A propos de Marie-Caroline Gallot

Navigue entre lettres et philosophie, lecture et écriture.

#P5 | Point corps.

Point effleuré. Point fleur. Point de soi. Pointe de soi. Lieu si minuscule qu’il n’existe pas sur les cartes corps. Passage permis, bref mais retentissant. Corps perdu retrouvé, ramassé, retendu, revenu, depuis l’unique point enfin remué. Doigts furtifs, déjà disparus, qui laissent après leur départ les traces du passage, appliqué et précis. Paradoxe de la durée. L’instant se fait écho Continuer la lecture#P5 | Point corps.

#L3 | Chemise blanche

Voisine.
Sa chemise est repassée. Je me demande si c’est lui qui repasse ses chemises. Oui ça se fait. Des hommes. Maintenant. On aurait pas eu idée. Impeccablement. Méticuleusement. De la même façon qu’en ouvrant le verrou, comme pour ne pas l’abimer. Venir ici en chemise blanche repassée, boutons de manchettes et tout. On n’aurait pas idée. J’ai mal aux jambes, l’infirmier doit passer, nouveaux bas de contention. Bien longtemps que je n’ai plus rien repassé. A quoi bon ?
 
Plâtrier peintre.
J’ai repeins sans poser de questions, ça se voit qu’ils ne sont pas manuels ici, m’appeler pour un mur, un seul. Oui il y avait ces tâches. J’en vois tous les jours des murs, de si près que les grosses tâches ne m’abiment plus les yeux, je reste fixé sur le grain, rouleau, pinceau, c’était rien à faire. Payé double pour un mur si petit. Sont pas bien doués, se salissent pas les mains, endimanchés tous les jours. Même ici. Mais tant qu’y a à faire, moi c’est pas mon problème. 
 
Elle.
Il ne m’a pas écouté, toujours trop pressé. Mais qu’est-ce qu’il croit ? Ah oui, Monsieur a étudié, Monsieur est plus malin que tout le monde, Monsieur ose y aller…Avoir une clé ne fait pas tout. Tu l’as eu ta clé, tu es rentré. Débrouille-toi. Habille-toi, je t’avais dit non pas comme ça.. Ces lieux endormis ne collent pas avec ton assurance. Je le sais, mais tu ne veux pas entendre les voix souterraines, les boulevards bien évidents rythment ta vie, tu t’y perds. Il ne faut pas entrer par la grande porte. C’est trop tard maintenant.
 
Bûcheron. BègueMais il pense sans heurts
 Eux… Jamais payé le bois de l’hiver dernier. Mourir d’accord, mais les autres ? Famille, héritage, je ne sais pas, va falloir que j’y aille voir.  Il ne m’a pas remarqué, c’est toujours comme ça, je sais que je me camoufle. Les bois, ça me va bien. Mais une stère est une stère. L’air trop citadin celui-là avec ses souliers vernis, sa chemise blanche et son sac en bandoulière, pas lui qui rentrerait le bois, pour sûr. 

#P4 | T’inquiète et le mauvais sang façon bistanclaque

T’inquiète…Rassurer sans y croire, façon bistanclaque, mécanique, retentissant. Négation à la trappe…Mesurer la distance avec un ne t’inquiète pas, ou mieux, mais rare, avec une petite apposition. On chasse les appositions, elles ne calquent pas assez dans l’efficacité de la langue …Imaginer Ne t’inquiète pas ma chérie, mon amour, mon enfant, ma grande…. Apostrophes perdues. T’inquiète, tout sec, barrière à sentiments, voix en cours de disparition, Continuer la lecture#P4 | T’inquiète et le mauvais sang façon bistanclaque

Graillon

Grandir dans le graillon qui flotte avec les restes de tabac froid. Apprendre à cuisiner gras, peler les patates, couteau, épluche légumes, suivre la recette du petit carnet noir qui garde les éclaboussures d’huile chaude de toutes ces fois où l’on a cuisiné le même gras, celui qui gicle sur les crédences en petits carreaux, celui qui restera sur les Continuer la lectureGraillon

main courante

Main courante, haut les mains, peau de lapin, dépecer à mains nues, sous peser, faire la main basse sur le gibier, point de gibet, potence, fourches patibulaires, cadavre exposé, manette tournée, plus de baisemain, courtoisie en carton-pâte, mains trop basses, sans essuie-main, sans essuie-tout, que la suie, la soif, la sueur, pieds et poings liées, mains baladeuses, sans balade de gens heureux, ballade des pendus, retour au gibet, et pas de mainmorte, plus de main-forte pour se masturber, doigts engourdis, marionnettes en deuil, ainsi font, ne font plus rien, et puis s’en vont, les bras ballant, les mains en sang, chercher dans le noir ce sous-main qui épongerait l’encre, qui amortirait  la tranche de main qui frotte contre le papier et appuie sur la plume, tendinite de main fatiguée de chercher quoi écrire, et à qui, jeu de quilles, main habile, main qui signe, tout en bas, paraphe, signature, tampon, empreinte, endos, sceau, griffe. Main courante, mettre la main dessus, menotté, bas les pattes, animal inhumain, mains destituées, par honneur, c’est cousu main, prothèse de main, main de quidam, greffe réussie, des doigts en or,  couturières, petites mains de leurs destins, mains sur les seins, massage pour dame, pas le temps : manutention, mains  à la ligne, mains d’automate, doigts sciés, manque de main d’œuvre, pénurie de manuels, maintes et maintes fois rabâchée, savoir sur le bout des doigts, mais ne pas compter sur ses doigts, lever la main avant de parler, mains haut-parleur, au voleur, main dans le sac, pas vu pas pris. Main courante, avec manucure. Cure dents, dent creuse, le monde se divise en deux catégories, le pistolet n’est pas chargé, main lourde, lourdaud, pataud, maladroit. Main courante, coursive, coursière, course-poursuite, mains gantées, gant de velours, fer forgé, peau ridée, mains usées. Mais manucurées.

Ce qu’il ne sait pas du mur

Ce qu’il ne sait pas c’est que le mur contre lequel il s’est appuyé en rentrant avait été repeint après les autres, ce qu’il ne sait pas, c’est ce que la peinture aurait cherché à recouvrir, parce qu’il ne perçoit pas la nuance. Il pense avoir l’œil mais il ne sait pas distinguer des âges de peintures de mur, il Continuer la lectureCe qu’il ne sait pas du mur

Sans dormir. Lieux.

Dans les draps rêches, lourds et brodés comme on n’en trouve plus dans les rayons de supermarchés, dormir.  Contre l’humidité d’un corps épuisé, aviné, transpirant, dormir. Ou essayer.  Face à des souffles dont on a oublié la cadence exacte mais dont on se rappelle qu’ils ont pu bercer même si c’est faux. S’endormir.  Dans un coin hostile, se faire petit Continuer la lectureSans dormir. Lieux.

Il arrive avec son sac en bandoulière.

Il essaye de s’installer dans les odeurs du lieu, elles ne sont plus exactement les mêmes. Il hume si fort qu’il parvient à peine à transpercer le pesant renfermé qui masque ce qu’il cherche à retrouver en rentrant là, à nouveau, après toutes ces années. Son sac en bandoulière détonne, petite tâche de couleurs vives qui fait irruption dans la Continuer la lectureIl arrive avec son sac en bandoulière.

L’eau qui brûle

L’eau qui ne lave plus, pourtant bien claire mais ne peut plus rien faire, elle coule, laisse faire, ne blanchira rien. Pas mieux que l’eau qui stagne à en moisir, cette eau propre qui ne peut plus te nettoyer, qui brûle, eau-feu sur tes écorchures vives, eau bénite évaporée, eau lustrale bien trop noircie, eau du ruisseau des insouciances du Continuer la lectureL’eau qui brûle

Elle avait cent ans aujourd’hui.

Il avait ri en la voyant, arrêté sur ce visage d’une dame qu’il ne connaissait pas. Pourquoi ris-tu ? Elle avait cent ans aujourd’hui. Il avait ri, parti dans un fou rire, à cause de cette face qui dérangeait le bon goût, qui rappelait le temps, le temps auquel il pensait , vaniteux qu’il était , pouvoir échapper. Elle y était Continuer la lectureElle avait cent ans aujourd’hui.