# P3 I Avaler … ou pas !

Avaler d’un trait la lumière de l’aube ; avaler une bouchée de paysage, une gorgée de nuages et une lampée d’écume ; avaler à la hâte toute honte bue ; avaler à contre-cœur un zeste de rancune ; avaler avec application la nomenclature de la chimie organique ; avaler avec avidité le dictionnaire amoureux des dictionnaires ; avaler avec difficulté le nom des volcans islandais ; étancher Continuer la lecture# P3 I Avaler … ou pas !

#P2 Legs de galets

Petits galets, galets tout ronds, galets si lisses qu’on les dirait sucés par la bouche d’un enfant, léchés par la langue d’un géant, galets salés, galets bonbons, galets tout doux, galets velours, galets pointus, galets baroques, galets massues. Galets inertes, juste posés, entremêlés, enfouis, galets charniers, amoncelés. Galets roulés, tourbillon d’eau, de mousse, d’écume, de blancheur, de choses qui glissent Continuer la lecture#P2 Legs de galets

#P3 Manger

Manger tous les jours, le matin, le midi, le soir. Petite il y avait aussi le quatre-heures, une habitude que j’ai perdue. Manger plutôt assise devant une table, les jambes décroisées, les deux pieds stables sur le sol. Si la table est haute, comme un comptoir, les deux pieds posés sur la barre du tabouret. Manger dans une assiette plate Continuer la lecture#P3 Manger

#P3 | instants de café

La main encore molle de sommeil, les doigts qui s’ouvrent à peine convoquent une force naissante et empoignent le manche de la machine à café expresso manuelle. A deux mains, enlever le café de la veille avec une baguette, se soumettre à l’épreuve de la poubelle, doser deux cuillères rases pour un café double, ré-emboîter le manche, le serrer, tourner Continuer la lecture#P3 | instants de café

#L3 QUATUOR

Ils sont entrés, un par un. Je les connais tous. Celui qui me paye toujours un café. Il me dit « salut  le Boss, aujourd’hui c’est ton jour.. et j’ai le café . Il me dit l’autre jour en me tendant les clefs de sa voiture, « Va me la déplacer elle gène » et l’autre fois j’ai joué le chauffeur de maitre Continuer la lecture#L3 QUATUOR

#P2 | Le mâle à la racine

Humus, sol, feuilles, feuilles de chênes, de hêtres et l’if, t’en souviens-tu ? If… « Tu seras un homme, mon fils ». Mowgly, petit d’homme. Panthère, panthéon, tout, tout en feuilles, tout en terre, toutes en poudres, noires, brunes, lourdes, ces poudres. Humus. Odeur de l’eau, de la terre, des racines, blanches, ivoires, pilées ; rongées, manger par la racine, le mâle Continuer la lecture#P2 | Le mâle à la racine

#L4 | Intermède – Quelques livres

De Navet, linge, œil-de-vieux (Jacques Jouet) : le temps qui passe et ratatine, le navet surtout. Les variations, l’épuisement du sujet, aller jusqu’au bout et tout tenter pour garder la trace de ce qui, sans les mots, aurait été oublié. D’Exemplaire de démonstration (Philippe Vasset) : le tour de force, malin, et l’impossibilité qu’il y aurait à continuer à raconter Continuer la lecture#L4 | Intermède – Quelques livres

#L3/ principe Vardaman + codicille

Je l’ai reconnu tout de suite, d’accord il a pris du bide, des rides, mais ce regard froid, toujours le même. On a été prévenu. De toute façon, jamais oublié. Même pas besoin des vieux magazines qui pourrissent entre l’humidité et les rats de la cave. Et puis, un qui débarque sans bagage, entre sans consommer rien qu’une bière de Continuer la lecture#L3/ principe Vardaman + codicille

#P3 | Communion

Les flocons s’éparpillent au centre de la casserole : un petit tas farineux. Le lait ou l’eau. La mixture chauffe, prend, du fait de la présence de l’amidon, une texture gélatineuse. La masse gonfle, de grosses bulles éclatent en surface, gluantes. Elle refroidit, se contracte, se durcit. La cuiller pénètre dans la matière crémeuse. Portée bien haut, elle laisse échapper Continuer la lecture#P3 | Communion

#L3 | Paroles de pluie

Nous n’avions pas prévu cette pluie, pourtant bien avertis qu’ici le temps change en un rien de temps. La pluie c’est que de l’eau il disait toujours le père, ça sèche. De la chambre, belle vue même par sale temps d’ailleurs — c’est beau — le ciel fronce les sourcils en silence. Confortable, douillet, chaleureux ce salon — le simple Continuer la lecture#L3 | Paroles de pluie