#anthologie #20 | l’abuelita

Je n’ai que cinq photos de toi. Cinq photos mais seulement trois jours de ta vie. Cinq photos qui te montrent à l’occasion de trois jours de ta vie, de ta vieillesse, de ta grande vieillesse on dirait aujourd’hui.  À soixante-quinze, à quatre-vingts et sur les deux dernières, non datées, les plus récentes, si on peut dire, à quatre-vingt-six ou quatre-vingt-sept ans. Pas davantage. Tu es morte à quatre-vingt-sept ans. Sur toutes tu as les cheveux blancs, peignés avec une raie sur le côté droit de la tête et qui recouvrent tes oreilles. Prenons-les dans l’ordre chronologique. D’images de toi antérieures, il n’y a pas. Ni matérielles ni immatérielles. Continuer la lecture#anthologie #20 | l’abuelita

#anthologie #18 | photos supprimées

La dépouille du jeune merle trouvée dans le potager, au matin, puis le cri de l’enfant : un oiseau est mort ! Là ! Il est mort ! Ici on a l’habitude de les enterrer et de leur rendre un dernier hommage. Il y a un cimetière d’oiseaux à qui on donne des noms. Il y a deux ans, en Continuer la lecture#anthologie #18 | photos supprimées

#anthologie #25 | Petite liste

L’odeur du gazon après la tonte L’odeur de la fleur d’ajonc, en fermant les yeux et inspirant à fond perce  celle de la noix de coco L’odeur rance de la rafinerie de cacao  L’odeur de la résine de pin lorsque le soleil chauffe depuis plusieurs jours L’odeur des pins en feu nous a réveillé le douze septembre deux mille vingt Continuer la lecture#anthologie #25 | Petite liste

#anthologie #25 I odeur … vous avez dit odeurs?

Comme pour la musique, les odeurs ont envahi l’espace public. Odeurs d’ambiances, parfums corporels, déodorants et désodorisants. Comme pour la musique, elles perdent de l’attraction par leur banalisation. En été, enfant, je savais qu’il y avait un figuier à proximité avant de l’avoir vu. Maintenant j’ai l’impression qu’il y a des figuiers jusque dans les toilettes. Pourquoi supporte-t-on certaines odeurs Continuer la lecture#anthologie #25 I odeur … vous avez dit odeurs?

#anthologie #25 | bouquet de hasard

L’odeur de la laisse de mer au petit matin, nez qui picote et aigreur ronde et riche. L’odeur de la poussière dans le rayon filtrant entre volets entrebâillés aux heures chaudes. L’odeur de mon renvoi de peine froide en pensant ton absence. Les odeurs que j’ai oubliées, celles que vous aviez. L’odeur de ta pipe, mon Père, de celles dont Continuer la lecture#anthologie #25 | bouquet de hasard

#anthologie #25 | l’odeur est une patience

je m’allonge je m’étais allongée je sais réchauffer ma mémoire je m’étais allongée je ne sentais pas j’ai insisté d’autres auraient paradé je suis restée moi la fille allongée et que ce coucher permettait d’absorber et c’était le corps couchée je crois que je vais y arriver à faire remonter de même mon carnet posé à hauteur de mon horizontal Continuer la lecture#anthologie #25 | l’odeur est une patience

#anthologie #24 | Il dort

Il dort, comme je l’ai posé, là où je l’ai posé. Les bras en T, les doigts des mains repliés en poings à peine serrés. Son dos parfaitement à plat sur le matelas, une posture de détente que nous adultes tentons vainement de retrouver. Ses jambes allongées dans le prolongement du corps sont masquées par la grenouillère en tissus fin, Continuer la lecture#anthologie #24 | Il dort

#anthologie #25 | liste olfactive

Les dimanches ce que je préférai quand nous arrivions rue de Steinkerque c’était l’odeur de cave dans le hall, plus marquée dans le petit recoin sous l’escalier où je me cachais pour faire peur à mon frère, et qui s’éventait à mesure que nous gravissions les cinq étages. Quand nous arrivions rue Legendre, et qu’il fallait se laver les mains Continuer la lecture#anthologie #25 | liste olfactive

#anthologie #25 | dans l’air

On est dans la fragilité, dans un amalgame où des odeurs se croisent en courants adverses, se faufilent entre les arbres et la terre, entre véhicules et magasins aux portes ouvertes ( boulangerie, pressing, cordonnerie, poissonnerie, restaurant…), entre fenêtres ouvertes d’où s’échappent les fumets d’une cuisine et relents des caves se glissant au travers de soupirail. Odeurs mêlées, rarement uniques. Continuer la lecture#anthologie #25 | dans l’air

#anthologie #25 | Le jonc de mer

A la fin du printemps on sait que l’été arrive à l’odeur du foin. L’homme est mort avec l’odeur du soleil sur la peau de son bras. « L’odeur seule est capable de réunir ensemble animés et inanimés. » – Ryoko Sekiguchi L’homme mort dégage une odeur douceâtre qu’un pot-pourri aux senteurs florales ne désagrège pas. L’odeur de la nuit se charge Continuer la lecture#anthologie #25 | Le jonc de mer