#anthologie #20 | Léonie (3)

Longtemps, j’ai cru n’avoir qu’une photo de toi. Une photo ovale, portrait en pied coupé à mis cuisse, robe noir fermée par une rangée de petits boutons blancs, col claudine blanc, ruban noir en forme de T attaché sur le devant du col avec un bouton, plus gros que ceux de la robe, des gants blancs sans doigt. Tu es Continuer la lecture#anthologie #20 | Léonie (3)

#anthologie #20 | deux de vous

Tu leur as demandé de se rapprocher l’un de l’autre, de tenir leur paire de gants de la façon la plus naturelle possible. Il a ramené son coude droit à hauteur de la taille ce qui t’a semblé donner un peu de dynamisme à la photo, accroché à sa paire de gants comme si c’était son bien le plus précieux, Continuer la lecture#anthologie #20 | deux de vous

#anthologie #13 | le jardin d’enfants

On l’appelle le jardin d’enfants ou le parc. C’est selon. Selon quand, selon qui. Ou le jardin, tout simplement. Inutile d’arriver trop tôt. Avant quinze heures, une vieille dame assise sur un banc, tout au plus. Le matin, on peut voir quelques collégiens en train de se balancer ou de tournicoter. Déposés par le bus de 8 heures, ils n’ont cours qu’à partir de 9 heures. C’est l’après-midi qu’il vit. Mères avec poussette ou enfants plus grands. On a garé la voiture le long du jardin, ou on est venu à pied. Au toboggan avec maisonnette en bois, un couple surveille des jumeaux. Faux jumeaux. Maigres. Curieusement maigres. Parce que deux dans le ventre? Le garçon a les gestes désordonnés. Avec les années, les écarts se creusent. Il n’ira jamais au lycée. Il joue de la batterie, suit un scolarité normale en primaire. Arrivé au collège, c’est terminé. Il ira avec les ULIS. Un couple de grands-parents. Leur banc est près des balançoires. Le garçonnet se promène en tirant une corde à laquelle est accroché un camion en plastique. Continuer la lecture#anthologie #13 | le jardin d’enfants

#anthologie #12 | Paris, Douvres, Sarajevo

Juste éveillés, les rêves encore tout près, à la lisière du réel, on se presse dans le couloir, valises contre les jambes Bruit des freins descendre les marches en fer Le quai Des familles, enfants endormis dans les bras, beaucoup de familles, beaucoup d’enfants quand on se croyait seuls isolés dans notre couchette Long quai gare inhabituelle Austerlitz Matin d’hiver Ce n’est pas encore la foule mais déjà les grands espaces, le bout du quai si loin, des voyageurs pressés, des employées de la gare, des chariots.  Continuer la lecture#anthologie #12 | Paris, Douvres, Sarajevo

#anthologie #19 | Images fugaces d’un temps qui n’est plus

En Alsace, DMC Dolfus Mieg et Compagnie, le fil, les cols de chemise, la broderie, associés aux petites maisons dans la cité ouvrière, dans une ruelle une petite fille en robe blanche un ours dans les bras une affiche bleue avec une cigogne et un clocher à l’arrière plan, Ils y travaillent comme employés, contremaitres, ouvriers, chef d’organisation, à la Continuer la lecture#anthologie #19 | Images fugaces d’un temps qui n’est plus

#anthologie #18 | Inventaire non exhaustif

Apparition : une chambre noire, des bacs avec des produits, une chambre noire et soudain cette feuille papier à grains, papier photo blanche sur laquelle apparait un visage en noir et blanc, magie d’un moment, phase de séchage, joie intense de la prise de vue à son développement Boites cartonnées à trier : dans les boites des pochettes, dans les Continuer la lecture#anthologie #18 | Inventaire non exhaustif

#anthologie #20 | Kaléidoscope

Toutes ces photos. Boîte pleine. Noir et blanc, sépia, plus rares. Format 6×9, celui des négatifs. Bords dentelés, comme d’un cadre, un peu effrayant, dents de scie, coupures à l’index… Celle-ci, il n’y en a qu’une qui m’intrigue, de ma grand-mère Suzanne, aussi d’une inconnue qui porte un nourrisson dans ses bras. La femme blonde, la quarantaine, forte, vêtue de Continuer la lecture#anthologie #20 | Kaléidoscope

#anthologie #12 | 3 fois entrer dans la ville

12 : 3 fois l’entrée dans la ville D’ici le ciel semble en guerre, lutte de corps gazeux, muscles de coton contractés, les nuages s’entretuent. L’appareil les transperce. J’aperçois le fleuve brun-bouillon, serpentant entre les palmeraies. La ville est encore invisible. J’amorce la descente sur son anonymat. Elle n’appartient encore à aucune histoire à raconter. C’est une ville avec laquelle Continuer la lecture#anthologie #12 | 3 fois entrer dans la ville

#anthologie #05  | course noire

porter mon corps devant moi le pousser et sans me retourner et un et deux et trois petites foulées avancer accélérer franchir la ligne la peur pas la peur porter mon coeur — mon corps — mon coeur qui s’essouffle ne s’essouffle pas debout le vent dans le dos jusqu’au bout du bois, du retard la course noire rattraper le Continuer la lecture#anthologie #05  | course noire

#anthologie #20 l La femme à la tunique orange

Tu es tellement ridée que même ton nez est ridé. Cheveux blancs attachés lâches, des mèches folles. Tu me regardes par en dessous, la tête légèrement courbée dans une attitude de défaite. Je zoome sur tes yeux avec la loupe de l’ordinateur et je m’aperçois que non, tu ne me regardes pas, tu ne regardes rien, tu n’offres plus ton Continuer la lecture#anthologie #20 l La femme à la tunique orange