A propos de Betty Gomez

Lire certes, mais écrire...

#anthologie #26 | bande-son

Seule sur le canapé, vieux casque en mousse sur les oreilles, j’appuie sur le bouton du Dictaphone, en mode écoute. Le bruit du bouton gris qui s’enfonce, de la bande magnétique qui se déroule, son ralenti au départ, la bande  de la cassette s’est détendue avec les années. D’emblée, pas les mots qui m’assaillent, mais les bruits. Comme dans ces photos où l’on remarque les sabots au pied, la coupe de cheveux, le dos nu, et efface le point de vue photographié, le rocher de Biarritz, le portail de Cambridge Continuer la lecture#anthologie #26 | bande-son

#anthologie #25 | l’odeur, marqueur social

L’odeur comme marqueur social.
Les mots pour nommer les odeurs comme marqueurs sociaux.
Le sent-bon (réservé à l’eau de Cologne-terme devenu générique, bon marché), ça cocotte, la mauvaise odeur, ou le parfum très fort étant associés à la cocotte, la gourgandine. 
L’odeur de cuisine comme marqueur social, géographique aussi (aïoli, persillade, sèche à la rouille, flamber l’omelette norvégienne, les volailles, arroser de vin les fraises, verser du porto sur le melon). Continuer la lecture#anthologie #25 | l’odeur, marqueur social

#anthologie #24 | corps sans toi

Dormir à l’hôtel, cela t’arrivait rarement. Partir ensemble, loin, encore plus rarement. On te confiait la gamine. Plus courant ça. Très courant. L’hôtel donc. Une chambre. Tantôt un seul lit, grand, tantôt deux, petits. Selon ce qui reste. Le train, les déambulations, la marche et autre procession, le repas que tu n’as pas à préparer, le repas servi. Repue, tu dors déjà. J’ai vu la combinaison rose, la gaine, les bas tenus par les accroches en fer, le dessous de toi, la chair. Tu dors déjà. Ni livre ni carnet. Fermer les yeux, dormir. Tu t’absentes. Continuer la lecture#anthologie #24 | corps sans toi

#anthologie #23 | rue Saint-Cyr

Elle n’aurait su dire combien l’immeuble avait d’étages, où il commençait, où il s’arrêtait, il faisait corps avec les autres maisons, la ruelle avec les autres ruelles. Au rez-de-chaussée il y avait la boulangerie, pièce éclairée, vitrine éclairée, qui contrastait avec l’escalier sombre, tortueux, une boulangerie où l’on pouvait entrer, acheter, mais derrière, mais dessous, elle imaginait les pièces fermées au public, aux clients, aux enfants, les salles sans fenêtres où l’on entassait sacs de farine, plaques de four usagées, grasses, poisseuses, où les souris couinaient, où les chats chassaient, pissaient, Continuer la lecture#anthologie #23 | rue Saint-Cyr

#anthologie #22 | avenue Albert 1er

Avenue Albert 1er, on la prend en voiture, rue qui n’a de l’avenue que le nom, rue à sens unique, chaussée défoncée, la pharmacie à l’angle, à l’entrée de la rue, il faut que ce soit une pharmacie pour qu’encore ouverte, encore fréquentée, pour combien d temps, sans parking, sans aucune des commodités pour se garer, qui pour la tenir, qui pour la conserver, qui pour y aller sinon les pauvres gens qui se déplacent à pied, habitent le quartier, la plus proche est éloignée, d’où l’intérêt que le nombre soit contingenté, ignorer les règles des officines, mais croire que leur installation relève de certaines règles, il faudrait vérifier, savoir déjà qu’on ne vérifiera pas, pour quoi faire, nul projet d’acheter une officine, nul moyen, nul intérêt, mais apprécier toutefois la permanence de cette pharmacie dans ce quartier populaire, Continuer la lecture#anthologie #22 | avenue Albert 1er

#anthologie #21 | agualica

Je n’ai que cinq photos de toi (1). Cinq photos mais seulement trois jours de ta vie. Cinq photos qui te montrent à l’occasion de trois jours de ta vie, de ta vieillesse, de ta grande vieillesse on dirait aujourd’hui (2).  À soixante-quinze, à quatre-vingts et sur les deux dernières, non datées, les plus récentes, si on peut dire, à quatre-vingt-six ou quatre-vingt-sept ans. Pas davantage. Tu es morte à quatre-vingt-sept ans. Sur toutes tu as les cheveux blancs, peignés avec une raie sur le côté droit de la tête et qui recouvrent tes oreilles (3). Continuer la lecture#anthologie #21 | agualica

#anthologie #20 | l’abuelita

Je n’ai que cinq photos de toi. Cinq photos mais seulement trois jours de ta vie. Cinq photos qui te montrent à l’occasion de trois jours de ta vie, de ta vieillesse, de ta grande vieillesse on dirait aujourd’hui.  À soixante-quinze, à quatre-vingts et sur les deux dernières, non datées, les plus récentes, si on peut dire, à quatre-vingt-six ou quatre-vingt-sept ans. Pas davantage. Tu es morte à quatre-vingt-sept ans. Sur toutes tu as les cheveux blancs, peignés avec une raie sur le côté droit de la tête et qui recouvrent tes oreilles. Prenons-les dans l’ordre chronologique. D’images de toi antérieures, il n’y a pas. Ni matérielles ni immatérielles. Continuer la lecture#anthologie #20 | l’abuelita

#anthologie #19 | album photo

madame Gatounes, la maîtresse de l’école maternelle, classe des écureuils, au haut chignon roux

l’affiche  de Renaud punaisée sur la tapisserie de la chambre et recouvrant tout un pan de mur avec ces mots, la chetron sauvage

la photo d’un enfant, toujours la même, à chaque journal télévisé, cheveux bruns, un peu longs, bouclés, un prénom, un regard et qui réapparait des dizaines d’années plus tard, même photo, mais la coiffure, le vêtement signent une époque révolue. Et jusqu’au prénom. Grégory
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#anthologie #18 | photos

Pochette verte à photos
Livrets de famille, cartes d’identité, carnets militaires, actes de décès, lettres, photos d’identité, photos de mariage, photos de repas de famille, peu nombreuses finalement, venues d’un temps où l’on ne possédait pas soi-même un appareil photo. Des traces à partir desquels reconstruire des vies avec des mots. 

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#anthologie #17 | à la supérette de Meymac

Les enfants ont d’abord râlé. Quoi la Corrèze? Pourquoi ne retourne-t-on pas en Espagne ou en Toscane? Heureusement la piscine, la table de ping-pong et le baby-foot ont rapidement eu raison de leurs réticences. Et puis, trouver une maison à louer en juillet pour douze personnes avec piscine quand on s’y prend en juin limite le champ des possibles. Voilà comment je me retrouve un samedi matin de juillet 2010, dans la supérette de Meymac, une liste de courses à la main, à la recherche de flocons d’avoine. Que de temps on perd dans un magasin qu’on ne connaît pas. Les rayons sont déserts, personne à qui demander un renseignement. Devant le rayon des pâtes et du riz, une silhouette familière. L’homme est de dos. Chemise bleue en fil, pantalon large gris, le cheveux est court et gris, le crâne légèrement dégarni, un morceau de papier dans la main gauche. Je m’arrête, retiens mon souffle, souhaite devenir invisible. Ne pas le déranger. L’animal a l’oreille fine. I Continuer la lecture#anthologie #17 | à la supérette de Meymac