1 | incantation
force d’attraction
laisse faire
lune et mer
pour qu’un monde nouveau
naisse des scories noires
2 | adolescence
Dix-sept ans environ. Nourrir l’appétit, c’est surtout ça. Manger, depuis l’adolescence, c’est toujours trop. Pénible. Mais dévorer oui. Les livres. Un choc : l’Avalée des avalés. Manger de la bouillie : nostalgie du lait et détestation de la viande. Jeûner : provoquer. Horreur des plats lourds imposés à table. Vous ne pourrez pas me cuisiner. La bouffe non. Mange ta soupe non. Celle que je préparerai plus tard moi-même avec orties blanches et pommes de terre oui. Elle n’empoisonnera l’existence de personne. Ne pas manger ses ongles. Te manger des yeux. Rester sur sa faim.
3 | mésange
Le jeune accordeur de pianos et la photographe ont trouvé au bord de la route un oisillon tombé du nid. Peu de chance de le sauver : on dit que les parents-oiseaux abandonnent le petit qu’un humain a touché. Le jeune couple décide de sauver la minuscule créature à la peau translucide. Demande conseil à un spécialiste des oiseaux. Avec une pipette, il faut délicatement forcer le passage par la gorge et nourrir la mésange avec une bouillie d’insectes. Très peu de chances pour que l’opération réussisse. Sauvetage. Quand j’ai sauté d’une voiture pour échapper au pire, c’est la voiture d’après qui m’a récupérée, transportée, confiée à ceux qui m’ont soignée avant de me relâcher. J’ai repris la route.
Mésaventure. Elle aurait pu mal tourner. Le ramassage d’un être vivant tombé au bord de la route ouvre à qui prend le risque de l’aider d’autres perspectives. La naïve kidnappée de l’époque aurait pu laisser sa peau dans l’histoire. On aurait pu ne jamais la retrouver. Mais la route sur laquelle elle est tombée en sautant de la voiture était adoucie par une pluie d’orage. Et elle est tombée sur un couple d’automobilistes qui n’a pas hésité à l’embarquer, à faire ce qu’il fallait. Dans une autre maison, l’oisillon, jour après jour, s’est rétabli. Son plumage s’est étoffé, il s’est mis à sautiller sur les épaules de ses sauveteurs, à prendre des bains dans la paume de l’accordeur, à répondre aux appels en quittant à tire-d’ailes le coin où il s’était posé.
On n’a pas le droit de garder un animal sauvage, même apprivoisé, après sauvetage. Le jeune couple a laissé partir la mésange : elle a hésité un peu sur l’appui de la fenêtre, s’est élancée comme étourdie, voletant au hasard dans le jardin, s’est enivrée de fleurs domestiques, et soudain, franchissant une frontière d’hortensias, a disparu. Tristesse et joie du couple se sont mêlés. Une semaine plus tard, la mésange est revenue sur l’appui de la fenêtre. Pas moi. Je ne suis jamais revenue sur les lieux du rapt. Je n’ai pas retrouvé ceux qui m’avaient transportée en lieu sûr. J’ai repris la route qui est devenue mienne sans demander mon reste. Pourtant, c’est bien près d’une fenêtre donnant sur des hortensias que j’écris aujourd’hui, en pensant à ceux qui sans le savoir m’ont aidée il y a longtemps à parvenir vivante jusqu’ici.
4| initiales 7
Fête sur le port. Avant le groupe qui jouera les reprises des chansons de JLM, la foule attend le feu d’artifice en discutant. De tout, de rien. Du groupe : ils auraient pu en choisir un autre. Un transmetteur de tubes du moment. Ce n’est pas ce qui manque. Et qui est ce JLM dont personne aujourd’hui n’a entendu parler ? Les organisateurs ont parfois des idées bizarres. Ils devraient savoir qu’on attend autre chose. Du connu. Du qui fait rire ou danser. L’attente s’éternise. La foule massée sur les quais pour mieux voir les reflets du feu d’artifice dans l’eau du port, se densifie. Ne poussez pas, madame, il y en aura pour tout le monde. Aux premières loges, sur les bords, jambes pendantes au-dessus de l’eau, une famille regarde les bateaux amarrés et commente les allées et venues d’une camionnette au bout de la jetée, se demande pourquoi les lumières clignotent là-bas alors que c’est l’heure du lancement. Alors que rien ne se passe à l’exception d’un vague fond sonore qui meuble un reste d’attente, une femme se retourne et demande à un petit groupe derrière elle de se taire comme si elle était au concert. Près des gros baffles jouxtant le podium, une jeune mère tatouée dit à son enfant de ne pas s’éloigner tout en portant ce qui ressemble à un manteau. Non, elle tient un bébé qui subit le mauvais réglage des basses. Une tribu de jeunes vacanciers trinque avec des verres de plastique consignés. La rumeur s’amplifie. Si ça se trouve, ils vont annuler : ailleurs, tous les feux d’artifice sont interdits. Mais non, pas celui-là, c’est sans risques : il y a la mer. Claquement, comme un coup de canon. La foule dans un grand ah exprime sa satisfaction et toutes les têtes se tournent vers les rosaces, les sifflements d’étoiles vite éteintes, les spirales provisoires sur fond de claquements, on pense quelque part aux armes des guerres et c’est le bouquet. Applaudissements. Dispersion. Déplacement de quelques-uns vers le podium latéral. Le groupe lance le premier air si je devais manquer de toi… Des profondeurs de l’océan… Autres chansons. Petit à petit, chacun s’éclipse. Je reste là. Seule. A l’écoute.
5| répétition
Le début du livre | les mots du début du livre | la répétition des mots du début du livre| l’origine de la répétition des mots du début du livre| le sens de l’origine de la répétition des mots du début du livre | l’ivresse du sens de l’origine de la répétition des mots du début| la raison de l’ivresse du sens de l’origine de la répétition des mots |