
C’est comme la lumière d’un phare à éclats, comme le phare de Chausey que je vois depuis mon lit quand je vais passer la nuit chez J., elle me garde toujours ce petit lit, installé sur le palier, pas très confortable, mais avec la vue sur le phare à travers la grande fenêtre du milieu. Lumière, ombre, lumière, ombre. Juste ce pinceau de lumière qui n’éclaire pas l’ensemble, qui ne permettrait pas de retrouver les contextes, de se raccrocher au bord, ou bien à autre chose. Des souvenirs qui viennent, puis repartent, puis reviennent, à fréquence régulière. Pas aussi réguliers que les signaux d’un phare, régulièrement quand même. À chaque fois ramenés par le même hameçon. Je parle de phare parce que c’est une histoire d’île, une histoire de mer, ramenée par la mer. Une histoire qui n’était pas pour les enfants, mais lue par une enfant : je devais avoir sept ans, peut-être huit, au plus dix. Une histoire en anglais. Depuis que je lis en français, et presque uniquement en français, tout ce qui est en anglais ça me paraît si loin, rangé dans une autre pièce et dans une autre armoire dont je n’aurais plus la clé. Ça ne me chagrine pas cette histoire de l’anglais devenu étranger, au moins rangé ailleurs que dans ma vie de maintenant, pour cette histoire-là, la langue ne me semble pas avoir tant d’importance. Pourtant, c’est elle qui brouille mes moyens de recherche. Là j’exagère un peu, l’anglais je ne l’oublie pas, je m’en sers encore souvent, pour certains mots d’ailleurs, je ne peux pas me passer d’un sens particulier alors quelle que soit la langue du reste du texte, ou de la conversation, ce mot-là sera dans une langue précise, pas moyen de changer, de traduire de trouver un équivalent, une façon autre de dire. C’est peut-être aussi ça qui m’empêche de retrouver cette histoire de bateaux, de lumière et d’île, une histoire si forte qu’en refermant le livre j’avais eu l’impression que ma peau était toute blanche, toute couverte de sel, humide et froide. Et c’est bien le seul livre qui ne m’a jamais fait ça, au moins à ce point-là, une impression d’y être qui aurait été plus forte que d’y être vraiment, l’impression de faire partie de la scène, comme un arbre, un caillou, un oiseau, pas comme une spectatrice qui aurait trop sûrement modifié toute l’histoire. Une impression d’humide comme celle qui vous recouvre le soir quand le jour tombe et que se lève la nuit, une impression poisseuse d’humidité collante, d’humidité salée. Une impression comme ça, en lisant un bouquin, je ne l’ai plus jamais eue, mais pas moyen quand même de retrouver le titre et encore moins l’auteur. Parfois je me dis c’est ça quand le pinceau du phare passe sur les premières lettres de ce qui pourrait faire titre ou encore nom d’auteur. Et puis finalement non, le phare va voir ailleurs, en emportant l’idée. Parfois je doute un peu, ce n’est peut-être pas un phare, simplement une balise, peut-être pas un livre, simplement un article lu dans un magazine. Ça me reviendra sûrement
Codicille : M., anciennement Mow. J'aimais la symétrie du nom de cette personnage mais le côté bovin, ou ovin me semble trop présent. Elle me sert de personnage quand il en faut une ou un dans les propositions d'ateliers, je la côtoie depuis tellement longtemps, qu'un jour, c'est sûr, elle sera capable d'écrire sa propre histoire ;-)
Et si vous avez une idée de ce que pourrait être ce livre qu'elle recherche désespérément, M. et moi sommes toutes les deux preneuses !