#mardis #03-1 | Histoires d’escaliers

Brouhaha et pas précipités. La voix de la maîtresse invite à faire attention. Les marches de béton carrelées. Les murs gris clair, les fenêtres, une par palier. On entend la lourde porte du rez-de-chaussée claquer entre les groupes d’enfants. Un lourd battement souffle à chaque va-et-vient. Les petites mains agrippent la rampe de métal peinte en gris plus sombre que Continuer la lecture#mardis #03-1 | Histoires d’escaliers

#rectoverso #15 | Les jambes et le rêve

  1. Une jambe restée à quelques centimètres de la mienne.
  2. Sa jambe.
  3. Faute de frappe : sentimètre. Sentiment du centimètre.
  4. La couleur rouge comme leitmotiv : voiture, chaussures, parapluie, fil.
  5. Nulle coloration politique.
  6. Nous irons courir et nos jambes ne se toucheront pas.
  7. Écrire la scène suivante, celle où les jambes se touchent enfin, ce serait tout gâcher.
  8. Il est peu question de jambes dans la littérature. Rien ne revient. Je triche.
  9. Henri Michaux, Les Rêves et la Jambe : « La jambe est intelligente. »
  10. L’intelligence de sa jambe dans la voiture, restée à quelques centimètres de la mienne, a été de calculer exactement la distance : trop près, c’est un point de non-retour ; trop loin, c’est un rejet.
  11. Le langage de la jambe. En miroir : le jambage de la langue.
  12. D’abord leurs jambes se touchèrent, puis leurs langues.
  13. Nous parlerons la même langue quand nos jambes se toucheront.
  14. Le danger de l’écriture des jambes, ce serait de céder à la partie de jambes en l’air et ce serait écrire en l’air.
  15. La jambe en terre, la chaussure au bout de la jambe, la jambe toujours double.
  16. Je ne me souviens pas de ses chaussures, trop occupé que j’étais à regarder ses jambes.
  17. A-t-elle remarqué mon œil posé sur ses jambes ? Discrétion voulue, nécessaire, impossible.
  18. Ma tache de beauté, sur le haut de la cuisse, se cache. Ma beauté se cache. Je me cache. Sur sa jambe, il y en avait une petite, de tache de beauté, mais ce n’est pas la taille de la tache de beauté qui fait la beauté.
  19. Qu’est-ce qui fait qu’une jambe est belle ?
  20. La voix de papa : « Ça me fait une belle jambe. »
  21. À l’enterrement de son père, pendant qu’on s’avançait dans l’allée pour les honneurs, Georges Brassens chantait La mauvaise réputation.
  22. Avec son père, en Thaïlande, elle a mangé une fondue sur la plage.
  23. Mon père n’a jamais mis les pieds en Thaïlande. Il a peu voyagé : un safari au Kenya et ces deux semaines en famille entre Réunion et Île Maurice.
  24. Voyage de noce en Autriche : ils reviennent sur les lieux (Vienne, Salzbourg) quarante ans plus tard.
  25. Une croisière sur le Danube, leur dernière.
  26. Elle, c’est le bras qui lui manque, puis ce sera lui qui manquera.
  27. Il plaisantait sans cesse à propos de ce bras.
  28. « L’agriculture manque de bras. »
  29. « Tu es mon bras droit. » (c’est lui qui lui manque)
  30. Aujourd’hui, elle portait un habit rouge, le haut.
  31. Jambe rouge : un titre ?
  32. Le rouge symbolise tout et son contraire : l’amour, la violence, la Révolution.
  33. Les contraires s’attirent.
  34. Son haut, le jour de la jambe, était vert, couleur complémentaire.
  35. Mes yeux, verts aussi.
  36. Ses yeux, bleus.
  37. La scène des jambes dans la voiture, dans un film en noir et blanc, pour éviter de se prendre la tête sur la symbolique des couleurs.
  38. Le rouge et le noir.
  39. Quelque chose de la passion romantique mais en devenir.
  40. Les quatre jambes s’entremêlent, blanches, sous la carrosserie rouge.
  41. Les quatre yeux s’entreregardent, vert-bleu.
  42. Il ne faut pas trop raconter ce qui n’a pas eu lieu, de crainte d’épuiser tous les possibles avant même qu’ils ne se réalisent.
  43. Tout reste possible.
  44. Un millimètre puis rien.
  45. Consolider et accélérer le tempo, cela vaut pour tout : la clarinette, la course, l’amour.
  46. Ne pas trop accélérer.
  47. D’abord consolider.
  48. Quand sait-on que c’est solide ?
  49. Solide sur ses jambes.
  50. Sur nos jambes.

#rectoverso #PS | violence

Je repose le livre avec le visage déformé. Mon oreille a doublé de volume. Un filet de sang s’échappe en silence des commissures de mes lèvres et vient perler sous mon menton, au rythme d’un goutte-à-goutte sur mon tee-shirt autrefois blanc. Mon front est couvert d’égratignures comme si j’étais passé à travers un buisson de ronces la tête en avant. Continuer la lecture#rectoverso #PS | violence

#rectoverso #PS | post-scriptum : spirale, tourbillon et nuage

Spirale ouverte à l’infini. Projet ou plongeon ? écrit SB dans un commentaire à #15.Tourbillon, plongeon la tête dans les nuages, projet pour tout accueillir photos, peintures, carnets, collages, poèmes, podcast, une sorte de bibliothèque géante, de fresque des références amassées. Pas pour illustrer avec des images décoratives, mais pour nourrir, épaissir, se mêler à la narration, nourrir l’élan du Continuer la lecture#rectoverso #PS | post-scriptum : spirale, tourbillon et nuage

#rectoverso # PS | naissance

Quand le corps semble s’éteindre, on ne sait plus très bien où l’on est : un courant entraine l’être vers le large et pas question de lutter contre. Cette nuit-là, c’était le déroulement d’une voie rougeoyante cachée au fond de l’impasse : j’étais trouveresse depuis longtemps mais j’avais fait fausse route et oublié les prochaines retrouvailles, lesquelles n’étaient peut-être qu’une Continuer la lecture#rectoverso # PS | naissance

#rectoverso #PS | Le plein du vide

LE PLEIN DU VIDE Arudy est en fête. Un sculpteur sur la friche près de Pelecq taille dans la pierre bleue. Ce qu’il taille on ne sait pas. Personne ne le lui demande. Un pacte de silence. On laisse venir. Il creuse, dessine, palpe, caresse, tape, rudoie. Il s’interrompt, fronce les sourcils l’œil songeur. Il s’y replonge. Les foodtruck stationnent Continuer la lecture#rectoverso #PS | Le plein du vide

#rectoverso #PS | Mow et la mer

Tiens, Mow, ta godille, cinq mètres quarante-deux, comme l’ancienne, j’ai un peu diminué la taille de la pelle, du déplaceras moins d’eau, mais tu le feras plus vite, ça devrait pas être trop mal pour toi, pour ton épaule. Tout en frêne, du vieux frêne, séché là derrière, tranquillement, elle bougera pas. J’ai pas mis de fourrure en cuir, pas Continuer la lecture#rectoverso #PS | Mow et la mer

#rectoverso #PS | L’autre porte

Il se tient sur le seuil de la porte. Chacun d’un côté de la porte. Elle se tient sur le seuil de la porte également. Derrière elle, le grand couloir vide où se hérissent les clous sans tableaux, comme des échardes. C’est étrange, il est près, très près et il a l’air loin. Il vacille légèrement sous son regard, et Continuer la lecture#rectoverso #PS | L’autre porte

#rectoverso #PS | Gardienne et guérisseuse

Tu es arrivée hier soir en diligence à Tours. Et ce matin, tu t’es perdue dans le dédale des couloirs de l’Hôpital Général de la Charité. Quand tu franchis la porte de la salle qui accueillera vos cours, toutes les élèves ont déjà choisi leur place et tentent de rester debout et silencieuses devant leurs tables. Elles cherchent en vain Continuer la lecture#rectoverso #PS | Gardienne et guérisseuse

#rectoverso #PS | dans la lumière des cuisines

Ça m’a saisie en entrant dans la salle du musée du Jeu de paume, j’ai vu la faïence jaune pâle des murs de la cuisine de Jeanne Dielman, j’ai vu Delphine Seyrig, la bassine d’eau, les pommes de terre. Me revenaient les meubles, les motifs du papier peint, des rideaux et du fauteuil, les couleurs familières. Me revenaient les visages, Continuer la lecture#rectoverso #PS | dans la lumière des cuisines