On se dit qu’on aimerait toujours ne lire que les pages de droite qui semblent si naturelles à l’oeil, et ne plus faire le saut de gauche à droite – sens de lecture– que sur une même page; d’autant que les pages de droite, ne subissent pas autant que celles de gauche – les paires-, déformations et ombres portées plus ou moins prononcées suivant l’épaisseur du livre. (celui là que je tiens épaissi de sa double langue )
Les pages de droite de ce livre, les paires, ne sont pas blanches, elles portent, à quelques détails, près le même nombre de lignes et de caractères que celles de la page gauche; comme des jumelles monozygotes, qui bien que réunies sous la même couverture, ne parleraient pas la même langue.
L’oeil avance sur sa droite, file, vibre, tremble puis s’arrête, se suspend pour revient sur ses pas en sautant à rebours d’une page vers l’autre ; il plonge à gauche dans l’autre langue; la langue native, qu’il l’entende ou ne l’entende pas, il relit à haute voix en s’appuyant sur son index, trébuchant, ânonnant, balbutiant, et tente de s’approcher d’un mystère – (celui de l’origine?)
Une couverture bicolore blanche et bleue, des corps de lettre très contrastés pour inscrire le titre dans ses deux langues – celui de la version originale exagérément grossi en ocre sur bleu devenu graphique. Dans la partie bleue, la partie inférieure de la couverture, les marques d’usure dues aux ouvertures successives – cassures verticales très fines– sont par contraste beaucoup plus lisibles que dans la partie claire; les pages intérieures ont jauni, terre d’ombre naturelle plus foncée sur les bords. Au milieu du livre un cahier présente des archives photographiques commentées –non bilingue cette fois– l’image 14 est une ferme de Lafayette County : une vache broute devant une baraque de planches brutes, quelqu’un en ombre qui a les bras levé surgit dans la partie inférieure de l’image.
Penser au livre comme a une succession de surgissement
Le livre se compose de chapitres de longueurs variables qui tous portent le prénom d’un personnage – et certains se répètent. Page 196 et 197, en milieu de page, parmi les mots, est reproduit le dessin d’un cercueil; les dessins, comme les prénoms en tête de chapitre, sont point par point identiques dans les deux langues.
(« Un petit dessin vaut mieux qu’un long discours » disait mon père qui était né à Quincy en Floride… et ne parlerait qu’à peine sa langue paternelle; et reviendrait des camps de la mort pour cette capacité à tenir en dessins; il n’aura jamais lu ce livre. Je n’ai pas pu lui en parler je ne l’ai lu qu’en décembre dernier; comment et quand le cercueil a–il voyagé jusqu’ici )
– Impression Bussière à Saint Amand sur Cher, le 10 septembre 1990 Numero 2054
Folio
Un commentaire à propos de “#livre #01 (2) | ne lire que des pages impaires”
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Te lisant je pense au Tandis que j’agonise bilingue qui n’en finit pas dans les strates inférieures de ma table de chevet. Je pourrais effectivement n’en lire que les belles pages et arrêter de me la raconter sur Faulkner dans le texte… Un petit coup de pied au cul salutaire en quelque sorte. Merci Nathalie. Et aussi pour cette histoire de ce qui tient (ou non) en dessin…