A propos de Marie-Caroline Gallot

Navigue entre lettres et philosophie, lecture et écriture.

Merle de ville?

Il y a un oiseau mort au pied de l’immeuble. Depuis trois jours. Il a seulement été déplacé de quelques centimètres, là, contre le muret, pour ne pas gêner le passage sur le trottoir. Plusieurs fois, elle s’était dit que ça y est, quelqu’un se serait chargé de l’enlever. Mais toujours rien. Qui s’occupe des oiseaux morts des villes ? Le Continuer la lectureMerle de ville?

#40 jours #11| quand il ne reste que les pertes souterraines

Elle aimerait savoir se perdre sur les surfaces, sentir cette angoisse du corps perdu dans l’espace. Mais rien, jamais. Elle est celle à qui  l’ on demande toujours sa route, même dans les villes presque inconnues. L’inversion des rôles ne semble pas possible, tête boussole pour tout venant. Elle ne sait pas dire -Non ! alors même quand elle ignore la réponse Continuer la lecture#40 jours #11| quand il ne reste que les pertes souterraines

#40 jours #09 | Trois sur un carré.

Elle lisait des partitions comme on lit un roman, là, debout, dans le métro. Étrange compagnes de voyages, des notes. Personne ne semblait s’étonner, peut être parce que personne ne regarde. Yeux éteints des voyageurs du métropolitain. Pourtant les siens brillaient par leur vivacité, en parcourant les notes elle chantait en silence. Ne pas déranger. Sa culture lui avait toujours Continuer la lecture#40 jours #09 | Trois sur un carré.

#40jours #07 | peurs souterraines

Les phobies irrépressibles contractent et liquéfient tout à la fois le corps. Insoutenable légèreté etc… Avec les années, les éléments qui provoquent ces angoisses ne sont pas exactement les mêmes mais il reste toujours ce substrat identique, les fondations phobiques de soi, provoquées par l’injonction « Va y chercher à la cave ! ». Oui, pour que cela soit plus authentique il faut rajouter cette Continuer la lecture#40jours #07 | peurs souterraines

Ligne verte

La carte de la ville est dépliée sur le siège avant. Pourtant les GPS doivent déjà, à cette époque, exister, mais elle n’en sait encore rien. Elle pourrait prendre le métro mais cette bouche inconnue lui fait peur, jamais elle n’a essayé, elle vient du coin, de la campagne où seules comptent les cartes IGN. Accrochées au cou sous un Continuer la lectureLigne verte

Couvre lit et lampe à frange.

C’est un de ces couloirs comme on n’en voit que dans les anciens appartements. A l’ère du loft, de l’open space et de la cuisine ouverte sur séjour, ils se font rares, détruits, aménagés, éclaircis. Ici, il est resté dans son obscurité initiale, tapisserie lourde, motifs d’un autre temps, auréolés des couleurs d’avant aujourd’hui ternies par les années et le tabac, vue Continuer la lectureCouvre lit et lampe à frange.

#40jours #04 | crasse et pieds vernis

Pieds vernis sur sol sale. Ville crasse. Et pourtant, se déchausser, en pensée, imaginer sentir la texture, là, sous la semelle, sous le talon, protections contre cette merde qu’on ne veut jamais voir. Trottoir meurtri, sentiment de pitié pour ce bout de monde que tout le monde néglige, rouge de honte. Empathie de voirie. Se reprendre : Signalisation _  _ _ aller Continuer la lecture#40jours #04 | crasse et pieds vernis

#40jours #03 | trois fois Jankélévitch.

Image

Les fenêtre des Hôtels Ibis sont toutes les mêmes. Elles criblent de carrés réguliers, rapprochés, resserrés,  les façades blanches et muettes. Rien ne se raconte. Ou presque rien. Le camion de poubelle du bout de la rue emporte sûrement le contenu des déchets de chacune de ces chambres-cellules . Y a- t-il la même uniformité dans les sacs à détritus que sur la façade lisse qui jamais ne dira rien du lieu où vous êtes, où que vous soyez ? Pouvoir ouvrir un sac poubelle du camion pour y voir dégouliner un peu de vie ? N’est-ce pas partout pareil ? Mouchoirs en papier, tickets de caisse, capotes usées et disques à démaquiller ? Penser  à ce que l’on dirait si un autre ouvrait- par mégarde ou intentionnellement-nos sacs poubelles. Peut-être est-ce là, ce charme évoqué par le philosophe, ce parfum qui flotte autour de l’être ? Pourquoi pas une mauvaise odeur, plus unique que ces fenêtres trop bien rangées, dans une de ces rues de derrière- la pensée de derrière du janséniste clermontois eut plus de succès niveau toponymie. Le camion du bout de la rue Jankélévitch à Bourges emporte ses secrets. La façade standardisée ne dira jamais rien. Seules les fenêtres entrouvertes et les sacs poubelles crevés semblent encore capables de faire vivre cette rue dortoir. Une rue de je-ne-sais-quoi -et  de -presque-rien. 

A l’image de sa voix en mode mineure- que l’on peut encore entendre dans quelques archives radiophoniques ou télévisuelles- il y a ces lieux mineurs. Quelles sont les raisons d’aller à Emerainville- 77184 ? Double D Import- Nestlé Homecare- Liberty Auto MLV- Trois suggestions d’activités pour la rue Jankélévitch d’Emerainville. Avant même de voir, malaise de la dysharmonie toponymique. On a flanqué le philosophe dans une zone commerciale de voiture importées et d’appareillages médicaux- je ne savais pas que Nestlé fabriquait des appareillages pour Ameli-Sécurité sociale. L’image du cacao s’écroule d’un coup, au coin de la rue Jankélévitch d’Emerainville. Tellement insignifiante qu’elle ne se voit que depuis le cul de sac de la rue d’à côté, sur Google Earth. Les blocs de pierre et les détritus ne sont pas sans rappeler les fenêtres carrées et le camion poubelle de Bourges. Curieuse harmonie des rues insignifiantes aux noms de philosophes trop compliqués et incompréhensibles.

La troisième ne dispose pas d’image, ni même du titre de rue. Allée Jankélévitch- Le port- La Réunion. Pourquoi ? Lien obscure, Google ne trouve pas non plus. Flou du zoom. Données indisponibles, Imaginer. Cette allée du bout du monde conservera son presque rien indescriptible. Mais qu’elle se trouve dans un port eut, pour elle, un sens. 

autobiographies #04 | petit-carnet-classeur-à-anneaux- clic -clac -et-carreaux-toujours- trop-petits pour envoyer des cartes postales.

Le carnet d’adresses à cartes postales. On n’envoie plus de cartes postales. L ‘écriture dépassait les petits carreaux, un petit carnet d’adresse n’est pas un cahier d’écriture à grandes lignes, comme à l’école. A croire que le carnet d’adresse n’était pas conçu pour les écritures maladroites et à grosses lettres de l’enfance, il fallait se forcer à serrer, pour que Continuer la lectureautobiographies #04 | petit-carnet-classeur-à-anneaux- clic -clac -et-carreaux-toujours- trop-petits pour envoyer des cartes postales.

autobiographies #01 | quatre coins

Verre de vin coupé à l’eau, pour enfants. En rentrant, clapiers odorants, odeur familière des cours fermées qui retiennent, mêlées , les effluves de fumier, de foin et de farine, ces relents sourds et substantiels qui habitent la cour de ferme. Verre Arcopal® à numéro, renverser le verre pour se donner un âge, après avoir bu le vin coupé à l’eau, Continuer la lectureautobiographies #01 | quatre coins