neige

Je vous vois avec vos pioches sous cette neige qui tombe. Ombres qui fossoyez. Comme elle tombe, épaisse, lente. Balles sans poids qui vont du ciel à la terre.  Je pense à l’enfant dont le cœur a gelé ; toujours il passe avec la neige. Trait de conte, souvenir fugace et inapproprié. Morts à peine nés qui revenez avec la neige. Et vous dans cette rue devenue mutique. Je vous regarde fossoyer. La chaussée est ouverte, ces tranchées vous les avez creusées. Je vois vos mains, je vois vos visages et vos mains roides. Je vois le froid sur votre peau et le froid pénètre mes os. Il y a ce plateau rond que je vous tends où se serrent des tasses, ce café chaud, amer, très sucré  que je vous apporte;  nous le partageons dans la neige. Nous ne parlons pas. Nous avons chacun nos langues et nous avons nos morts. Quand je referme la porte  celle qui fut rouge, les tasses tintent sur le plateau.

Reprenons c’est un matin. Il neige. L’équipe que vous formez est au travail. Il fait nuit dans la rue T.  Je ne dors pas — l’enfant pleure ; je la nourris. Elle dort à présent contre mon épaule et je déambule dans la pièce avec elle. Dans le cou de l’enfant il y a ce parfum; sous les mèches humides le sillage de sueur et de nuit.  La blancheur soudaine me surprend, ces flocons gros comme des fleurs de coton ;  ils tombent. En avril on cherche la blancheur des cerisiers en fleurs, pas la neige. En contre bas, il y a ce remuement de pelles et de pioches. Je couche l’enfant. La rue devient mutique. Il faut que je regarde si vous êtes encore là — l’image de l’enfant sur le traineau — La reine des neiges est un conte que je lis encore quelques fois, ce garçon dont le cœur gèl… on entend les grelots du traineau traverser le village. L’image de l’enfant revient avec la neige.  Qu’une larme chasse le fragment de miroir entré dans l’œil de l’enfant et il sera sauvé. Sauvé ? ­­ — J’entrouvre la fenêtre vous êtes une dizaine sous cette neige qui tombe. Vous ne creusez plus; la fumée de vos souffles dans l’air glacé nimbe les visages. Le travail reprend. Plus lent ; engourdi par la neige…

A propos de Nathalie Holt

Rêve de peinture. Pose et dessine à la Grande Chaumière. Entre aux beaux arts avec un dossier fait la nuit. Rôde à la Sorbonne : trois ans de philosophie. 1981 premier décor de théâtre. Se prend au jeu. S'appuie sur la mémoire des studios et plateaux de l'enfance. Vue rétrospective et oblique. Enfant de la balle. Apprend son métier sur le tas. Ne peint plus que des maquettes ou des murs plus hauts qu'elle. 30 ans de théâtre. Se promène avec un appareil photo, argentique puis numérique, tout en manuel, sans technique.

8 commentaires à propos de “neige”

Laisser un commentaire