#été2023 #11 | an eye for an eye and a tooth for tooth

Avant de raconter la vengeance œil pour œil dent pour dent il faut parler de l’homme qui attends à côté d’elle alors qu’elle, elle attend le bus. Alors qu’elle feint de l’attendre plutôt, alors que celui qu’elle attend c’est lui, celui dont elle sait qu’il finira par arriver au volant de sa voiture et de lui proposer de monter, puisque le bus, lui, elle le sait, n’arrivera jamais. Mais il faut revenir à  l’homme qui attend à côté, et qui attends ce bus tous les jours à la même heure, l’heure du dernier passage, l’heure après laquelle si le bus n’est pas arrivé il n’y a plus rien pour l’amener là où il doit aller. Le petit homme dont on n’avait pas dit qu’il était petit, et qui ne l’est pas tellement finalement, peut être rendu petit car tassé, un peu replié sur lui, est un petit homme trapu et souriant qui vous parle tout le temps, sa petite bouteille cachée dans un sac en papier, et des anecdotes sur tous les pays qu’il a visité. Et ce jour là comme les autres, le petit homme lui sourit, en attendant le bus qui ne viendra pas, en attendant l’homme qu’elle attend en fait et pas le bus comme tout le monde le croit. Elle lui sourit et pense pauvre petit homme qui croit qu’il pourra prendre le bus. Pas ce soir. Il reste dix minutes avant de se rendre compte qu’il y a un problème avec le bus. Mais avant que le bus n’arrive pas, il faut parler des deux premières fois où elle avait pris ce moyen de transport là. La première fois elle l’avait pris l’heure d’avant, et le petit homme n’était donc pas là, mais elle avait noté les habitués du coin de l’œil observés sans le savoir sous son regard. C’est le chauffeur qui avait attiré son attention, le jeune homme et sa musique poussée à fond, comme si il était seul au fond, en train de se faire kiffer, en train de ne pas conduire des vieux sur une ligne de bus électrique, comme si il était encore sur l’autoroute, la nuit, quelque part fenêtre ouverte avec une fille ou avec personne que lui et la nuit, et sa musique pour aller plus loin, pour aller plus vite. La deuxième fois c’était cette même dernière heure et rien n’avait vraiment été marquant. Elle avait juste regardé se dérouler le boulevard bruyant en se demandant quelle heure est-il maintenant ? La troisième fois c’est aujourd’hui.

A propos de Line

De métier éducatrice auprès d'adolescents en difficulté. Depuis un an animatrice en atelier d'écriture ( DU animateur en atelier d'écriture Université AIx-Marseille 2019-2020) et porosité entre ces deux espaces là qui se mélangent quelque fois, parfois plus que je ne le crois.

2 commentaires à propos de “#été2023 #11 | an eye for an eye and a tooth for tooth”

  1. On pourrait être dans « La nuit de Londres » d’H. Thomas, un peu de fantastique, un rien d’inquiétant… Ou dans « L’abonné de la ligne U » du temps de la vieille télé en noir et blanc. Très réussi.
    JM

    • Merci pour ce retour et ces références que je ne connaissais pas, ca ouvre à la découverte, merci encore !