Les boîtes à livres ont du vague à l’âme. Les chiens du quartier lèvent la patte sur elles, les pigeons veulent forcer leurs portes. Froissement des livres dès leur arrivée que l’on a déménagés malgré eux. Désinvolture jusqu’à leur nom. De la bibliothèque des livres où ils étaient traités avec bienveillance, ils échouent à la boîte à livres. Encagés dans des espaces où ils subissent les chaleurs extrêmes, les pluies bondissantes, les vrombissements des voitures. Hors champ d’un coup, ils se retrouvent là et ne tardent pas à voir leurs pages gondolées ou éventrées ou en éventail. Les polars, les qui nous incitent à garder la forme. Surtout. Comme si tout le sang lu, tout le bien-être bu jusqu’à la nausée devaient s’apprivoiser, s’entraider désormais. Dans la boîte à livres, les livres rincés, essorés tuent le temps en mordant la poussière.