autobiographie véhiculée de ma voix qui pleure#02

passe la montagne le soleil ce jour nouveau, le nom de la montagne, les noms de chaque montagne falaise et barre, cette route, le pont de nann, quelqu’un est mort ici, nouveau jour, le trousseau allégé ne tintera pas, le Continuer la lecture autobiographie véhiculée de ma voix qui pleure#02

autobiographies #02 | Ezékiel écrit à la BnF


Ês est né dans un texte. Un texte co-écrit. Il a très lentement émergé dans la réalité sensible. comme dans une peinture à l’huile, à la manière d’une pose successive de glacis très fins. Pour le moment il n’en est pas sorti et ne peut pas franchement l’envisager. À la limite, cela le protège des dégâts. Ceux de l’interruption soudaine et violente de cette création à deux. Ês n’avance donc pas non plus. Il faudrait parvenir à l’extirper doucement en suivant, surtout, son rythme respiratoire.

Judith a une chevelure sèche et feu 
Dame de cœur, elle tranche aussi les têtes à l’épée
La souffrance ne cesse de fendre
Fidèle ferme définitive
Ne pourrait-elle, par moment, aller inciser ailleurs ?
Elle la femme elle la souffrance

Véra adore la pluie. Mais à cet instant-là, l'ondée est loin d’être un bel éloge à l’ennui ou au suspendu. Elle n’est pas non plus ce manque de bol au moment de sortir ou considération complaisante sur les complexes forces de la nature. À cet instant-là du soir, elle est diluvienne. Elle dure. Fait franchement douter de tout. Quelque chose du monde, du climat a changé et se manifeste frontal et furieux. On a peine à croire que le ciel soit un tel réservoir. Véra pense que c’est comme la montagne, qu’elle peut prendre en traître derrière ses beaux attributs. Du haut de son tout petit appartement, fenêtre ouverte, elle perçoit un étrange silence de la cité, derrière le crépitement des milliers de fils tendus d’eau. Le silence de la désertification. Évidemment il pleut. Évidemment ils sont tous sous les toits qui protègent. Elle y compris. Elle observe l’Opéra rose et la petite place beige lisse qui lui fait face. Elle se dit que toute ces trombes sont en train de percuter les montagnes de poubelles des petites rues de la ville parce que les éboueurs sont en grève. Elle est ravie et pense au Seigneur des porcheries. Elle se dit aussi que ces longs filets nylons d’eau continus sont en train de faire du bien à la nature. Et de nettoyer la ville et tous ses trottoirs de jaune pisse.
 
Ariane est assise dans la toute petite cuisine. Face à la fenêtre grande ouverte. Lumière blanche en tranches. Elle a le carnet bleu marine entre les mains. Elle regarde silencieusement. Tourne les pages. Fume. Elle caresse le papier de son annulaire et pointe les réserves qui creusent la représentation des feux. Les blancs piquent percent poignent les noirs. Elle nomme « brèches ».

L’infirmière qui n’a pas de prénom sur sa petite poche de blouse et qui va faire la prise de sang demande d’un coup :                                                                                                   - «  la date des dernières règles ? »                                                                                  Pour Diane: étonnement et surtout incapacité de répondre. Flou. Perte temporelle. Faire marcher son cerveau et regarder les images mentales de son agenda. Les pages. Les colonnes de temps. Combien ? Bien voir le semainier. Le tableau des mois. Mais quel mois sommes-nous ? Ça fait combien ? Il faudrait l’objet agenda, où est le petit agenda gris ? Dans son sac ?                                                                                                                     - « Je ne sais pas ». « D’ailleurs c’est pour cela que je viens. Il y a peut-être trois mois. »     
- « Ça fait début août, ça vous parle début août ? »                                                  L’agenda. Le petit gris. Le semainier. La marque horizontale rouge de 4 millimètres en haut près du numéro, au stylo bic. Le quatre couleurs. Combien de pages à tourner vers l’arrière depuis aujourd’hui pour tomber sur l’indicateur ? Je l’ai vu pourtant il n’y a pas longtemps. D’ailleurs le petit ruban satiné qui sert à marquer les pages est rouge lui aussi mais il est toujours fichu au hasard. Impossible de compter dessus. Le couper en fait. Retrouver quel jour on est d’abord. Quel mois. Quel mois on est. Je ne sais plus. Alors les règles, je sais encore moins. J’ai des proportions en tête. Des portions. Des quantités vagues de temps. Des approximations. Tout le temps. Tout ce que je sais, c’est Janvier. Janvier la déflagration. Tout ne se compte plus que depuis janvier. Je sais Janvier. Je suis en Janvier. Mon temps égale depuis janvier. Le reste est une confusion conne et continue.                 
- « Je ne sais pas. »                                                                                                                                       - « Bon on met début août ? »                                                                                              - « Si vous voulez. »

La femme docteur demande :                                                                                               - « À quel âge votre mère a-t-elle été ménauposée ? »                                                          - « Je ne sais pas. »                                                                                                        Diane pense : je n’ai pas envie de demander à ma mère quand elle a été ménopausée. Je l’imagine tout de même en faisant fi de mon ressenti parce que objectivement, il pourrait être normal de demander quand sa propre mère a été ménopausée. Normal sauf que la réalité du lien à ma mère n’envisage pas un tel degré d’intimité et que je ne souhaite pas savoir son corps. Je l’imagine tout de même par un sms qui dirait: « pardon maman de te poser cette question mais te souviens-tu de l’âge auquel tu as été ménopausée ?».          Je me souviens que lorsque nous habitions A, je devais donc avoir un certain âge, elle disait, en lien avec cette progressive disparition hormonale : « j’ai mal à la têêêêêêêêêêêêêêêêêêêêêêête ». Je me souviens parfaitement de l’intonation qui montait et montait et montait pour s’achever à la cime en une sorte de bruit déchiré aigu, suspendu à la souffrance, puis avalé. C’était si violent qu’elle en vomissait. Si je vivais là-bas en telle année, peut-être pourrais-je a minima pointer la fourchette de temps contenant la réponse. Je tente. Je n’arrive pas à calculer les années. C’est une soustraction simple mais très compliquée. Le médecin la fait en même temps. Je parais bête. Il y arrive. Mais cela ne me parait pas juste. Je ne sais plus le temps. C’est comme compter une grande matière molle. Je suis Janvier.

Diane pense à celui qui a appuyé sur le bouton. À le retrouver et à lui dire : « depuis que tu as pressé, je n’ai presque plus de règles ». Tu vois, mon corps s’est arrêté. À Janvier. Quand on est blessé, normalement on saigne. Moi pas. Tu vois, ça ne coule pas.

Deux jours plus tard, le fichier numérique du résultat des tests sanguins est ouvert. Diane est dans un café. Il mentionne le taux-repère normal, celui de la femme enceinte, celui de la femme pré-ménopausée. Diane associe ses chiffres aux écart-types et comprend que tout est normal. Elle n’est ni enceinte (ça elle le savait déjà) ni en pré-ménopause.                  
Elle est normale.                                                                                                                 Elle est en janvier alors qu’il est novembre. C’est tout.

autobiographies #01 | autobiographie véhiculée de ma voix qui pleure

… la première fois que, et ne vais pas aimer ma voix, ce qu’il en restera, bruits de moteur de soufflerie du chauffage de grincements plastique contre plastique et le sifflet continu air vif vitre entrouverte, toujours, entrouverte – les Continuer la lecture autobiographies #01 | autobiographie véhiculée de ma voix qui pleure

autobiographies #02 | en passant

Luc Luc exposait dans l’auditorium de la médiathèque, lieu feutré. Il s’était habillé avec soin, artistiquement. Il y avait un monde fou venu voir l’expo et le rencontrer. L’installation vue-débattue, les invités, les officiels, Luc nous dirigions vers le buffet. Continuer la lecture autobiographies #02 | en passant