autobiographies #11 | le feutre

le feutre était ce matériau conducteur et épais comme le silence sous le feutre qui conduit la chaleur vers un corps-pierre refroidi durci affaibli à l’écoute pourtant d’un battement un son diffus et gris anthracite grinçant parfois au toucher plus beau bref à regarder entendre sentir ou avaler de manière presque liquide ce serait du miel lui qui peut amortir des bruits des heurts des froids mais sans le savoir les contenir et les couver et les répandre  seulement dans un esprit de contradiction non certes pareillement à la soie ou au velours mais plutôt tel un cri après une suite de pas  monobloc dans la neige ce son des choses tombées dans la blancheur poudreuse figée même pataude se sont engourdies en douceurs criantes enveloppées et recouvertes à la fin on dirait d’une fine couche de graisse claire qui apporterait comme un soin à une nudité méditative

les perles orange et fauves des colliers d’ambre sont faites pour s’agripper à des poitrines de feu des cous d’artistes des cous souterrains mythiques sont taillées dans des blocs de pierre qui cachent des cavernes sous des tapis de déserts souples ornent des personnages de tableaux dans les livres ceux par exemple chers à Jan Potocki où les jeux de lumière du clair-obscur sur leur facettes les étoffes qu’elles recouvrent  et les mains transitoires passent  en un instant d’un décor de théâtre ou de peintures à un décor de roman de  prose même ailleurs de poésie narrative et de scène collective politique comme primitive ces perles annoncent des lignées en échos qui allègent et construisent depuis toujours en leur sein  

le drap posé sur un pan de torse tarse au milieu des débris tourne le dos aux extrapolations vaines de piscine sur son identité reflet des pierres mosaïques et poussières parachutées telles des lampadaires en verre fragiles tombés là, il est ici le pendant attentif et patient d’un cadre de lit d’un cerceau de robe ou d’un squelette qui ont volé en éclats scintillants

son foulard faux calme encore à son cou dans le vent ondulant à la fenêtre du train est une lame qui aiguise des cris les moires du fin tissu sous le soleil noir sont d’un acier réfractaire aussi une pierre de chair et de viscères déformée trouée parfois sans voix

le feutre intrinsèque du châle qui l’enveloppe est un dessin à la plume une peinture sur bois aux mille points légèrement frisotés qui se répand aussi dehors sur le paysage de malaria et de bosquets d’orangers mis ensemble avec leurs voix respectives de grillons et de baritons

                         

A propos de sandrine cuzzucoli

Aime le temps suspendu en contemplant, lisant, dessinant, parlant, regardant le plafond, les visages, peintures, ciels.. Dans mes études passées mais encore présentes!: la littérature américaine, italienne, les beaux-arts, la traduction et d'autres choses depuis... Ecris en revue depuis environ 5 ans, dessine depuis plus, c'est un aller-retour constant un peu comme un Appel de la Forêt, le titre d' un des premiers livres de Jack London- que j'ai aimé!

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