autobiographies #11 | le feutre

le feutre était ce matériau conducteur et épais comme le silence sous le feutre qui conduit la chaleur vers un corps-pierre refroidi durci affaibli à l’écoute pourtant d’un battement un son diffus et gris anthracite grinçant parfois au toucher plus beau bref à regarder entendre sentir ou avaler de manière presque liquide ce serait du miel lui qui peut amortir Continuer la lectureautobiographies #11 | le feutre

autobiographies #10 | elle écoutait

elle écoutait le silence dans le compartiment du train entrecoupé de respirations (tantôt faibles tantôt marquées, plates ou rondes), de toux, de rires exubérants ou discrets et même parfois de pleurs ; à leur contact, elle écoutait son corps dont le souffle, la transpiration, le flux énergétique changeaient incroyablement en d’infimes vibrations, variations ; elle rapprochait les sons qui se ressemblaient Continuer la lectureautobiographies #10 | elle écoutait

autobiographies #08 | un lieu, quatre espaces

C’est dans une chambre très sombre ; une chambre où il y a eu une morte ; elle est morte dans cette chambre ; alors ça sent la mort ; elle était vieille ; on aura beau ouvrir la fenêtre, ça sentira toujours la mort ; et les enfants contraints de dormir dans cette chambre ; faut bien caser tout Continuer la lectureautobiographies #08 | un lieu, quatre espaces

autobiographies #11 | de l’allure

Je suis plus sensible aux silhouettes et aux démarches qu’aux visages. Au point souvent de prendre une personne pour une autre, ayant cru la reconnaître à sa silhouette ou à sa démarche. Une silhouette, le port de tête, la tenue des épaules, la souplesse du tomber des bras, la courbure du dos, la longueur des jambes, la mobilité des hanches, Continuer la lectureautobiographies #11 | de l’allure

autobiographies #04 | 8805 Girardin

SAINT- LÉONARD Plongée dans l’inconnu.  Un continent inconnu, une ville inconnue, une famille inconnue. 8805, un numéro comme on n’en trouvait jamais en France. Les questions que pose cette adresse, précieux sésame, papier rangé près de mon passeport.  Une rue sans fin ? Combien de temps pour la parcourir ?  Je débarque après avoir survolé de nuit l’Atlantique. La Manche, Continuer la lectureautobiographies #04 | 8805 Girardin

autobiographies #04 | les lieux

On prend l’autobus pour s’y rendre. Rester sur la plate-forme, aspirer le vent, voir défiler les immeubles en pierre blanche parfois sculptés. J’aurais voulu comme le contrôleur tirer sur la chaine pour diriger la montée et la descente des passagers.  Les derniers autobus à plate-forme disparaissent le 23 janvier 1971. Leur suppression a été décidée pour des raisons de sécurité Continuer la lectureautobiographies #04 | les lieux

autobiographies #03 | autoportrait d’un homme-arbre

Ma mère ne m’a pas mis au monde. Je suis sorti de son ventre, évidemment, elle m’a allaité, materné, aimé, mais elle ne m’a pas mis au monde. Elle m’a donné tout ce qu’un petit être humain peut attendre, les clefs et autres outils pour construire ma vie, pour grandir, pour que je trouve ma place dans cet univers, mais Continuer la lectureautobiographies #03 | autoportrait d’un homme-arbre

autobiographies #11 |Cinq silhouettes

C’est toujours la silhouette de Léon Blum, ou du moins sa représentation sculptée de la place Voltaire qui s’impose. À cause de ce grand et gros manteau à chevrons qui transformait son corps en un long cône solide, comme si dessous le corps était conique lui aussi et remplissait toute l’ampleur et la longueur du manteau dépourvu de plis, sans Continuer la lectureautobiographies #11 |Cinq silhouettes

autobiographies #11 | Louise

Ongles parfaits, limés, sertis comme camés au bout des doigts, résille des veines bleues sur les mains sarmenteuses — mais d’une douceur sèche, et tièdes comme le sont les oiseaux — qu’elle glisse pour la sortie avec la perfection de l’habitude dans les gants de pécari. Sur l’auréole blanche de ses cheveux soyeux, elle coiffe le chapeau de castor qui Continuer la lectureautobiographies #11 | Louise

autobiographies #11 | une robe noire

Une robe noire en grosse toile de coton, épaisse, râpeuse. D’un noir indécis, délavé par le soleil, les lessives, les frottements, à la pointe des coudes surtout, presque bleue sur les cuisses, là où reposent les mains. Le haut ressemble à une chemise. Une échelle de boutons, tous fermés, grimpe jusqu’au col. Sous la toile, on devine des seins affaissés Continuer la lectureautobiographies #11 | une robe noire