passe t’il alors ? Et une fois leur lecture achevée tentent ils de se débarrasser en toute hâte de cette feuille ? La plient ils en quatre pour la fourrer dans une poche , ou bien regardent ils inquiets tout autour d’eux afin de se demander pourquoi quelqu’un a oublié cette feuille de papier sur laquelle est recopié un texte extrait de Cronopes et Fameux écrit par un certain Cortazàr. 

Peut-être que le simple fait d’avoir lu ce petit texte aiguisera la curiosité d’un voyageur et ainsi agrémentera t’il son voyage d’y songer. Peut-être entrera t’il dans une librairie ensuite pour aller le feuilleter, ou bien en cachette durant son travail ouvrira t’il un moteur de recherche et tapera t’il légèrement fébrile le nom Cortazàr…

Peut être qu’au même moment dans la même ville de destination de ce voyageur quelqu’un d’autre au même instant sera dans le même rayon de la même librairie à la recherche du même livre … qui peut savoir ce qu’une petite action répétée avec regularite et perseverance comme celle-ci peut avoir de conséquence sur le monde ? 

Personne et c’est surement très bien ainsi de n’en rien savoir.

A propos de Patrick Blanchon

peintre, habite en Isère entre Lyon et Valence

Laisser un commentaire