#visage

Ce serait une ampoule avec la dualité de l’ampoule ; allumée, on aperçoit une aura qui dépasse de l’abat-jour ; éteinte, on passe à côté, rien à dire, c’est terne, un peu poussiéreux. On peut la secouer cependant, elle n’a pas de grelot et les filaments sont bien accrochés.

Petits yeux énigmatiques empruntés à une autre espèce, peut être un poisson pêché en atlantique nord, ceux que l’on présente sur un long plat à poisson, à moins que ce ne soient les yeux de pigeons, ronds comme de boutons et qui ont l’air de ne se fermer jamais. Des yeux dont on ne se rappelle pas la couleur, là n’est pas la question, mais ils scrutent, pointent, accompagnent, balayent, époussettent, tordent.

Un sourire comme une fente de lumière sous la porte, sous les lèvres minces, un trait de pinceau chinois.

Où on retourne à une tête lambda, celle d’un mannequin de chiffon en tissu blanc recouvert d’un bas. L’effacement des traits, des rides. Une tête sans cheveux, ce n’est pas nécessaire juste au pinceau les yeux, la bouche, c’est suffisant pour son usage.

Une tête représentative du bourgeois à la Sempé, qui ne cherche pas à attirer l’attention. Est- ce que  cet échantillon va disparaître, faut- il la conserver dans un musée d’histoire naturel ?

Pourrait porter la perruque du neveu de Rameau, poudré de blanc ou de gris ou le bonnet de velours.

Puisque on est passé par la perruque, il n’y a plus qu’un pas pour le tailler dans la pierre, en buste ou médaillon, pas pour le profil grec, mais comme l’aboutissement d’une vocation, l’architecture d’une vie, à côté de ceux qu’il a toujours servi, dans l’humilité, et l’effacement.

Un visage en ponctuation, en respiration, avec juste les outils donnés, il suffit.

Il paraît que les masques sont le regard du corps. A partir du moment où un visage est masqué, le corps prend la place du visage et le masque en devient l’oeil. Alors ce visage est un œil, et on revient à l’ampoule du départ.

Un visage de lycéen attardé, petit gars de l’école des frères, peut être janséniste …un peu un homme de robe.

 Un blasphème sacré. 

Un œuf avec un chapeau et un costume, un écran lisse pour rendre les auteurs plus lisibles.

Le front vulnérable comme une fontanelle de bébé qui serrait descendu sur le triangle du front, vivant et vulnérable, un puits  abyssal 

A propos de Hélène Boivin

Après avoir écrit des textes au kilomètre dans un bureau, j'ai écrit des textes pour des marionnettes à gaine et en papier. Depuis j'anime des ateliers d'écriture dans des centres sociaux et au collège. J'entretiens de manière régulière ma pratique auprès du Tiers-livre.