autobiographie #11| silhouettes essais

Il n’ a pas de pipe comme Apollinaire, il tient son vélo. Gris le vélo, le bonhomme, gris. Un gris élancé, mince, un gris sombre et monstrueux, monstrueux parce que les yeux gris. Une silhouette absente fugitive, comme un qui ne veut pas avoir mal. Se cache. Une aventure périlleuse, énergie ou fatalisme, le choix. Les lunettes et le gris derrière. Une barre ou une ride sur le front deux, trois barres. Le mouchoir impeccable en coton, pas jetable en coton gris bordure rouge. Un tout petit morceau de rouge. Comme une précaution, une prudence. Commode la prudence. Une tension et une reculade. Les grosses sacoches de son vélo. Il fume sa cigarette, il est dans la défiance, se retourne, regarde derrière plusieurs fois. Parti, il est déjà parti.

Guillaume Apollinaire.

Il vient juste de se lever, va vers le buffet, elle le regarde: sa veste de tweed marron avec un peu de jaune, à peine, un peu de rouge très peu, des fils entrelacés. Il vient de lever le bras. Une composition franche. Simple et probe dans la manière dont il se présente. Tout ça c’est un ensemble. Un travailleur en deux-pièces-cravate. Aux tons neutres. Une sérénité énergique. Un accroissement au cordeau. Un excellent massif. Admettre qu’il est compréhensible, pas de friction, pas de bouclier adéquat. Rien de plus à élaborer.

Autoportrait Pablo Picasso

Elle marche dans l’allée. Très lente vue de loin. Une allure accomplie, rien de banal, c’est le bleu. La perte de je-ne-sais-quoi. Une allure indubitable; une contenance manifeste. Plus que n’importe qui dans le triage de sa nébuleuse chevelure. la main et le bras levé ne sont pas substituts de défiance. Pas de recours spécifique d’outrance. Un rangement irrégulier, étroit et couvert pas toujours toléré. Sa robe bleue est conduite et empruntée pour l’été. Elle reste la même, elle estompe le tableau, elle n’interpelle plus. Comme vacante, c’est tout ce qu’elle exprime.

Katia à la chemise jaune. Matisse

3 commentaires à propos de “autobiographie #11| silhouettes essais”

  1. Anne, merci : je n’étais pas sûre du tout, j’ai voulu prendre l’écriture de G. Stein et changer ses mots avec le dictionnaire, tout en gardant la trace des trois que j’ai choisi. Difficile et on a toujours envie de perfectionner.

  2. Simone, oui, j’avais été sensible au charme
    mais de la première lecture m’était resté un étonnement, après m’être appliquée comme, je le croyais; à éloigner le personnage des objets et à ne le laisser deviner que par les éléments (ici en gros le gris et le mouchoir ou la robe empruntée, décrits en eux-mêmes…) mais étant bien entendu fort peu sur d’avoir bien compris ce qui était désiré.
    Relisant et trouvant la référence au #12 (qui pour ma part me laisse sceptique) l’étonnement faiblit, reste le charme

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