Racines

« enfermée dans ce lieu d’exil » (proposition 6) Hypothèse 1 Elle serait partie rêvant d’une terre qu’elle aborderait seule. Elle aurait laissé les visages connus, les lieux qui sentaient les placards trop longtemps fermés, les maisons aux gestes quotidiens —dormir se lever se brosser les dents poser la bouilloire rouge sur le feu regarder par la fenêtre se questionner Continuer la lectureRacines

La terre -notre sol minuscule.

La caméra avance sur le dos d’une fourmi, attachée par petite sangle à l’abdomen. Autour, les grands humains penchent leur torse pour mieux voir. La fourmi a entière liberté de circuler, au sein d’un espace en revanche clos. De grosses machines bourdonnent dans la pièce, contre les murs un peu loin de l’espace clos où la fourmi circule, entre les Continuer la lectureLa terre -notre sol minuscule.

un fiancé disparu

Là devant l’escalier         immédiatement derrière la porte d’entrée         petite robe jaune     pour les vacances         premier étage gauche         c’était celle-là        chambre préparée         pour la petite fille         jaune aussi        chambre jaune         trace pour baldaquin         imaginer un baldaquin complet         la petite fille ne voulait que cette chambre         trace en bois         gros rond au plafond          rond gravé         un jour il avait dû y avoir des voilages         voilures de l’imagination         Continuer la lectureun fiancé disparu

#6 il elle fenêtre

parfois la tâche fugitive de son visage derrière le grillage à poule dans le petit rectangle maçonné de sombre entre les pierres sous la montée de grange caché là pour observer à prendre le soleil il ne sait pas encore qu’un jour il regrettera de ne pas avoir quitté sa tanière pour venir l’écouter impossible de fixer un seul des Continuer la lecture#6 il elle fenêtre

Ne jamais cesser de naître

Naître, ramper quelques temps, tituber, tituber dans la première langue, puis emmenée ailleurs dans une autre terre moins rêche et alors une nouvelle langue comme des béquilles, et ne plus tituber. Naître une deuxième fois dans les livres, voyager dans les mots, dans les mots des autres, longtemps. Rebondir d’une rive à l’autre, rebondir ne plus réussir à poser les Continuer la lectureNe jamais cesser de naître

« Bordel, j’lache des parpaings, j’en fous partout par tonnes

J’baffe ou bien j’harponne, dites qu’le babtou cartonneDonc j’reviens juste parce que le rap manque de motsQue les MCs mentent de trop et trop souvent changent de peauNon, non je n’suis pas un leader, simplement ghetto chroniqueurIls m’ont reproché ma rigueur, je ne fais que mon taf de rimeurVas-y fait couler la liqueur, passe moi l’mic avant qu’il meurreIls ont Continuer la lecture« Bordel, j’lache des parpaings, j’en fous partout par tonnes

Une maison grise

Un soleil qui se déverse généreusement dans cette journée lumineuse et chaude, de ces journées qui s’étirent à l’infini. Au plafond, très haut, un ciel peint, des nuages blancs stylisés, des fresques de ciels entourées de moulures, des angelots peut-être. Un ciel aussi bleu que celui du dehors, seul point de couleur dans cette pièce grise. Deux fenêtres donnent sur la Continuer la lectureUne maison grise

Introspection par le verbe

J’ai ouvert les yeux. J’ai commencé à découvrir le monde. J’ai écouté, senti, babillé, souri, goûté, craché, crié, pleuré. J’ai tenté l’équilibre et suis tombée et retombée sur mes fesses. J’ai fini par savoir marcher. J’ai très vite aimé la mer, la brise et le soleil sur la peau. Les carottes cuites mais la soupe quand elle est mixée. J’ai Continuer la lectureIntrospection par le verbe

retour aux sources

mon-texte-interstice-N°2-les-MAISONS-été-2019-F.-BON-1D’abord, elle sentit la matière poisseuse, dégoûtante dans la paume de sa main, de la grille rouillée bloquée depuis son enfance. Elle descendit la vingtaine d’escaliers en ciment usé qui, du fait de leur déclinaison, la faisait pencher vers le sol gris de la cour.
Le soleil ne le touchait pas encore. Il frôlait tout juste le haut des fenêtres à gauche. Pressée d’échapper à ce trou sombre, elle marcha vite jusqu’au mur haut du fond de la cour, qui était aussi le côté de l’église. Par sa facture, il témoignait de l’époque de sa construction. Elle se rappela que l’église avait été détruite par un bombardement en 1945, juste avant la fin de la guerre. Elle regarda à gauche, vers le petit immeuble d’un étage et traversa l’étroite ruelle qui menait vers l’autre cour où se trouvait l’appentis, au fond. Elle reconnut les escaliers, la serrure aujourd’hui inutile. La porte était entrouverte. Elle hésita, se faufila entre les murs moisis. En glissant, elle pénétra dans ces modestes vestiges. Elle retint sa respiration, suffoqua. Après, elle sentit les dures écailles des volets de bois, les ouvrit d’un coup d’épaule. Les persiennes claquèrent contre le mur, un bruit sec….C’est peut-être ce bruit qui permit une délivrance. Elle leva la tête vers le jardin, les arbres denses et sombres. Le vert l’inondait. Elle suffoqua, hoqueta de tant de feuilles vertes sur les branches noires des arbres. Elle essaya de voir plus loin derrière le rideau sombre. Elle ne vit rien, entendit de l’autre côté le bruit de l’eau qui gouttait sur le feuillage. Elle resta là, suspendue à la fenêtre, le regard noyé dans la verdure maléfique du jardin.
De ce côté-ci, tout était silencieux.