#L12 | laisse béton

Le réel t’écrase comme un bloc de pierre, une chape de béton dans une mer de béton.

À faire des gestes de béton.

Que faire de ce faire et de la préposition qui accompagne ? Qui est-il ce personnage fait de béton ? Un personnage de la maison, non pas en béton mais faisant des gestes de béton, c’est-à-dire enlisé, englué, embourbé dans un quotidien qui fracasse et qui sclérose toute issue de vivre. Terrible matière le béton ? Pas si sûr…

À faire des gestes de béton.

Le béton est un assemblage de matériaux de nature généralement minérale. Mais de quelle nature sont des gestes de béton ? Car tout se joue dans cette compacité, dans cette tension (de l’infinitif) employée comme liant. Comme béton de faire.

À faire des gestes de béton.

Tout s’est figé dans le béton. Mémoires passées au tamis d’injection du mortier. Et se dire une fois encore : c’est toujours quand on commence à pouvoir les nommer que les choses disparaissent.

À faire des gestes de béton.

Qu’est cette phrase sans le corps du texte qui l’enserre ? Quand les gestes de béton qui se formaient dans les bas-fonds deviennent des mots, une phrase justement, et échouent sur la page, dans la bouche. Toute seule cette phrase – ce béton – prend possession de la page, de la bouche et du cœur. Elle pèse son poids cette phrase, sans quoi elle ne serait pas tracée sur un post-it.

À faire des gestes de béton.

Enjamber cette phrase comme un soubassement. Socle sur lequel reposent les strates minérales des phrases à venir, ouvrage de brique ou de béton. Souvenirs de personnages affreux et froids. Enfermés dans ce qui pouvait être de la pierre, pour ensuite supporter la matière rugueuse et givrée du béton. D’autres gestes encore à écrire. À faire par intermittences. Et peut-être buter dans du gravier en essayant d’enjamber le mur qu’est cette phrase.

À faire des gestes de béton.

L’important serait de garder cette phrase secrète, comme une flasque au fond des poches. De toute façon ces phrases-là ne s’expliquent pas. Il faudrait toujours avoir le verbe sur le bout de la langue.

A propos de Camille C. Bréchaire

Homme tendance capillaire cherche garde-fous pour affiner son projet d'écriture et mettre définitivement les mains dans le cambouis. Dialogues et interactions fortement espérés. Trop sérieux s'abstenir. Ou alors bon qu'à ça c'est selon. Enseigne aussi les lettres dans un lycée en Charente Maritime. A eu la chance de collaborer avec différents auteurs pour des ateliers d'écriture (Emmanuelle Pagano, Eric Pessan, Valérie Rouzeau, Jacques Jouet...). Trublion aux Fleurs du Bad, émission littéraire pas sérieuse du tout, sur Radio Campus Bordeaux. Anime parfois des rencontres avec des écrivains. A joué dans le groupe de rock alternatif Jetty Vertigo.

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